Marée noire dans le golfe du Mexique : le capitalisme est une catastrophe

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Nous publions ci-dessous la traduction d’un article de Welt Revolution, organe du CCI en Allemagne.

La récente marée noire dans le Golfe du Mexique jette une lumière crue sur l’absence d’égards et le caractère incroyablement hasardeux de l’utilisation des ressources naturelles par le capitalisme.

Depuis le naufrage de la plate-forme pétrolière de BP “Deepwater Horizon”, le 22 avril, où onze ouvriers ont trouvé la mort, ce sont au moins 800 000 litres de pétrole brut qui se déversent chaque jour dans le Golfe du Mexique et qui contaminent les côtes sur des centaines de kilomètres et forment une énorme nappe de pétrole dans le Golfe lui-même. Personne ne peut établir précisément quelle quantité de pétrole s’est déjà écoulée (1). “Un mois après le naufrage de la plate-forme de forage Deepwater Horizon, la plus grande partie du pétrole qui s’est échappé jusqu’ici est restée sous l’eau (2). Ces énormes nuages de pétrole qui flottent sous la surface du Golfe du Mexique peuvent avoir une étendue allant jusqu’à seize kilomètres de long, six kilomètres de large et une centaine de mètres d’épaisseur.” A l’aide de produits dispersants, on a évité jusqu’à présent “qu’une partie du pétrole atteigne la terre. C’est là où attend la plus grande concentration de journalistes” (c’est-à-dire le plus grand public) (3).

Les premières investigations ont montré que “le Minerals Management Service (MMS), le service administratif américain de la gestion des minéraux, responsable de la surveillance de la production pétrolière, a délivré ses autorisations sans avoir effectué de contrôles au plan de la sécurité et de la compatibilité avec l’environnement (…) Dans ce cas concret, le MMS a omis de vérifier la capacité du Blowout Preventer [valve centrale de sécurité destinée à prévenir les fuites, NDLR] avant sa mise en service. (…) Dans le système hydraulique-clé de cet élément de plusieurs tonnes, il y a manifestement eu une fuite. En outre, un test de sécurité mené peu d’heures avant l’explosion aurait échoué” (4).

D’autres enquêtes ont montré que BP ne disposait même pas d’équipements adéquats pour aspirer dans les fonds marins le pétrole susceptible de fuir et de s’y déposer. De même, il n’existe pas de moyens pour réaliser des forages de soulagement dans de tels cas d’urgence. Que révèle cette attitude consistant à exploiter à grande profondeur marine des gisements pétrolifères sans disposer d’aucune possibilité de captage de secours du pétrole et de dispositifs d’interruption du pompage en état de fonctionnement ?

La plate-forme pétrolière Deepwater Horizon, d’un coût de 560 millions de dollars, était l’une des plates-formes de forage les plus modernes du monde. Elle était capable de résister à des vagues de douze mètres et aux ouragans” (5). D’une part, des coûts de production astronomiques pour la construction d’une telle plate-forme (plus d’un demi milliard de dollars !), des frais d’exploitation de 100 millions d’euros pour le forage et, en même temps, aucun système de sécurité existant ou en état de fonctionnement pour les situations d’urgence. Comment expliquer cette contradiction ?

La course au profit aux dépens de la nature

Lorsque le forage systématique du pétrole a commencé il y a une centaine d’années, on avait besoin uniquement de faibles investissements financiers et techniques pour exploiter les sources pétrolières. Cependant, un siècle plus tard, les compagnies pétrolières sont confrontées à une nouvelle situation. “Une grande partie du pétrole global du monde est exploitée dans des champs qui ont en partie déjà été trouvés il y a plus de 60 ans sans grand investissement technologique. Par contre, aujourd’hui, les prospecteurs doivent utiliser des méthodes onéreuses pour rechercher des champs pétrolifères qui, de plus, se situent à des endroits relativement difficilement accessibles de la terre – et ne livrent que des quantités de pétrole considérées jusqu’ici comme marginales. (…) Surtout, les entreprises occidentales ne disposent plus d’un large accès aux sources faciles, bon marché et prometteuses d’importants rendements d’Asie et d’Amérique latine. Ces sources se trouvent en effet aux mains de compagnies pétrolières nationales, comme Saudi Aramco (Arabie Saoudite), Gazprom (Russie), NIOC (Iran) ou PDVSA (Venezuela) et sont sous contrôle d’un État national. Celles-ci sont les véritables géants dans ce business et contrôlent plus des trois quarts des réserves globales.”

Les ‘Big Oil’, comme on appelle encore les vieilles multinationales privées, contrôlent encore à peine environ dix pour cent des réserves de gaz et de pétrole globales. Il ne reste plus à BP & Co. que les projets coûteux, onéreux et dangereux. C’est donc par nécessité que ces sociétés sont poussées aux dernières limites pour atteindre ces gisements qu’aucun autre ne voudrait explorer. (…)

Des frais toujours plus élevés, des risques toujours plus grands

Cela fait longtemps que les compagnies pétrolières ont abandonné les plates-formes solidement ancrées aux fonds marins. Des monstres flottants, qu’on appelle des semi-submersibles, nagent sur les océans avec des kilomètres d’eau sous eux. Des canalisations verticales d’acier spécial ou de matériaux composites extrêmement fermes plongent dans l’obscurité des profondeurs. Des conduites normales se rompraient sous leur propre poids. A 1500 mètres de profondeur, la température de l’eau est à cinq degrés – cependant que le pétrole jaillit presque à ébullition. Des contraintes extrêmes exercées sur le matériel en résultent. Les risques sont considérables. Avec la profondeur, les exigences techniques en matière de forage sont énormément plus grandes. La technique est dangereuse : en durcissant, des fissures dans le ciment apparaissent, par lesquelles le pétrole et le gaz peuvent s’échapper avec une violence inouïe. Il suffit alors d’une étincelle, pour provoquer l’explosion” (6) … comme cela s’est produit !

Fiévreusement, des dizaines de milliers de personnes ont combattu, vainement jusqu’à aujourd’hui, pour tenir le pétrole à l’écart des plages. Des avions du type Lockheed C-130 ont pulvérisé des tonnes de Corexit, produit censé dissoudre la nappe de pétrole – bien que l’on soupçonne ce mélange chimique d’endommager sérieusement aussi le milieu aquatique. Dans l’avenir, on doit peut-être craindre que ces mesures de sauvetage chimique produisent des dommages sans doute encore plus grands et plus imprévisibles à long terme pour la nature (7). Pour le moment, les conséquences économiques pour la population sur place sont déjà catastrophiques, parce que beaucoup de pêcheurs sont poussés à la ruine.

Tandis que la course à l’exploitation de nouvelles sources pétrolières exige des investissements toujours plus élevés, on prend des risques techniques toujours plus grands. Les conditions de la concurrence capitaliste entraînent les rivaux à prendre des risques toujours plus élevés et à respecter toujours moins les besoins de protection de la nature. La fonte des calottes glaciaires des pôles qui ouvre le passage maritime du Nord-Ouest, le dégel du permafrost, ont déjà depuis longtemps aiguisé l’appétit des compagnies pétrolières et provoquent des tensions entre pays qui revendiquent des territoires dans ces régions.

Tandis que l’utilisation sans frein des sources d’énergie non renouvelables et fossiles, comme le pétrole, constitue en réalité un pur gaspillage, et la recherche de sources pétrolières toujours nouvelles une pure absurdité, la crise économique, et la concurrence qui lui est liée, entraînent les entreprises à investir toujours moins d’argent dans les systèmes de sécurité possibles et nécessaires. Le système pille de façon de plus en plus prédatrice les ressources de la planète. Dans le passé, la politique de la “terre brûlée”, mise en pratique et utilisée par exemple par les États-Unis au cours de la première guerre du Golfe en 1991, où les installations pétrolières dans le Golfe Persique ont été attaquées, provoquant d’énormes incendies et la fuite de monstrueuses quantités de pétrole, avait été une méthode courante de la guerre. Maintenant, c’est la pression quotidienne de la crise qui entraine la pratique de la “terre brûlée” et la contamination des mers, pour pouvoir imposer ses intérêts économiques.

La marée noire actuelle était prévisible – tout comme la catastrophe de 2005, lorsque l’ouragan Katrina a submergé la ville de la Nouvelle-Orléans, entrainant la mort de 1800 personnes, l’évacuation de la ville entière et le déplacement de centaines de milliers d’habitants. L’actuelle marée noire est, exactement comme la catastrophe de La Nouvelle-Orléans, le résultat de l’incapacité du capitalisme à offrir une protection suffisante contre les dangers de la nature. Elle est le produit de la recherche maximale du profit par le capitalisme.

Dv


1) Sur les lieux de l’accident, selon les premières estimations, environ 1000 tonneaux (160 000 litres) de pétrole brut par jour se déversaient dans la mer. Quelques jours plus tard, suite à la découverte d’une troisième fuite, elles ont été réévaluées à environ 5000 tonneaux (environ 800 000 litres) par jour. De récents calculs de différents chercheurs, basés sur des prises vidéos immergées des fuites, estiment la quantité à au moins 50 000 tonneaux (environ 8 millions de litres) par jour.

2) A de grandes profondeurs se trouvent de grands volumes d’eau polluée par des particules de pétrole. La concentration en pétrole est de moins d’un litre par mètre cube d’eau, mais l’étendue de ces nuages est importante (Wikipédia).

3) Produits chimiques contre catastrophe pétrolière. Opération camouflage et retardement”, Spiegelonline, 18 mai 2010.

4) http ://www.spiegel.de/wissenschaft/natur/0,1518,694602,00.html et http ://www.spiegel.de/spiegel/0,1518,694271,00.html

5) Idem.

6Idem.

7) 1,8 millions de litres de liquide spécial Corexit ont été utilisés jusqu’ici dans le golfe du Mexique… Il existe le danger qu’une partie de ces nuages de pétrole sous la surface dérive en direction de l’Océan Atlantique.

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