Inondations sur la côte Atlantique : l'incurie de l'État capitaliste

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Fin février, la tempête qui a déferlé sur la Vendée et la Charente Maritime a fait 51 morts. La brutalité des inondations a été telle que de nombreuses personnes sont mortes noyées dans leur maison. Deux mois après le séisme en Haïti, au moment même où des centaines de gens mouraient au Chili, ce sont une fois de plus les « éléments naturels » qui étaient désignés comme les grands fautifs. Certains médias comme Libération dans son éditorial du 1er mars regrettait amèrement que, sur les côtes de l’Atlantique, “on” n’avait “manifestement pas assez mesuré la dureté de la mer”, mais que, heureusement, la population bénéficie “d’un Etat stable et compétent, qui prévient les aberrations architecturales”. C’est vraiment le moins qu’on puisse dire. Les territoires comme celui de la commune de La Faute-sur-Mer, qui a payé le plus lourd tribut en victimes, étaient interdits de construction depuis Napoléon, et pourtant de déréglementation en déréglementation, accordées par les pouvoirs publics régionaux et nationaux, les habitations ont poussé, comme des champignons, sachant que les digues, certaines vieilles de 200 ans (!), étaient insuffisantes et mal entretenues.

Dans une note datée d’octobre 2008, l’ancien chef du Service maritime et des risques de la Direction départementale de l’équipement (DDE), Stéphane Raison, rappelait que “sur le secteur littoral, la zone de l’estuaire du Lay (où se trouvent précisément les communes de La Faute-sur-Mer et de L’Aiguillon-sur-Mer, les plus frappées par la tempête) est la zone la plus dangereuse du département, le Lay étant un cours d’eau majeur drainant une surface représentant la moitié du département de la Vendée, exposée à des phénomènes marins extrêmes, amplifiés par l’effet de baie dans la baie de l’Aiguillon”. Il précise que “la commune de La Faute-sur-Mer (…) a été construite sur de vastes espaces gagnés sur la mer, ne tenant pas compte de la mémoire du risque (…). Plus de trois mille maisons sont construites derrière des digues en terre”.

Depuis 1986 existe la loi littoral, suite à la première inondation dans la région de Vaison-la-Romaine, les premiers « plans de prévention des risques » n’apparaissant qu’en 1995 après la deuxième catastrophe de Vaison-la-Romaine de septembre 1992. Et ce n’est pas le complément à cette loi littoral amené par la loi Bachelot en 2003, pour répondre à la tempête de 1999, qui aura fait changer quoi que ce soit. Au contraire, car la seule loi que connaissent l’Etat et la bourgeoisie, de droite comme de gauche, c’est celle du profit, avec tous les risques que cela comporte, et dont ils se contrefichent.

Exemple édifiant, Sarkozy s’est violemment insurgé contre ces inondations de 2010 et a demandé de nouveaux rapports, alors que, depuis 2005, plus de 16 digues en Vendée ont déjà été inspectées par les spécialistes, rapports dont aussi bien les politiques locaux que l’Etat n’ont tenu aucun compte. Rappelons que le même, le 20 avril 2009, à la Cité de l’architecture et du patrimoine, dans un discours sur le Grand Paris, expliquait qu’en matière d’urbanisme, “le problème c’est la réglementation”. Le chef de l’Etat, fin connaisseur car ancien avocat spécialisé en droit immobilier, expliquait ainsi : “Pour libérer l’offre il faut déréglementer, élever les coefficients d’occupation des sols et rétablir la continuité du bâti dans les zones denses, […] rendre constructible les zones inondables pour des bâtiments adaptés à l’environnement et au risque...”.

C’est de la prévention des risques… de ne pas faire assez de profit qu’il s’agit !

Wilma (26 mars)

 

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