"L'identité nationale", un débat étranger à la classe ouvrière

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“Pour vous, qu’est-ce qu’être Français ?”, voilà la question que l’ex-“conseiller socialiste” Besson, actuel ministre de l’immigration et de l’identité nationale (ça ne s’invente pas) a lancé à travers tout le pays. Le “grand débat” qu’il veut animer procède de la mode des “Grenelle”, ces boîtes à idées qu’on agite un peu partout ces derniers temps pour donner l’impression que l’initiative politique appartient au “peuple”.

Mais ici, le débat a une saveur toute particulière. Car derrière le concept “d’identité nationale”, il y a tous ces relents du nationalisme et du populisme que la bourgeoisie traîne derrière elle, comme un cuisinier ses casseroles, depuis toujours et qu’elle tente de ranimer en particulier depuis les années 1980 en France. Face au développement de l’électorat du Front national de Jean-Marie Le Pen, toutes les fractions de la bourgeoisie “démocratique” ont cherché à coller, avec plus ou moins de succès, aux “préoccupations de la population”, tout en les alimentant, liées à la sécurité, à l’immigration, à la peur “de l’étranger”, etc.

Chirac en rêvait, Besson l’a fait

Aujourd’hui, l’idéologie nationaliste revient en force derrière le vernis bien-pensant des valeurs de la démocratie et de “l’ouverture”. D’ailleurs, Sarkozy n’a pas mis cette mission entre les mains d’un social-démocrate par hasard. On se rappelle encore des tirades de Ségolène Royal sur le drapeau français et son intention, si elle était élue Présidente, de rendre obligatoire l’enseignement des paroles et le chant de la Marseillaise dans les écoles. Mais au final, tout ce débat remue le lisier puant de la “fierté d’être Français” et autres “être Français, ça se mérite”. Besson peut bien jouer l’effarouché devant les propos répugnants des racistes de tous poils qui profitent de la tribune qu’il leur offre objectivement (1), à quoi pouvait-il s’attendre ?

Certes, le ministre insiste beaucoup sur les vertus universalistes de son débat. Il obéit évidemment aux mêmes règles dictées par les impératifs du capital national et poursuit cyniquement les mêmes objectifs que son prédécesseur Hortefeux : augmenter la cargaison de charters et le nombre d’expulsions d’immigrés “en situation irrégulière”. Derrière ces lois s’exhale la véritable nature méprisante, cynique et xénophobe de leur classe qui transpire de leurs propos en privé. On se souvient d’Hortefeux piégé sur Internet lorsque, sollicité par les photographes le 10 septembre dernier pour poser aux côtés d’un jeune d’origine maghrébine, il lançait à la cantonade : “Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes.” Dans la droite ligne de ce même Jacques Chirac qui en 1991 se prenait de compassion pour les braves Français qui doivent “supporter les bruits et les odeurs” de leurs voisins de palier “musulmans” ou “noirs”, “une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler” (2).

Dans le même discours, l’ancien président de la République souhaitait déjà de tout son cœur “le grand débat qui s’impose dans notre pays, qui est un vrai débat moral, pour savoir s’il est naturel que les étrangers puissent bénéficier, au même titre que les Français, d’une solidarité nationale à laquelle ils ne participent pas puisqu’ils ne paient pas d’impôt !” (3)

Le nationalisme, ce n’est pas seulement le moteur idéologique de la guerre, c’est cette subtile et insidieuse assimilation de la division nationale qui est l’essence même de la concurrence capitaliste organisée entre États sur le marché mondial et de l’activité économique de la bourgeoisie alors qu’elle fait subir au prolétariat de tous les pays la même exploitation, les mêmes attaques et les mêmes sacrifices.

Être Français, c’est avoir obtenu, d’une façon ou d’une autre, la nationalité française, un bout de papier qui confère avant tout le “droit” à un hypothétique emploi sur le territoire pour des prolétaires cherchant à vendre la seule chose qui leur permette de ne pas crever de faim : leur force de travail. Cela revient au nom de la “citoyenneté” à enchaîner ces prolétaires à l’illusion de ce faux et dangereux sentiment d’appartenir à la même communauté que celle de leurs exploiteurs qui nie les divisions de la société capitaliste en classes sociales aux intérêts totalement antagoniques. La bourgeoisie utilise abondamment le nationalisme comme un poison qu’elle distille dans les rangs de la classe ouvrière : c’est un instrument de domination et de division afin de démolir la conscience d’appartenir à une même classe sociale, une classe internationaliste dont le cri de ralliement dans le combat révolutionnaire contre leur exploitation est “les prolétaires n’ont pas de patrie !”

GD (9 décembre)

 

1) Soyons... sport : la question n’inspire pas que ceux-là. Elle a notamment permis à l’ex-footballeur Eric Cantona d’affirmer qu’être Français, ce n’est pas “chanter la Marseillaise ni “lire la lettre de Guy Môquet”, mais d’abord être “révolutionnaire” face à un “système” qui contraint notamment des gens à vivre “dans la rue” (lemonde.fr)

2) Source Wikipedia

3Idem.