Grippe A : la santé publique, ils s'en lavent les mains !

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“Amateurisme”, “dangerosité”, “incurie” : ce sont les termes les plus couramment utilisés de la part de l’ensemble du corps médical au sujet de la campagne de vaccination menée par le gouvernement contre la grippe A. “La campagne de vaccination commence, et à quoi assiste-t-on ? A une improvisation. On cherche à trouver à la hâte des solutions de fortune. Huit mois d’informations sans cesse répétées pour en arriver là, tandis que s’exprime une préoccupation croissante (…) la crainte de la vaccination accentuée par le défaut évident d’organisation du dispositif.” (1) L’État français s’est conduit en véritable apprenti-sorcier de la santé publique. Et son égérie, Roselyne Bachelot, ministre de tutelle dont l’incompétence en matière de santé n’a d’égale que son aplomb, n’a cessé d’enfiler les contradictions comme des “perles”… attestant de sa propre confusion.

Une irresponsabilité médicale aberrante

Selon ses déclarations alarmistes au début pour convaincre d’aller se faire vacciner, il risquait d’y avoir 50 000 décès dans le pays, il y en a 150. Alors que la vaccination exigeait au début deux injections, aux temps où le discours du gouvernement peinait à se faire prendre au sérieux, ce n’est plus tout à coup qu’une seule qui est nécessaire alors que la psychose alimentée par les médias aux ordres voit affluer nombre de personnes dans les centres de vaccination. Et puis il y a la question des adjuvants. Rien à craindre, nous a-t-on répété. Ils sont au point, tellement au point qu’on ne les administre en aucun cas aux femmes enceintes, aux enfants et autres sujets “à risque”. Il est d‘ailleurs notoire que les médecins qui se font vacciner exigent un vaccin sans adjuvant, car ce dernier, qui permet d’augmenter la réponse immunitaire de l’organisme au virus a aussi pour “avantage” d’augmenter le risque de développement de réponses allergiques et de maladies auto-immunes graves. “Faîtes-nous donc confiance !” dit-Madame Bachelot (2). Les études réalisées sur ces adjuvants et sur le vaccin ont été faites sur mille cas, ce qui est notoirement insuffisant du point de vue scientifique. Qu’importe ! Le “principe de précaution” prévaut, veut-on nous faire croire. Ainsi l’État français a acheté à lui-seul 10 % (94 millions de doses) du stock de vaccins dans le monde alors que la population française ne représente que 1 % de la population mondiale ! Ce n’est certes pas par “principe de précaution” pas plus que par souci de la santé des populations que le gouvernement s’est livré à cet alarmisme : la pandémie a été une aubaine pour ce secteur de l’industrie française particulièrement plongé dans le marasme de la crise. Il y a moins d’un an, les plans de suppression d’emplois pleuvaient dans l’industrie pharmaceutique en France. Aujourd’hui, Sanofi-Aventis, dans l’euphorie de la vaccination à tout va, a annoncé viser un chiffre d’affaires net de quatre milliards d’euros dans les vaccins en 2010, en y intégrant bien sûr la manne des ventes de son vaccin contre la grippe H1N1, et vise même d’ici 2013 un marché mondial du vaccin de 23 milliards d’euros. Le gouvernement a donc joué les mécènes en escomptant bien des bénéfices dans la défense du capital national. Les études des “experts” nommés par le ministère de la santé, ceux qui lui disent ce qu’il faut faire ou ne pas faire sont payés à 100% non pas par le gouvernement mais par les laboratoires pharmaceutiques. C’est dire tout le crédit à accorder à ces “chercheurs”.

Une illustration de l’incurie de l’État capitaliste

Cet événement est aussi un révélateur de l’incurie du gouvernement. Les centres de vaccination fonctionnent sans moyens matériels adéquats, dans des gymnases, des écoles, etc. Les médecins généralistes et les dispensaires habituellement habilités à pratiquer les vaccins ont été écartés par le ministère. Il est vrai que la politique forcenée de fermetures des dispensaires et de lits d’hôpitaux menée par les différents gouvernements depuis dix ans ont rendu ces structures incapables de répondre aux exigences gouvernementales (3).

La réquisition forcée du personnel médical comme administratif vient rajouter à la gabegie généralisée : les élèves-infirmières de 3e année par exemple doivent vacciner à tour de bras en laissant tomber leur stage ou leurs études. 1200 d’entre eux ont d’ailleurs manifesté la semaine dernière pour exprimer leur révolte sur cette réquisition qui gâche leur année scolaire. Pour le personnel administratif, il en est de même, l’appel au volontariat dans les administrations ayant eu peu de succès, des listes nominatives proportionnelles à la taille des administrations sont soumises à la préfecture qui lance des ordres de réquisition auxquels on n’accorde pas de dérogation (comme en temps de guerre !). Ces équipes couplées avec des chômeurs envoyés par le Pôle Emploi ont été ainsi mises en place pour une durée indéterminée (au moins jusqu’à fin mars…) entre 7 h 30 et 22 heures, y compris les samedis et dimanches, avec de maigres primes “compensatrices” pour des astreintes le week-end ou entre 16 et 22 heures… Ce qui aboutit dans la durée à un épuisement des “réquisitionnés” qui doivent également assumer leurs tâches habituelles.

Et pour bien montrer qu’on ne badine pas avec la santé, le gouvernement a même mis au point des mesures drastiques contre les prévenus. Ainsi, le “plan grippe A” prévoit que ces derniers pourront voir leurs droits diminuer, une rallonge des détentions provisoires, la mise en place des huis clos des procès en correctionnelle, l’interdiction de contacter un avocat dès le début d’une garde à vue mais seulement après 24 heures.

La France n’est certes pas un cas isolé. Ainsi, les Etats-Unis ont fait voter une loi d’impunité en faveur des laboratoires pharmaceutiques dans la perspective de procès intentés par des personnes en vue d’éventuels effets indésirables graves dus au vaccin. En France, une telle mesure n’a pas été prise, mais les laboratoires y bénéficient d’une immunité de fait, comme les ministres responsables des plus graves méfaits en matière de santé.

Rappelons-nous le scandale du sang contaminé dans les années 1980 où, en toute connaissance, les laboratoires, avec la bénédiction du gouvernement, faisaient inoculer du sang non chauffé et donc empoisonné dans les veines de centaines de personnes, par souci d’économie. De ce scandale, de Fabius aux laboratoires incriminés, tout le monde était sorti “innocenté”. Ce sont les mêmes gangsters, pour les mêmes raisons, qui ont sciemment laissé s’écouler les stocks d’amiante dans les bâtiments, provoquant de nombreux cancers. Si la bourgeoisie se montre incapable de répondre aux besoins des populations, c’est simplement parce que ce n’est pas du tout sa priorité. Le seul besoin qu’elle connaît, sa seule urgence, c’est celle du profit !

L’État français et son gouvernement de “m’as-tu-vu” singeant leur président-modèle s’est empressé avec zèle de monter au front face à la grippe A pour montrer qu’il était à la pointe mondiale de la protection sanitaire et surtout qu’il contrôlait et maîtrisait la pandémie. Beaucoup dès le début ont exprimé leurs doutes, leurs réticences, leur méfiance. Cette méfiance s’avère pleinement justifiée. Il y aura toujours plus de raisons de manifester sa colère et son indignation à l’égard de l’État capitaliste.

WH (10 décembre)

 

1http://www.liberation.fr/societe/0101607434-pour-en-finir-avec-un-management-panique

2 En Grande-Bretagne, le laboratoire géant Glaxos-Smithkline a même introduit du mercure dans ses préparations pour pouvoir augmenter la quantité la dose de vaccin inoculé.

3) On assiste parallèlement à une fronde inédite de 900 médecins des hôpitaux publics de Paris qui menacent de démissionner de toutes leurs fonctions administratives pour protester contre l’annonce de la fermeture de 1000 nouveaux lits d’hôpitaux en 2010.