Solidarité avec les travailleurs de Luz y Fuerza de Centro au Mexique

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Nous publions ci-dessous de larges extraits de trois textes. Le premier est signé par 3 organisations au Mexique (Revolución mundial, organe de presse du CCI au Mexique, Grupo socialista libertario et Proyecto anarquista metropolitano). Les deux autres sont des expressions vivantes de solidarité lancés par deux groupes prolétariens depuis le Pérou. Ces trois textes sont disponibles dans leur intégralité sur notre site internet (1).


Il faut lutter, mais pas derrière les syndicats !

Samedi 10 octobre au soir, la police fédérale occupait tous les centres et les postes de la LyFC (2), en parallèle avec le décret de la Présidence de la république ordonnant la mise en liquidation de cette entreprise et le licenciement de près de 44 000 ouvriers. […]

Cette attaque nous concerne tous et c’est tous unis que nous devons nous défendre ! 

La crise généralisée qui frappe le capitalisme mondial contraint la bourgeoisie de chaque pays à prendre des mesures de plus en plus brutales, en faisant porter les pires effets de la crise sur le dos du prolétariat. Avec toutes ces “politiques de réajustement”, les conditions de vie de tous les ouvriers ne font que s’aggraver : attaques sur les pensions de retraite, les salaires, les prestations sociales… […] Ce que nous voyons aujourd’hui au Mexique n’est donc pas une espèce de parti­cularisme folklorique imputable aux erreurs du capitalisme national. L’État, représentant de la classe dominante, la bourgeoise, a pour tâche d’en défendre les intérêts, aussi bien avec des gouvernements de droite comme de gauche.

Liquider la LyFC était depuis longtemps un vieux projet de la bourgeoisie […]. Une énorme campagne s’est déclenchée, il y a quelques mois, contre ce secteur de la classe ouvrière (les électriciens) en les montrant devant “l’opinion publique” comme des “privilégiés”, des “incapables”, etc. à tel point que certains travailleurs n’arrivent pas à comprendre qu’on doit lutter contre l’attaque que subissent les électriciens parce qu’aujourd’hui c’est leur tour, mais demain ce sera tous les autres. Nous, travailleurs, ne pouvons pas cautionner les mensonges de la bourgeoise et ses acolytes : la fermeture de la LyFC n’est pas faite “pour le bien du peuple mexicain”, mais il s’agit bien d’une attaque frontale contre le prolétariat comme un tout. […] Les attaques d’aujourd’hui ne sont que le signe avant-coureur de ce qui nous attend tous demain si on ne réagit pas en tant que classe. Il devient donc indispensable, face aux attaques qui se reproduisent sans cesse depuis quelques années, auxquelles s’ajoutent la hausse des prix et une répression de plus en plus dure (avec le renforcement de l’appareil militaro-policier), que tous les secteurs du prolétariat – ouvriers au travail et chômeurs, travailleurs déclarés et “au noir” – reconnaissent leur besoin d’unité […].

Syndicats, gouvernement et partis politiques : ce sont tous nos ennemis ! 

Pour mener à bien cette attaque sans la moindre entrave, toutes les forces de la classe dominante se sont partagées les tâches. Les unes ont créé une division chez les électriciens par une lutte stérile entre fractions syndicales au moyen d’élections. Les autres ont déguisé les attaques contre les conditions de vie en les présentant comme des “attaques contre le syndicat et les libertés démocratiques”. D’autres encore ont créé une ambiance de lynchage en présentant les électriciens comme des privilégiés. Ce jeu de rôles a entraîné beaucoup d’ouvriers dans une lutte irréfléchie “pour la défense du syndicat” ou, aussi, “pour la défense de l’entreprise et de l’économie nationale” […].

Après le coup de force (du 10 octobre), cette campagne s’est encore accentuée et la bourgeoisie a profité de la surprise pour étendre la défaite et la démoralisation. Dans cet intense matraquage, les syndicats ont joué un rôle réactionnaire de premier plan […]. Un exemple : le syndicat SME met aujourd’hui en avant l’idée que tout pourrait s’arranger en livrant une bataille “légale, sur le terrain juridique devant les tribunaux de justice”, en fourvoyant encore une fois les ouvriers dans la voie de l’encadrement derrière la protection bureaucratique et la défense juridique. Rappelons-nous comment la structure syndicale, face à la modification de la loi sur l’ISSSTE (3), a tout fait pour créer la dispersion, pour dévoyer le mécontentement et, enfin, a contrecarré la mobilisation avec des arguties juridiques ! Le terrain juridique et légaliste vers lequel le syndicat cherche à enfermer le mécontentement est un terrain d’usure stérile : là, les prolétaires n’agissent pas en tant que classe, mais en tant que citoyens qui respectent et défendent “le système légal”, celui-là même qui légitime leur condition de précarité et de ruine […].

La stratégie de la bourgeoise pour faire passer définitivement cette attaque est celle de dévoyer le réel mécontentement existant chez les ouvriers de l’électricité et d’empêcher que leurs frères de classe puissent exprimer leur solidarité. Pour cela, elle mettra toutes ses forces en action pour orienter toutes les ripostes vers le terrain de la défense de la nation et des syndicats, autrement dit, on voudra nous enfermer dans un combat qui ne mette pas en question le système d’exploitation capitaliste et, finalement, on nous dira qu’on peut bien exprimer notre mécontentement grâce au vote lors du prochain cirque électoral.

Lutter unis, chercher la solidarité de classe... il n’existe pas d’autre voie !

La solidarité n’a rien à voir avec ces pantomimes syndicales où un cacique se pointe pour proclamer son soutien à un autre hiérarque et ce n’est pas non plus un “soutien moral” factice. La véritable solidarité se fait dans et par la lutte. Aujourd’hui […], le secteur des électriciens est attaqué et le reste du prolétariat doit exprimer sa véritable solidarité, qui n’est autre que l’impulsion vers un combat où il n’y ait pas de distinction entre chômeurs et actifs, entre secteurs, entre régions. Pour que cette véritable solidarité puisse s’exprimer, les travailleurs doivent impulser des assemblées générales ouvertes à tous les prolétaires (actifs, chômeurs et d’autres secteurs) où l’on puisse discuter largement sur la situation que nous affrontons tous et que le mécontentement se concrétise en mobilisations contrôlées par les ouvriers eux-mêmes et non pas par la structure syndicale.

Le syndicat, pour parachever le coup, va chercher à isoler les électriciens de leurs frères de classe et à les enrôler dans des mobilisations comme celle qui est menée par López Obrador (4). La seule chose qu’ils cherchent, c’est à encadrer les travailleurs pour éviter qu’ils ne retrouvent leurs propres moyens de lutte, en les piégeant dans le faux dilemme : entreprise d’Etat-entreprise privée ; c’est pour cela que face aux attaques qu’ils encaissent de partout, les ouvriers doivent réfléchir ensemble, en marge et contre les syndicats, pour organiser une réponse de lutte et essayer de stopper les attaques. Si nous laissons cela aux mains de syndicats et des partis politiques, nous serons condamnés, un secteur après l’autre, à la défaite. Le cri de guerre du prolétariat parcourt de nouveau le monde : “L’émancipation de la classe ouvrière sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes” et il faut rappeler que les exploités n’ont rien d’autre à perdre que leurs chaînes !

Octobre 2009

Grupo socialista libertario

 

Revolución mundial, section au Mexique du CCI
[email protected]

Proyecto anarquista metropolitano
http://proyectoanarquistametropolitano.blogspot.com


Message de soutien du “Núcleo proletario en Perú” (extraits) (5)

Solidarité depuis le Pérou avec les travailleurs au Mexique !

Chers camarades de classe au Mexique,

Nous avons appris avec indignation ce qui est arrivé ce samedi dernier 10 octobre. C’est encore une preuve de la putréfaction et de la déshumanisation dans lesquelles est en train de nous entraîner le système capitaliste.

Au Mexique comme au Pérou, les conditions de vie des travailleurs sont misérables, les entreprises privées ou d’État payent des salaires minables, qui n’arrivent pas à subvenir aux besoins de base pour vivre ; les licenciements sont, par contre, le pain quotidien, le chômage est une plaie qui sévit dans les grands centres urbains ; le vol, la délinquance, la prostitution sont devenus monnaie courante dans nos vies […]. Les médias, aussi bien au Mexique qu’au Pérou ne servent qu’à attaquer la moindre protestation du prolétariat, quand on exige quelque “droit” que la bourgeoisie nous a promis […], alors ils nous appellent des terroristes ; dans le meilleur de cas, la presse sert à distraire et à embrouiller les esprits des nôtres. […]

Frères ! Nous sommes une même classe sociale, là-bas au Mexique ou ici, au Pérou, nous vous apportons notre totale solidarité […]. Nous savons très bien qu’il faudra lutter pour abolir cette exploitation commune, parce qu’elle est à l’origine de la misère, de la faim et de l’avilissement dans ce monde ; mais jusqu’à ce moment, il faut travailler et, sur cette base, s’organiser pour ne pas se laisser écraser et manipuler par des “leaders” qui se pointent en prétendant être vos représentants. Ici, au Pérou, beaucoup d’ouvriers, de professeurs, d’étudiants, de chômeurs…, ont vécu dans leur chair la tromperie toujours maniée par les syndicats : il est vrai que nous sommes très jeunes et peut-être certains d’entre vous nous diront qu’il existe des syndicats de classe qui luttent véritablement pour vos droits ; et bien camarades, pour une fois nous vous demandons de faire confiance à la jeunesse, parce que cette jeunesse ne fait confiance qu’à vous-mêmes, à votre force, à votre solidarité et votre unité ; nous sommes avec vous et non pas avec le syndicat, ni avec un quelconque prétendu leader de gauche ou de droite ; nous espérons que vous vous organiserez en tant que travailleurs, que vous débattrez, que vous discuterez, que vous convoquerez des assemblées avec tous les secteurs prolétariens et que vous déciderez vous-mêmes que faire de votre futur. L’isolement serait le poison contre votre lutte ; il faut qu’elle se généralise vers tous les autres secteurs prolétariens ; il ne faut pas que vous ayez peur de demander aux autres camarades qu’ils rejoignent votre cause, qui est la même que la leur. C’est seulement ainsi que la grève, les arrêts de travail ou les manifestations de rues ou tout ce qui vous paraîtra efficace, pourront atteindre leur objectif.

[…] Pour nous, il est clair que le problème n’est pas que celui de la branche de l’électricité, le problème n’est pas que mexicain, il n’est pas que latino-américain ; le problème n’est pas le gouvernement, ni les USA…, le problème, c’est le système d’exploitation ! […]

Nous savons que beaucoup d’entre vous ont une famille, des enfants à nourrir, que vous ne voulez évidemment pas vous retrouver sans emploi, que certains voudraient rendre les armes…, mais nous, fils de la classe prolétarienne, qui voyons reflétée chez vous l’image de nos parents et de nos grands frères, nous vous demandons de continuer à lutter, de nous apprendre, de nous éduquer en défendant ce qui vous revient de droit, en ne vous laissant pas marcher dessus par une poignée de bourgeois, par un groupe d’entrepreneurs imbus de vanité et pleins d’argent, eux qui n’ont jamais travaillé. Nous vous demandons, camarades, de continuer la lutte, de vous solidariser, de vous unir jusqu’à exiger le rétablissement des emplois, de mener la lutte contre ceux qui, jour après jour, font que ce monde soit ce qu’il est, un monde de misère et de pauvreté sur la terre, dans les airs et dans les eaux […].

Depuis le Pérou, nous sommes un groupe de jeunes prolétaires, de professeurs, d’ouvriers, de lycéens et d’étudiants et nous vous envoyons notre fraternel salut de classe. […] Votre douleur est la nôtre, vos larmes contre l’injustice sont les mêmes que les nôtres, vos poings et votre courage sont les nôtres. D’ici nous vous demandons d’organiser des assemblées générales ouvertes, des débats […].

Enfin, […] une fois l’objectif atteint, il ne faudrait pas s’en contenter, il ne faut pas se contenter de pouvoir retourner au travail. On doit aller plus loin, voir le problème de fond, considérer que le problème est et sera toujours le système capitaliste, et non pas un quelconque Président ou une nouvelle politique. C’est pour cela que nous n’avons aucune confiance ni dans le Parti nationaliste d’Ollanta au Pérou, ni dans Chavez, ni dans Evo Morales, ni dans le PRI, ni dans le PRD (6), ni dans aucun de tous ces partis de gauche de la bourgeoise, quel que soit le radicalisme avec lequel ils se présentent. […]


A bas les groupes réformistes sociaux-démocrates !

A bas les syndicats qui négocient la vie des travailleurs !

Vive la lutte du prolétariat international !

Prolétaires mexicains, péruviens et du monde entier
unis contre le capital !

Seule l’union mondiale de classe
pourra libérer l’humanité de la misère !

En avant pour la lutte, camarades !

NPP

[email protected]


Message de soutien du “Grupo de lucha proletaria” (extraits) (7)

L’État mexicain attaque les travailleurs de “Luz y fuerza”

[…] Plus de 44 000 postes de travail vont disparaître avec la mise en liquidation de l’entreprise “Eléctrica Luz y Fuerza”. […] Mais c’est loin d’être un fait isolé : la même chose arrive au Pérou et ailleurs dans le monde. C’est un raz de marée, une attaque massive et dirigée contre le prolétariat au niveau mondial […]

Ce que les ouvriers ne doivent jamais oublier, c’est que les politiciens et les syndicats ne sont pas une solution mais une partie du problème. […] La lutte des ouvriers n’a d’avenir qu’en dehors des syndicats et de tout autre opportunisme politique. Le prolétariat doit s’organiser et maintenir son unité de classe pour essayer de dépasser ce moment qu’il est en train de vivre au Mexique.

Ce que les travailleurs du Mexique et d’ailleurs doivent bien avoir en tête, c’est que ces attaques contre leurs conditions de vie vont continuer, de plus en plus rapprochés et intenses jusqu’à ce que la situation devienne insoutenable. La classe ouvrière devra comprendre qu’elle possède des armes pour lutter contre cette situation à laquelle le capitalisme l’entraîne aujourd’hui ; ces armes sont sa solidarité de classe, sa confiance en elle-même et ses luttes au niveau local et mondial.

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

GLP, 24 octobre

 

2) Luz y Fuerza del Centro (LyFC) : entreprise publique de distribution d’électricité opérant surtout dans la capitale mexicaine et sa région. à la suite de grosses pertes, l’Etat mexicain l’a mise en liquidation le 11 octobre 2009 après que la police ait occupé tous les locaux le 10 octobre.

3) Sécurité sociale pour les travailleurs de l’État.

4) Candidat de la gauche lors des dernières élections présidentielles au Mexique (2006), dénoncées comme ayant été truquées, ce qui a lancé ce candidat dans une campagne de “désobéissance civile” contre le gouvernement.

5) Noyau prolétarien du Pérou. Lettre reçue le 24 octobre 2009.

6) Ollanta est le dirigeant de ce parti ultranationaliste de gauche au Pérou. Le PRI est le parti “révolutionnaire” qui a gouverné le Mexique pendant 70 ans, le PRD, qui est une ancienne scission du PRI, est aujourd’hui le parti de la gauche mexicaine.

7) Groupe de lutte prolétarienne. Texte reçu le 30 octobre 2009.

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