Taxe carbone, forfait hospitalier, licenciements... les attaques anti-ouvrières continuent à pleuvoir

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C’est au nom de la “protection de l’environnement” que le gouvernement français impose sa dernière trouvaille : la taxe carbone qui va coûter plusieurs centaines d’euros supplémentaires à tous ceux contraints de prendre leur voiture pour se rendre à leur travail et aux familles qui se chauffent au gaz ou au fioul domestique. Cette “écotaxe” va toucher d’une manière ou d’une autre l’immense majorité de la population alors que pour les entreprises, elle s’inscrit dans un simple octroi déjà rodé en Europe d’autorisation à polluer (d’ailleurs en partie compensé par la suppression parallèle de la taxe professionnelle). Ce “geste”, que la France ambitionne d’étendre à l’échelle européenne, bien loin de “sauver la planète” avec l’aide de chacun, masque l’incapacité du système capitaliste d’empêcher la propagation croissante des gaz à effet de serre.

On nous dit aussi que c’est pour “sauver la protection sociale” que la nouvelle augmentation du forfait hospitalier à la charge de chaque patient a été décidée. Elle passera ainsi au premier janvier prochain de 16 à 18 euros. Il faut se rappeler que cette mesure a été introduite début 1983 sous l’ère Mitterrand par le ministre de la Santé de l’époque, le ministre “communiste” Jack Ralite. Dans la foulée, le déremboursement des dépenses de santé (entrepris par Martine Aubry sous le gouvernement Jospin) se poursuit : il passera de 35 à 15% sur une série de médicaments de base comme les vasodilatateurs, les anti-hémorroïdaires, les traitements contre les brûlures ou les compléments en magnésium. Pour les millions d’assurés sociaux, travailleurs ou chômeurs sans mutuelle complémentaire, cela deviendra de plus en plus impossible de se soigner. Ces laissés pour compte n’ont qu’à crever ! Et pour les autres, ce sera une nouvelle augmentation de leurs cotisations.

C’est soi-disant par souci de “justice sociale”, comme l’a répété avec culot lors de son interview le président Sarkozy à la veille du sommet du G20 à Pittsburgh, qu’est introduite la scandaleuse imposition sur les indemnités journalières des accidents du travail (environ 20 000 cas par an en France, en particulier dans le secteur le plus exposé du bâtiment et des travaux publics). Cette mesure est particulièrement cynique : on demande aux prolétaires victimes dans leur chair de leurs conditions de travail de payer eux-mêmes le défaut de protection de leur entreprise, alors que les cadences s’accélèrent en lien avec les pertes d’emploi non remplacées et alors que l’exposition aux risques d’accidents de travail ne cesse corrélativement d’augmenter. De plus, cette pénalisation vient aggraver une perte de revenus puisque les accidentés du travail ne perçoivent plus qu’entre 60 et 70 % de leur salaire.

Les fables qui cherchent à faire passer la pilule et à rendre présentable cette série de nouvelles attaques édifiantes dans l’hexagone s’accompagnent de nouvelles hausses de tarifs adoptées cet été : de 2 % à EDF (pour la troisième fois en deux ans) depuis le 15 août, de 2 à 3 % à la RATP comme chaque année au 1er juillet comme dans la plupart des transports publics. Le “pouvoir d’achat” des prolétaires se réduit chaque mois comme une peau de chagrin.

En même temps, ce sont plus de 18 000 chômeurs supplémentaires qui ont été enregistrés officiellement au mois d’août en France, ou plutôt 32 200 en incluant les demandeurs d’emploi ayant une activité réduite ; ce qui porte à plus de 2 millions et demi le nombre d’inscriptions au Pôle emploi. Les jeunes sont particulièrement touchés (près de 25 % de la tranche 16-24 ans sont désormais sans emploi) et les ouvriers de plus de 50 ans (ce qui signifie des retraites à venir encore plus misérables).

Après la SNCF, France-Télécom où le “dégraissage” continue (voir notre article sur les vagues de suicides dans de nombreuses entreprises en page 3), la “rationalisation” des dépenses dans les “services publics” s’accélère. Ainsi, à la Poste, prétendument pour “s’adapter à la concurrence internationale”, cette entreprise a fait fermer 140  bureaux de poste supplémentaires et supprimé 7600 emplois au cours des six derniers mois. Ce qui s’ajoute aux 20 000 emplois perdus entre 2002 et 2008 et aux 56 000 employés qui ont perdu leur statut de fonctionnaires.

Dans le privé, les effets de l’accélération de la crise se traduisent par des plans de licenciements massifs qui, après avoir touché les PME, s’étendent de plus en plus aux grandes entreprises dans tous les secteurs, comme l’automobile ou l’aéronautique. Partout, la même logique inhumaine des lois du capitalisme frappe les ouvriers, qu’ils travaillent ou pas, depuis les cadres jusqu’aux immigrés clandestins en quête de survie et de travail (voir notre article en page 3). Il n’y a plus de limites à l’exploitation et à la misère… L’impasse dans laquelle le capitalisme condamne l’humanité se révèle partout de manière criante.

Quant aux syndicats vers lesquels on incite les ouvriers à se tourner pour se défendre, la parodie spectaculaire de manifestation qu’ils ont organisée le 8 septembre devant la Bourse de Paris, réservée aux seuls ouvriers de l’automobile, comme leur appel à une journée de mobilisation pour le 7 octobre, démontrent qu’ils entendent simplement se préparer à continuer à défouler la colère des prolétaires à l’image des rituelles “journées d’action” ponctuelles et stérilisantes dont les ouvriers ont largement fait l’expérience en début d’année (voir RI nos 399 et 400).

Pour sauver la planète comme pour sortir de cet enfoncement inexorable dans la misère et la surexploitation, il est nécessaire d’abattre le capitalisme. Pour prendre conscience qu’ils sont la seule force sociale capable de briser les chaînes inhumaines de ce système, les ouvriers ne peuvent compter que sur le développement de leurs propres moyens de lutte.

W (26 septembre)