Sommet du G20 de Pittsburgh : la fin de la crise ?

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A Pittsburgh, les 24 et 25 septembre, s’est tenu le troisième sommet du G20 1, nouveau “forum international” tout spécialement créé pour endiguer la crise qui frappe de plein fouet l’économie mondiale depuis l’été 2007. A en croire le communiqué final, cette mission est d’ailleurs d’ores et déjà accomplie. Dressant le bilan des engagements pris en avril lors du sommet de Londres, les membres du G20 affirment en effet, très satisfaits d’eux-mêmes : “Cela a marché” ! Notre réponse énergique a contribué à stopper la chute dangereuse de l’activité mondiale et à stabiliser les marchés financiers 2. Il s’agirait donc maintenant de booster “la reprise”. Le Premier ministre britannique Gordon Brown s’est ainsi félicité : “Ici à Pittsburgh, les dirigeants représentant les deux tiers de la population mondiale ont adopté un plan international pour l’emploi, la croissance et une reprise économique durable” 3. Comment ? La réponse est dans le texte : “Nous nous réunissons en ce moment crucial de transition entre la crise et la reprise pour tourner la page d’une ère d’irresponsabilité et adopter un ensemble de mesures, de règles et de réformes nécessaires pour répondre aux besoins de l’économie mondiale du xxie siècle.”

Plus concrètement :

Nous avons décidé (...) de veiller à ce que nos systèmes de régulation des banques et des autres établissements financiers contiennent les excès qui ont conduit à la crise. Là où l’inconscience et l’absence de responsabilité ont entraîné la crise, nous n’autoriserons pas un retour aux pratiques bancaires antérieures.”

Nous nous sommes engagés à agir ensemble pour élever les normes en matière de capitaux, pour mettre en oeuvre des normes internationales strictes en matière de rémunérations afin de mettre un terme aux pratiques qui entraînent une prise de risques excessive, pour améliorer le marché de gré à gré des produits dérivés et pour créer des instruments plus puissants pour assurer que les grandes sociétés multinationales assument la responsabilité des risques qu’elles prennent” 4.

A la suite de ces décisions, le président français Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à parler d’un changement “historique” et “complet” sur la réglementation financière : “Pour la première fois, les banques centrales disposeront du pouvoir de limiter le montant global des bonus” et “Le secret bancaire, les paradis fiscaux c’est fini” s’est-il réjoui5.

Résumons : la crise économique “la plus profonde (…) de mémoire d’homme6, les licenciements par millions, la hausse spectaculaire du chômage et l’aggravation de la pauvreté sur toute la planète… tout cela aurait pour seule cause la folie des financiers et l’absence de scrupules des traders. Et les “grands de ce monde” de conclure logiquement : réglementons les secteurs bancaires et boursiers, encadrons plus efficacement les “bonus” et, demain, tout ira en s’améliorant, dans le meilleur des mondes. D’ailleurs, poursuivent-ils, les médias font sonner depuis quelques semaines déjà les trompettes de la “reprise économique”, les analystes annoncent “le bout du tunnel” et les bourses s’envolent !

Quand les vingt plus grands bonimenteurs de la planète s’écrient ainsi en chœur “faites nous confiance et ça ira mieux demain !”, il est sage de se méfier et d’y regarder à deux fois. Alors, qu’en est-il vraiment de cette “croissance durable” à venir ?

Le capitalisme est un système décadent depuis plus d’un siècle

La bourgeoisie répète inlassablement que nous sommes confrontés à la pire crise économique depuis 1929. Ce qui est vrai. Mais par une telle insistance, elle aimerait nous faire croire qu’entre les deux “grandes dépressions”, le capitalisme s’est plutôt bien porté. Il s’agirait donc de deux “accidents”, forcément ponctuels. En 2008, il y aurait eu une sortie de route en quelque sorte mais le véhicule ­“économie mondiale” serait en passe de repartir.

La réalité est évidemment toute autre. Depuis plus d’un siècle, le capitalisme est un système décadent 7, malade, à l’agonie, qui régulièrement convulse dans des crises violentes et dévastatrices :

En 1914, avec la Première Guerre mondiale, le capitalisme est entré de manière fracassante dans sa période de décadence. Dix millions de morts. Par cette abominable boucherie, ce système d’exploitation apporte la preuve qu’il n’a dorénavant plus rien de bon à apporter à l’humanité.

En 1929, un krach sans précédent plonge les principales économies du globe dans un profond marasme économique. Pendant plus d’une décennie, des millions de chômeurs et de sans-abris survivent en allant à la soupe populaire8.

En 1939, une horreur en chasse une autre ; la Seconde Guerre mondiale ravage la planète. Soixante millions de morts.

En 1950, une sorte d’accalmie se dessine. Tout en plongeant l’humanité dans la terreur de la guerre froide et sa crainte permanente d’un conflit nucléaire, sur le plan économique, la croissance va s’installer pendant près de 17 ans. Naturellement, cette “prospérité” se fera sur le dos de la classe ouvrière à qui l’on va imposer des cadences et une productivité en constante augmentation. L’apparition de “l’Etat providence”, la sécurité sociale, les congés payés n’auront d’ailleurs pour seul but que d’avoir une main d’œuvre en bonne santé, capable d’intensifier ses efforts, de produire plus et plus vite.

En 1967, cette relative parenthèse prend fin. La crise fait sa réapparition à travers la dévaluation brutale de la livre sterling. Le chômage, fléau qui avait presque disparu, vient à nouveau hanter les rangs ouvriers et, depuis lors, il n’a cessé de croître ! Les différents mouvements de grève qui éclatent un peu partout dans le monde – dont Mai 68 en France – constituent d’ailleurs une réaction de la classe ouvrière face à ce retour de la crise.

Les années 1970 et 1980 sont marquées par une série de convulsions économiques. En 1971, le dollar plonge. 1973 connaît le premier “choc pétrolier”. Suivent deux années de récession. Puis l’inflation devient galopante aux Etats-Unis et en Europe (les prix s’envolent et les salaires ne suivent pas). En 1982, éclate la “crise de la dette”. En 1986, la bourse de Wall Street s’effondre. Et, enfin, les années 1980 s’achèvent par… une récession.

En 1992-93, nouvelle récession, plus brutale encore. Le chômage explose.

En 1997, la crise des "Tigres" et des "Dragons" asiatiques fait trembler la bourgeoisie mondiale. La classe dominante craint qu’elle ne contamine toutes les régions du monde, craintes justifiées puisque la Russie et l’Argentine finissent effectivement par plonger à leur tour. Il faut dire que la croissance de tous ces pays avait été soutenue artificiellement par la création d’une montagne de dettes que personne ne pouvait rembourser. La faillite était forcément au bout du chemin. La bourgeoisie va néanmoins réussir à éviter le pire – la dépression mondiale – en injectant massivement de l’argent via ses instances internationales (autrement dit, en contractant de nouvelles dettes !) et en faisant croire qu’une ère de prospérité s’annonce grâce à la “nouvelle économie” : et la percée d’Internet.

En 2000-2001, patatras ! les promesses de la “nouvelle économie” s’évanouissent, la bulle spéculative sur les entreprises du net (les fameuses “Start up”) éclatent. Mais une fois encore, l’économie mondiale redémarre pour un temps. Comment ? Par un nouvel amoncellement de dettes. Cette fois-ci, ce sont en particulier les ménages américains (mais aussi espagnols, anglais, finlandais…) qui sont priés de s’endetter pour soutenir la croissance ; les prêts sont dès lors “facilités”, il n’y a plus ni contrôle, ni conditions de ressources. Et nous savons aujourd’hui où cette politique a mené.

Bref, depuis plus d’un siècle, le capitalisme frappe l’humanité de ses fléaux. En particulier, depuis 40 ans et la fin des “Trente glorieuses” 9, l’économie est en plein marasme ; les récessions se succèdent et les “relances” n’ont pour seul ressort que l’accumulation de nouvelles dettes. Et logiquement, chaque fois que sonne l’heure de rembourser, c’est la faillite, le krach.

Après la crise ? La crise !

Ce petit rappel historique, qui replace la récession actuelle comme le dernier maillon d’une chaîne ininterrompue de convulsions économiques, suffit à montrer à quel point les espoirs de “sortie de crise” de ces dernières semaines sont en fait une énième fumisterie, de la poudre aux yeux, des mensonges ! Pour la classe ouvrière comme pour toute l’humanité, l’avenir est en réalité à une paupérisation croissante.

Dans son dernier numéro, Global Europe Anticipation Bulletin, un groupe d’experts économiques, utilise une image parfaitement appropriée pour décrire ce “rebond” momentané : “Pour représenter la crise aujourd’hui, notre équipe a tenté de trouver une image simple. Voici l’analogie qui s’est imposée à nos chercheurs : une balle en caoutchouc rebondissant de marche en marche dans un escalier : si elle semble remonter à chaque marche par effet rebond (donnant un moment l’impression que sa chute s’est arrêtée), c’est pour tomber encore plus bas à la marche suivante, pour effectuer une “reprise” de sa chute”. (GEAB no 37, 15 septembre 2009) 10. Cela fait quarante que cette “balle de caoutchouc” chute dans les escaliers, mais ce faisant elle prend de la vitesse et, après être descendue marche après marche, elle les dévale aujourd’hui quatre à quatre !

Evidemment, nul ne sait encore précisément quelle forme et quelle ampleur va prendre cette nouvelle chute. Dans quelques semaines, le bilan annuel des banques révélera-t-il des déficits vertigineux, précipitant dans la faillite de nouveaux établissements internationaux ? Ou est-ce, dans quelques mois, le dollar qui finira par flancher en entraînant derrière lui un dérèglement monétaire mondial ? N’est-ce pas plutôt l’inflation qui va, dans les années à venir, faire son grand retour et ronger l’économie ? Une seule chose est certaine : la bourgeoisie est incapable d’endiguer cette spirale infernale et d’impulser une croissance réelle et durable. Si ponctuellement, en cette fin d’année 2009, elle est parvenue à éviter le pire en injectant des milliards de dollars par le biais de ses banques centrales (environ 1600 milliards à ce jour), elle a surtout creusé encore un peu plus les déficits et préparé ainsi de nouveaux cataclysmes plus dévastateurs. Concrètement, pour la classe ouvrière, cela signifie qu’elle n’a rien d’autre à attendre de ce système moribond que plus de chômage et plus de misère. Seule la révolution prolétarienne internationale pourra mettre un terme à ces souffrances !


Pawel (26 septembre)


1) États-Unis, Canada, Japon, Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni (G7) + Russie (G8) + Afrique du Sud, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Mexique, Turquie et Union européenne (G20).

2) Point 5 du communiqué final.

3) Le Monde du 26 septembre.

4) Idem.

5) Le Figaro du 26 septembre.

6) Rapport intermédiaire de l’Organisation de coopération et de développement économiques, mars 2009.

7) Lire notre article : “Qu’est-ce que la décadence ?”.

8) Cette période noire, en particulier pour la population américaine, a été immortalisée par un roman, les Raisins de la colère, de Steinbeck, et par un film, On achève bien les chevaux, de Pollack.

9) Cette appellation est abusive et mensongère puisque cette période de croissance, l‘après-guerre, n’a en fait duré que 17 années.

10) Source : http ://www.leap2020.eu/GEAB-N-37-est-disponible !-Crise-systemique-globale-A-la-poursuite-de-l-impossible-reprise_a3791.html