La répression des ouvriers de Clairoix est une tentative d'intimidation de toute la classe ouvrière

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Mardi 1er septembre. Devant le tribunal correctionnel de Compiègne, attendant le jugement, un des sept ouvriers de l’usine Continental de Clairoix poursuivis pour le “saccage” de la sous-préfecture de Compiègne le 21 avril dernier exprime son inquiétude : “Si en plus nous on prend de la prison avec sursis, on va faire quoi ? Ça peut jouer sur tout, nous, si on veut reprendre un commerce tout ça, si on se retrouve avec un casier judiciaire, ben on va être mis de côté aussi ; déjà on va avoir du mal à retrouver un emploi, alors… si en plus on a un casier sur la tête, à mon avis ça va être dur dur” 1. Pour l’instant, effectivement, seule une quinzaine d’ouvriers, parmi les 1120 licenciés de l’usine de Clairoix, ont retrouvé du travail !

Et le verdict tombe : six d’entre eux sont condamnés à des peines allant de trois à cinq mois de prison avec sursis. De plus, ils devront à nouveau comparaître le 4 novembre avec la possibilité de se voir infliger des dommages et intérêts conséquents, estimés entre 48 000 et 120 000 € 2 !

Ce qui frappe ici d’emblée, c’est la sévérité extrême de l’Etat et de sa justice. Comme l’a justement souligné un ouvrier à la sortie du tribunal, il y a bien deux poids, deux mesures : quand des dégradations bien plus importantes sont commises lors de manifestations d’agriculteurs, de routiers, de pêcheurs…, la clémence est au contraire de mise. Pourquoi ? En frappant fort, la bourgeoisie a voulu lancer un message clair à toute la classe ouvrière : “Si vous luttez, préparez-vous à être broyés par tous les moyens, y compris par la machine judiciaire.” Elle a réprimé une poignée de travailleurs pour distiller dans les rangs ouvriers un profond sentiment de découragement.

Mais si la bourgeoisie a affiché la couleur en mettant en œuvre tous les moyens dont elle dispose pour imposer par la force son pouvoir de classe dominante, les syndicats, bien sûr à travers les meneurs locaux, ces radicaux jusqu’au-boutistes, sont au contraire sortis de cette affaire avec une image plutôt combative et valorisée aux yeux des travailleurs. Xavier Mathieu (responsable CGT très médiatisé et qui a dernièrement fait la Une pour avoir “osé” dénoncer les trahisons du responsable national de son syndicat, Bernard Thibault) fait partie de la liste des six condamnés. Et, évidemment, le soutien judiciaire apporté par la CGT (avec laquelle Mathieu est réconciliée) aux sept inculpés – avec sa logistique, ses avocats experts en droit du travail et en droit social – permet au fond d’estampiller encore mieux les syndicats du label : “défenseurs officiels de la cause des travailleurs” 3.

Mais si on y regarde de plus près, on peut s’apercevoir que ce joli tableau est en fait un trompe-l’œil.

Le saccage de la préfecture est à la fois l’expression d’une grande colère, d’une réelle combativité, mais aussi le produit d’un sentiment d’impuissance et de désespoir. En effet, malgré une lutte acharnée de plusieurs mois, les 1120 ouvriers de Continental ne sont pas parvenus à sauver leurs emplois. En fait, alors que leur combat a reçu de nombreux témoignages de solidarité, leurs actions n’ont pas eu pour objectif premier de faire “fructifier” cet élan en tentant d’étendre la lutte aux autres usines voisines. Ils sont au contraire restés isolés, ne voyant l’extension qu’à travers la lunette déformante de “leur” boîte : la CGT qui menait la barque a en effet limité l’envoi de délégations massives aux usines voisines ainsi qu’aux autres usines de Continental, en Moselle et en Allemagne. Le résultat fut l’isolement, l’impuissance et donc le désespoir. Le saccage de la préfecture, acte stérile ne pouvant rien apporter au développement de la lutte, est le résultat de ce processus, de cette entrave. Et c’est bien les syndicats, CGT en tête, qui en sont les premiers responsables 4 ! Cette volonté d’enfermer et isoler les ouvriers de Clairoix est d’ailleurs parfaitement résumée par cette phrase tonitruante et révélatrice de Xavier Mathieu : “Quand on était dans notre lutte, on avait d’autres choses à faire que d’aller organiser des coordinations avec d’autres boîtes 5.”

Les syndicats ont donc aujourd’hui beau-jeu de se présenter comme des “radicaux” et des défenseurs des travailleurs. Ils voudraient se faire passer pour des sauveteurs en posant hypocritement quelques compresses sur les plaies qu’ils ont en partie eux-mêmes infligées aux ouvriers.

Face aux ouvriers en lutte, il y aura toujours la bourgeoisie, ses flics, ses juges et… ses syndicats !

DM (18 septembre)


3) Les condamnés ayant fait appel, il est d’ailleurs tout à fait possible que la bourgeoisie choisisse finalement de faire un coup de pub aux syndicats en les présentant comme les infatigables et efficaces défenseurs des ouvriers, sur le lieu de travail comme au tribunal, en optant dans un second temps pour un jugement plus “clément”.

4) Lire notre article sur notre site web : “Pourquoi les “Contis” ne font-ils pas trembler l’Etat ?”