Incendies de forêts : ce n'est pas le feu qui détruit la nature, c'est le capitalisme

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Mi-août 2009, 200 000 hectares de forêts ont déjà brûlé sur l’ensemble du territoire de l’Union européenne. Telles sont les estimations du très sérieux “Système européen d’information sur les feux de forêt” (EFFIS) qui souligne que ce chiffre dépasse de 20 000 hectares ceux de 2008 (hors incendies égaux ou de moins de 40 hectares, dont le nombre est au final loin d’être négligeable). Grèce, Espagne, Italie, Turquie, France, mais aussi Portugal au printemps, Suède et Norvège en juin, ont connu une année particulièrement catastrophique, alors que les pouvoirs publics européens se vantaient d’avoir pu réduire drastiquement les plus de 480 000 hectares brûlés annuellement depuis 1980. En Californie, des dizaines de milliers de citadins ont dû être précipitamment évacués d’urgence à plusieurs reprises ces derniers mois. En Italie du Sud, 4000 touristes ont dû être évacués in extremis face à l’avancé des flammes, etc.

Evidemment, sont incriminées au premier chef les conditions météorologiques particulièrement défavorables de cette année, au regard de 2008, où “le niveau de risque d’incendie était faible sur le pourtour méditerranéen” en raison de l’été pluvieux. Mais en Grèce, malgré ce risque diminué d’incendies, 15 000 ha avaient brûlé près de la ville de Rhodes et alors que l’année précédente, en 2007, un incendie avait tué 77 personnes et brûlé 250 000 ha de forêts au nord d’Athènes... Le gouvernement grec n’avait pris aucune mesure pour garantir à la population un minimum de sécurité. Résultat, cette année, avec la sécheresse de l’été, c’est aux portes mêmes de la capitale que le feu a une nouvelle fois sévi, avec une virulence accrue. Durant trois jours, l’incendie a fait rage, le gouvernement ne laissant à la population que le choix d’être évacuée ou de mourir dans les flammes. Un même gouvernement qui constate encore que les feux de cette année ne dépassent guère la moyenne observée depuis 1980 ! Cette incurie des dirigeants grecs a une fois de plus provoqué la colère de la population et a été largement soulignée. Les médias français n’ont d’ailleurs eu de cesse d’enfoncer le clou. Ils ont été bien moins loquaces pour dénoncer les incendies qui ont ravagé 1300 hectares près de Marseille, de même que les 7000 ha détruites en Corse, comme par hasard aux sorties de trois zones urbaines. Bien sûr, des conditions de sécheresse peuvent rendre incontrôlables des départs de feu, bien sûr, on ne peut pas tout prévoir ; mais ce qui est sûr et certain, c’est l’implication des promoteurs immobiliers ou des exploitants de l’agriculture intensive, purs produits d’un capitalisme en folie qui sont prêts à tout pour leurs profits en accord et avec l’appui mafieux des notables locaux et des grands commis d’Etat délivrant des permis de construire dans les zones à haut risque. C’est ensuite en toute hypocrisie que ces derniers font semblant de se mobiliser pour persuader “l’opinion” qu’ils cherchent à résoudre le problème. Ainsi, l’hebdomadaire satirique le Canard enchaîné a-t-il dénoncé dans son édition du 5 août la triste mascarade à laquelle se livrent les pouvoirs publics français afin de faire croire à une intense activité contre les incendiaires. On arrête deux boucs-émissaires pyromanes ici ou un autre lampiste là, et le tour est joué !

Le feu, l’eau, la terre et l’air : le capitalisme contamine ou rend dangereux, voire meurtrier pour l’homme, tous les éléments naturels.

Wilma (27 août)