Partis de gauche et syndicats sont tous des ennemis de la classe ouvrière

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Ces derniers temps, la bourgeoisie a tenté d’inoculer un fort sentiment d’impuissance dans les rangs ouvriers. L’abstention record des dernières élections européennes, la déroute de la gauche, la faiblesse de la mobilisation lors de la dernière journée d’action syndicale du 13 juin, sont autant d’événements que la classe dominante a exploités à plein pour marteler son message propagandiste : “Vous, les ouvriers, vous êtes incapables de peser sur les choix politiques actuels et à venir. Vous êtes impuissants face aux attaques qui aujourd’hui pleuvent sur vos têtes”. Cette stratégie a, à court terme, fonctionné en partie. Il y a très ponctuellement, en ce début d’été, un certain déboussolement du prolétariat. Mais en réalité, il s’agit là d’une victoire de la bourgeoisie à la Pyrrhus.

Contrairement à ce qu’elle laisse transparaître dans ses discours, le peu d’intérêt qu’a suscité le cirque électoral des européennes inquiète la bourgeoisie. En effet, les élections sont toujours un moment privilégié pour faire croire aux ouvriers qu’ils ont la possibilité de choisir leur avenir, qu’ils ont le pouvoir de défendre leurs intérêts en glissant leur bulletin dans l’urne  (1).

Or, justement, le niveau record d’abstention de ces dernières élections (près de 60  %) révèle que la mystification électorale a du plomb dans l’aile. Depuis des générations, les ouvriers sont baladés d’une alternance à l’autre, d’un gouvernement de droite à un gouvernement de gauche, et pourtant ils sont toujours confrontés à la même politique anti-ouvrière, à la même inexorable et continuelle dégradation de leurs conditions de vie.

C’est pourquoi aussi le recul prononcé de la gauche n’est pas une défaite de la classe ouvrière, bien au contraire ! Dans toute l’Europe, les partis sociaux-démocrates ont obtenu des scores extrêmement faibles. Pourquoi ? Une partie grandissante de la classe ouvrière ne croit plus en ces partis pour la défendre. Les travailleurs ont expérimenté la gauche au pouvoir et ils savent qu’elle orchestre aussi bien que la droite, voire mieux, les attaques contre leurs conditions de vie.

Cette perte croissante d’illusions pose un problème à la classe dominante. Les partis de gauche ont pour mission principale d'encadrer idéologiquement la classe ouvrière et de la pousser, soumise et atomisée, dans l’isoloir (2). C’est pour cette raison qu’au lendemain de cette élection, une véritable entreprise de culpabilisation des ouvriers a été mise en œuvre dans les médias. On a ainsi pu lire et relire dans la presse, et même sur le site officiel de l’Union européenne, que l’abstention avait profité à la montée des partis “populistes” et d’extrême-droite dans le parlement européen. Et de façon générale que, si la droite est à présent ultra-majoritaire, c’est la faute aux “couches populaires” qui ne se sont pas mobilisées sur le terrain électoral. En effet, on a vu en France une abstention de plus de 70  % dans les quartiers ouvriers, alors que l’électorat de droite s’est montré globalement beaucoup plus “citoyen”. “La droite a la main au moment même où sévit une crise historique du capitalisme”, s’est écrié le Parti de gauche  (3).

Et c’est pourtant justement bien là que le bât blesse pour la classe dominante. Car les ravages que provoque la crise économique dans les rangs ouvriers les amènent non pas à se mobiliser dans les urnes mais dans la rue, sur un terrain de classe, ce qui ouvre une toute autre perspective.

Il en va exactement de même des journées d’action syndicales comme celle du 13 juin. Les journaux se sont tous répandus sur “la faiblesse de la participation”, insistant lourdement sur l’incapacité des travailleurs à se mobiliser. Tout avait été fait pour cela. Il s’agissait de la cinquième journée d'action à répétition en quelques mois. En janvier, le mécontentement social était énorme, la situation était explosive. Au niveau international, après les luttes en Grèce, les ouvriers des Antilles prenaient le relais. Les syndicats ont alors temporisé pour maîtriser la situation, ils ont égrené les journées de lutte en les espaçant de plusieurs semaines chaque fois. Alors que le nombre de participants était “historique” au cœur de l’hiver, la mobilisation a décliné progressivement. La journée du 13 juin devait venir parachever ce travail de sabotage en étant une véritable “mobilisation enterrement”. D’ailleurs, les syndicats ont fait très peu de pub pour cette journée dans les entreprises ou les administrations, très peu d’appels et de tracts ont circulé. Et la bourgeoisie a réussi son coup : il n’y avait effectivement personne, ou presque, dans les rues ce jour-là. Ponctuellement donc, elle a pu dire aux ouvriers qu’ils étaient incapables de lutter. Mais que se cache-t-il vraiment derrière cette absence de mobilisation  ? Un manque de combativité  ? Des illusions sur l’avenir  ? Pas vraiment. Les ouvriers sont surtout très circonspects envers l’efficacité des méthodes syndicales. Même s’il n’y a pas aujourd’hui une véritable méfiance en direction des syndicats, ceux-ci sont loin d’entraîner l’adhésion massive des travailleurs.

La bourgeoisie tente de nous présenter l’abstentionnisme, le recul de la gauche et la faiblesse de la mobilisation derrière les syndicats comme des preuves de l’impuissance de la classe ouvrière. Il n’en est rien  ! Il s’agit au contraire d’éléments encourageants et nécessaires qui témoignent de l’usure relative de ces armes de la bourgeoisie contre le prolétariat. Même si la classe dominante tente de profiter du déboussolement momentané de la classe ouvrière, le piège qu’elle tend ainsi aux prolétaires n’est qu’un rideau de fumée. Car, avec la faillite du capitalisme qui saute aux yeux de tous et alors que la classe ouvrière tend à développer partout son combat, l'Etat bourgeois va devoir s’appuyer de façon croissante sur ses défenseurs “sociaux” patentés, partis de gauche, d'extrême gauche et syndicats pour œuvrer à stériliser la réflexion et la prise de conscience.

Mulan (4 juillet)


2) C’est d’ailleurs pour cela qu’en France, où le PS accuse particulièrement le coup depuis plusieurs années et laisse une brèche “sociale” très importante, se sont créés le Parti de gauche et le Nouveau parti anticapitaliste, afin d’encadrer et de tromper de façon “crédible” les ouvriers.

3) Déclaration nationale du Parti de gauche du 14 juin 2009.


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