Expulsion des travailleurs sans-papiers à la Bourse du travail : la CGT pire que les CRS

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Le jeudi 25 juin, une centaine de familles de sans-papiers ont été expulsées de force de la Bourse du travail, à Paris, gazées et jetées à la rue comme des chiens par des hommes cagoulés, armés de barres de fer et de bombes lacrymogènes. Qui étaient ces hommes ? Des CRS ? Des commandos lepénistes ? Non. Des nervis de la CGT !

Cette centrale syndicale qui, à en croire ses discours, ne vit que pour défendre l’ouvrier, la veuve et l’orphelin, n’a en effet pas hésité à envoyer ses hommes de main déloger manu militari ces ouvriers sur-exploités, sans logement, exécutant des petits boulots de misère et réduits à survivre depuis des mois, eux et leurs familles, dans les couloirs des locaux de la Bourse du travail.

En fait, ces travailleurs et leurs familles occupaient ce bâtiment depuis le 2 mai 2008, habituellement lieu de réunion de la CGT appartenant à la Mairie de Paris. Ils n’y étaient pas venus par hasard mais par pure nécessité de survie après la magouille entreprise conjointement, en avril 2008, par le gouvernement, la gauche et les syndicats pour ficher et expulser un maximum de travailleurs clandestins  (1). A cette époque, la CGT avait poussé des milliers de travailleurs clandestins à se mettre en grève, non pas comme proclamé officiellement pour défendre des conditions de travail intolérables, mais afin de pouvoir les faire repérer et ficher plus facilement. Tout avait été organisé à l’avance et négocié en secret avec le gouvernement. En tout et pour tout, 800 dossiers ont été régularisés, dossiers concernant presque tous des encartés cégétistes. Pour les milliers d’autres, leur identité maintenant connue en préfecture, ils étaient tout simplement destinés à être expulsés et à remplir les charters des 23  000 expulsions annuelles des lois Hortefeux. Parmi eux, un certain nombre se sentant particulièrement humiliés et trompés par la CGT, sans ressources et sans perspectives, sont alors venus avec leur famille occuper les locaux de ce syndicat. Attitude bien évidemment inadmissible pour ce syndicat.

Le communiqué lapidaire de la CGT, tombé le jour de l’expulsion en milieu d’après midi, révèle le peu de cas qu’elle fait de ces quelques familles ouvrières : “Les syndicats CGT de Paris ont contribué à mettre un terme à l’occupation”. Point barre. Autrement dit, pour la CGT, il n’y avait aucune raison de parler de cet “épisode”, il valait mieux le passer sous silence. Et pour cause ! Mais devant le battage et l’émotion suscités par cette ignoble politique, la CGT a finalement été contrainte de s’expliquer en tentant de justifier l’injustifiable. Anne Leloarer, membre du bureau départemental de la CGT, y est alors allée de son petit couplet empoisonné : “Franchement, on s’est démené pour eux (sic !), mais c’était de plus en plus inacceptable. Ces gens-là (re-sic !) n’ont jamais rien voulu comprendre. Ils avaient décidé qu’ils resteraient là, hébergés à la Bourse du travail”. Voilà bien des propos aussi méprisants que nauséabonds.

Il n’est pas nécessaire que Sarkozy fasse appel à ses forces de répression, la CGT réagit plus vite et tape plus fort. Et il n’y a ici rien d’étonnant, c’est la simple continuité de la pratique anti-ouvrière et répressive de la CGT depuis des décennies  (2). Ce syndicat n’en est en effet pas à son coup d’essai. Déjà, en 2007, la CGT avait procédé exactement de la même manière en expulsant là-aussi des immigrés qui occupaient “ses” locaux  (3). Et les jeunes générations d’aujourd’hui ne savent peut-être pas qu’en 1981, le PCF, à l’époque sous la direction de Marchais, et son syndicat la CGT, faisaient donner du bulldozer contre des ouvriers de nationalité malienne réfugiés dans un foyer Sonacotra à Vitry-sur-Seine !

Les familles ouvrières jetées de force sur les trottoirs ont bien compris le sens de ce qui leur arrivait puisque immédiatement après ils criaient tous ensemble : “CGT, Hortefeux, même patron, même combat !”. Ces familles expulsées, balancées à la rue, ce sont nos familles, ce sont celles de toute la classe ouvrière. Nous sommes tous des ouvriers susceptibles de nous retrouver jetés à la rue, sans travail et sans logement. Et comme à la Bourse du travail aujourd’hui, et à Vitry hier, “français” ou immigrés, tous les ouvriers auront à faire face aux méthodes musclées de la CGT et des autres syndicats.

Rossi (2 juillet)


1) Lire notre article “Mouvement des travailleurs sans papiers : pour expulser, le gouvernement peut compter sur les syndicats et la gauche”, Révolution internationale no 391, juin 2008.

2) Il n’est pas davantage surprenant qu’une organisation qui prétend elle aussi agir au nom “des travailleurs”, comme “Lutte ouvrière” vole au secours de la CGT pour justifier son action “coup de poing”. Dans son édition du 3 juillet, l’article “Certains oublient que les adversaires sont Besson et Sarkozy” s’en prend à tous ceux qui dénoncent haineusement la CGT comme auxiliaire armé de Hortefeux. L’article met notamment en avant que “Ces insultes sont inacceptables alors que des centaines de militants de la CGT ont souvent été en première ligne pour défendre le droit des travailleurs immigrés avec ou sans papiers”.
Il faudra se souvenir, dans le développement des prochaines luttes, que dans l’opposition irrémédiable entre les flics syndicaux et la lutte des prolétaires contre leurs conditions d’exploitation, LO a démontré ouvertement quel camp elle défendait.

3) Voir “Quand les syndicats expulsent les sans-papiers”, Révolution internationale no 379, mai 2007.


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