Besancenot et le NPA sont-ils en rupture avec l'enfermement syndical des luttes ?

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

Depuis des mois, alors que les attaques brutales pleuvent et que la colère des ouvriers monte, les syndicats n’ont cessé de diviser, d’organiser des rassemblements dispersés dans le temps et l’espace, d’abuser de manœuvres dilatoires pour espacer les manifestations, saucissonner les luttes.

Un tel sabotage, de plus en plus évident aux yeux des prolétaires conscients, suscite réflexion et questionnement. Face à cela, les syndicats et les gauchistes, dont le NPA fraîchement moulu, soulignent qu’il ne faut “pas attendre pour lutter”. Evidemment, chacun dans son coin ! Les luttes qui se multiplient malgré tout se retrouvent isolées et cadenassées par les syndicats et leurs complices gauchistes. Parmi de nombreux exemples, nous voulons souligner celui hautement symbolique de la grève des postiers des Hauts-de-Seine.

A plus d’un titre, ce conflit est révélateur d’un véritable travail de sape. Plusieurs salariés de La Poste, dont le célèbre leader du NPA Besancenot, se sont mis en grève contre une réforme de la distribution du courrier. On apprend cependant que cela fait deux mois que les postiers “marinent dans leur jus” contre un projet de réorganisation des tournées. La grève, initiée par SUD-PTT, soutenue également par la CGT et CFTC, est restée complètement isolée. Sur cette longue période, le mouvement limité d’abord à la ville de Boulogne-Billancourt est resté confiné à quelques communes du département. Qu’ont fait les syndicats ? Qu’a fait le très charismatique Besancenot et son NPA ?

Ont-ils appelé à étendre le mouvement aux autres secteurs en lutte ou à chercher la solidarité des autres salariés ? Aucunement. Pour s’en convaincre, il suffit de laisser la parole à un syndicaliste qui décrit ce qui ne peut que traduire un verrouillage syndical complet : “Nous sommes environ 150 postiers dont Olivier Besancenot, lui-même facteur dans les Hauts-de-Seine, à occuper le hall de La Poste. Nous allons pique-niquer sur place avec des merguez jusqu’à ce que la direction nous reçoive” (1). Une intervention de Besancenot sur le lieu de travail confirme cette même stratégie d’enfermement. Son radicalisme ne tolère qu’une extension… celle du secteur !

Qu’on en juge par les quelques extraits significatifs de ses propos reportés d’une vidéo amateur (2) : “On voudrait s’adresser aux collègues du centre de tri (…) on est parti pour rester un bout de temps ici (…) on a une revendication qui nous est commune, vous les centres de tri et nous la distribution : c’est l’oseille (…) Nous ce qu’on veut c’est qu’un moment donné il y ait des négociations quotidiennes (…) nous on est là, on va pas bouger (…) nous on va pas reprendre le boulot tant que la boîte n’aura pas lâché quelque chose (…) les bénéfices de la boîte on n’en voit pas la couleur (…) comme la boîte ne veut rien entendre, nous on monte d’un cran aussi…”. La boîte, et rien que la boîte !

Alors que le NPA nous ressasse à volonté dans les manifestations et au travers des discours de son beau parleur Besancenot que ce qu’il faut pour se défendre, “c’est la grève générale”, voilà sur le terrain de la lutte ce que ce “radicalisme” miraculeux produit en réalité : l’enfermement dans son entreprise et dans le pire isolement, le tout assaisonné de la chanson syndicale la plus traditionnelle !

Tout ceci confirme ce que nous disions dans un article récent à propos du NPA et de son leader télévisuel : “En fait, le NPA a pour vocation de stériliser et de figer les interrogations de plus en plus nombreuses qui surgissent au sein des différents secteurs et de différentes couches sociales sur l’impasse de la société capitaliste. Il court-circuite la réflexion collective pour la ramener sur un terrain électoral, nationaliste et syndical, avec des “solutions” qui ne sont que de vieilles recettes idéologiques réformistes faisant croire à une autre gestion du capitalisme possible” (3). Pour développer et étendre leurs luttes, les ouvriers ne peuvent donc que compter sur leurs propres forces. En aucun cas ils ne doivent se laisser endormir sur place par les “vieilles recettes” syndicales, même “relookées”, qui s’avèrent toujours être un piège mortel.

WH ( 3 avril)


1) Déclaration de Yvon Melo, représentant de Sud-PTT, Source : AFP Libération du 13 mars 2009.

2) Nos lecteurs peuvent vérifier par eux-mêmes ces propos sur la vidéo du site : http ://bellaciao.org/fr/spip.php ?article82239#forum308849.

3) Voir notre série d’articles en cours sur l’histoire du NPA sur notre site et dans notre presse.