La retraite à 70 ans, encore une attaque contre nos conditions de vie

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

Profitant du cirque médiatique autour des élections américaines, le gouvernement a fait passer en catimini lors du vote sur le budget de la Sécurité sociale, un amendement scélérat qui repousse pour les ouvriers du secteur privé, la mise à la retraite d'office de 65 à 70 ans. Autrement dit, au nom de la "liberté" de pouvoir vendre sa force de travail plus longtemps, l'Etat s'apprête à allonger le temps de travail pour prétendre à une pension de retraite. Les partis de gauche ont voté contre, soi-disant pour défendre la retraite à 60 ans, sans aucun doute, pour faire oublier leurs brillants états de service en matière d'attaques sur les retraites dans les gouvernements précédents. Les syndicats, eux, se sont offusqués, car ils n'ont pas été consultés, comme si leurs interminables négociations dans les salons feutrés de Matignon avaient déjà empêché des attaques contre nos conditions de vie. Comme en 1993, ce sont d'abord les ouvriers du privé qui sont visés par cet amendement, mais ensuite comme en 2003 et en 2007, cela sera le tour des ouvriers du public et des employés qui bénéficiaient des régimes spéciaux. Le gouvernement vient d'ailleurs d'ouvrir les hostilités en faisant voter la possibilité pour le personnel navigant des compagnies aériennes de travailler jusqu'à 65 ans en faisant également éclater le statut de leur retraite : si elle maintient pour le moment le régime actuel de retraites pour les pilotes, elle introduit un nouveau régime beaucoup moins favorables pour les hôtesses de l'air et les stewards, tentant ainsi de diviser le personnel.

Quelle hypocrisie que de parler de libre arbitre alors que le choix réel c'est de s'épuiser au travail jusqu'à 65 ans et plus dans le futur ou partir avec une retraite amputée parce qu'on n'aura pas les annuités nécessaires ! Comme le souligne la présidente de la Caisse nationale d'assurance vieillesse, "en agitant l'épouvantail des 70 ans, cela permet d'une certaine façon de préparer l'opinion publique à un relèvement de l'âge minimal de la retraite ; la pilule passera mieux si on annonce dans quelques années un relèvement à 62 ans ou 63 ans" (1). Mais les sacrifices ne vont pas s'arrêter là, car pour la majorité des ouvriers ce qui s'annonce est bien pire encore, "le vrai problème n'est pas là, mais plutôt de savoir s'ils auront le libre choix de pouvoir s'arrêter de travailler. Si on ne fait rien, les retraites vont baisser et ceux qui auront des petites retraites seront obligés de continuer à travailler pour pouvoir vivre" (2).

Vivre ou survivre, voilà l'enjeu des années à venir  ! En 1990, 19  % des ouvriers touchaient le minimum vieillesse, ils sont 40  % en 2007 (3). Avec les baisses des pensions complémentaires et la loi de 2003 qui allonge la durée de cotisation et change le mode de calcul des pensions, la pension d'un salarié moyen, calculée selon la réglementation actuelle, est inférieure de plus de 30  % à celle basée sur la législation de 1990 (idem). Étant donné l'accroissement du chômage et de la précarité du travail, de moins en moins de salariés vont pouvoir prétendre à une pension complète. Ils vont être obligés pour survivre de se mettre en quête d'éventuels petits boulots pour compléter leur maigre pension, comme c'est le cas déjà pour les ouvriers aux États-Unis, en Angleterre et dans la plupart des pays industriels.

Aujourd'hui, compte tenu de la profondeur de sa crise économique, le capitalisme n'a que faire de la santé de sa main d'œuvre. Tant pis si les ouvriers sexagénaires ne peuvent plus assumer leurs tâches, s'ils sont malades ou épuisés, où plutôt tant mieux, se dit la classe dominante. C'est de façon froide et toujours plus cynique qu'elle calcule notre devenir. Si nous ne sommes pas licenciés en cours de route, elle espère que nous serons contraints de laisser tomber notre emploi, résignés et au bout du rouleau, sans avoir obtenu les trimestres nécessaires. Que nous crevions à la tâche ou que nous partions avec une pension de misère, c'est le seul avenir que ce système peut nous offrir. Ne les laissons pas faire ! Ce n'est que par la lutte la plus unie et solidaire possible, ouvriers du privé, du public, des régimes spéciaux, chômeurs et retraités, tous ensemble, que nous pourrons faire reculer les attaques du gouvernement.

Daniel (21 novembre)

 

1) Le Monde du 17 novembre 2008.

2) Le personnel navigant a bien compris la manœuvre, d'où sa colère et les grèves menées pendant quatre jours à Air France, au grand dam des organisations syndicales qui étaient prêtes comme d'habitude (notamment le syndicat des pilotes) à négocier pour mieux faire passer la pilule.

3) Le Monde diplomatique, septembre 2008.