Pendant que l'État cogne, les syndicats nous divisent

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Même Sarkozy a été obligé de le reconnaître dans sa conférence du 25 septembre : "Une crise de confiance sans précédent ébranle l'économie mondiale. Des millions de petits épargnants dans le monde voient fondre leur patrimoine, des millions de retraités craignent pour leur retraite, ces millions de foyers modestes sont mis en difficulté. Les Français ont peur, pour leurs éco­nomies, pour leur emploi, pour leur pouvoir d'achat (...) Dire la vérité aux Français, c'est leur dire que la crise n'est pas finie, que ses conséquences seront durables, que la France est trop engagée dans l'économie mondiale pour être abritée. La crise actuelle aura des conséquences sur la croissance, sur le chômage, sur le pouvoir d'achat." En effet, ce sont de nouvelles dizaines de milliers de suppressions d'emplois qui vont déferler dans les prochains mois, en particulier dans les banques, les assurances, l'immobilier et la construction. Dans le secteur financier, les plans de licenciements ont déjà commencé au Crédit agricole, chez Natixis, Calyon, Kaufman & Broad, etc.

Pour tous les prolétaires, les attaques s'intensifient et la paupérisation s'accentue

Pour le seul mois d'août, il y a eu en France entre 30 000 et 40 000 chômeurs de plus 1  ! C'est le plus mauvais chiffre pour l'emploi depuis 1993 alors même que l'Etat déploie toute son énergie à rayer des listes de l'ANPE un nombre toujours croissant d'ouvriers sans travail. La situation se dégrade chaque jour un peu plus. Et dans les mois qui viennent, les coups sur le prolétariat vont redoubler et le chômage exploser. Des attaques en tous genres sont en effet déjà programmées et annoncées à commencer par les licenciements dans les secteurs productifs "de pointe" comme l'automobile ou la micro-informatique. Ainsi, la suppression de 6000 emplois sur la base d'un prétendu "départ volontaire" (le Monde du 9 septembre) chez Renault dont un millier à Sandouville dans la région du Havre (visant en particulier la moitié des ouvriers dans les ateliers de production de la Laguna) est suivie 15 jours plus tard de l'annonce de 2000 pertes d'emplois supplémentaires, dont 900 en France, avec notamment la fermeture probable à terme des usines de Maubeuge dans le Nord et de Batilly en Lorraine. General Motors se prépare à liquider son usine strasbourgeoise qui représente 1260 emplois. Hewlett-Packard a annoncé le sacrifice de 24 600 emplois dans le monde (dont 9300 en Europe). Ce sont en même temps des centaines d'entreprises sous-traitantes qui vont devoir fermer leurs portes. Il faut y ajouter encore la suppression de 509 postes de travail à la CAMIF (plus d'un tiers des effectifs), la liquidation des salariés chez le volailler Doux, les licenciements annoncés chez l'équipementier Continental, la menace de fermeture de l'usine Sony de Dax...

De même, les "reformes" dans la Fonction publique vont se traduire par 30 600 suppressions de postes en 2009. Officiellement, un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ne sera pas remplacé, ce qui est encore bien loin de la réalité puisque tous les non-remplacements des contractuels, emplois-aidés et autres emplois précaires et sous-payés dont l'État s'est fait une spécialité, ne rentrent pas dans ces "statistiques". L'Éducation nationale sera une nouvelle fois particulièrement touchée avec 13 500 suppressions de postes programmées. En même temps, le gouvernement se prépare à lancer un nouveau programme pour réduire le déficit du système de santé avec un renforcement des contrôles sur les actes médicaux, les ordonnances et les arrêts maladie contre les "abus et les fraudes" à la Sécurité sociale, une possible hausse de 1 euro des honoraires médicaux et la poursuite de la saignée dans les hôpitaux (250 établissements supprimés d'ici 2010). Le projet de privatisation prochaine de La Poste va entraîner la fermeture de centaines de bureaux, notamment dans les villages et les zones rurales. La durée de cotisation pour avoir le "droit" de partir en retraite avec une pension de misère est en passe de s'allonger démesurément pour les nouvelles générations de prolétaires tandis que la dégradation accélérée des conditions de vie et de travail contribue à la paupérisation croissante de toute la classe ouvrière (perte du pouvoir d'achat avec la hausse des prix de tous les produits alimentaires de base, des loyers, du gaz, des transports publics, de l'essence - en six mois la consommation de carburant a baissé de 15  %, ce qui n'était jamais arrivé). La loi sur la mobilité des fonctionnaires dans le cadre de la restructuration de l'administration va prochainement autoriser la mise en disponibilité sans salaire d'un fonctionnaire (ce qui est un licenciement déguisé pur et simple  !) en cas de refus de 3 propositions de mutation d'office suite à une suppression de poste.

Le fameux Revenu de solidarité active (RSA) présenté et salué comme "un zeste de mesure enfin sociale du gouvernement" constitue en fait une attaque supplémentaire. Ce nouveau dispositif va entraîner une nouvelle multiplication des "petits boulots" à temps partiel et sous-payés puisque "subventionnés" par cette "aide sociale". Elle ouvre tout grand la voie à la généralisation de la précarité des contrats de travail. Non seulement cette allocation demeure trop faible pour pouvoir sortir les "bénéficiaires" du RSA de la grande pauvreté mais ils vont perdre une série de "droits" liés à la perception du RMI ("prime de Noël", droit aux transports gratuits, perte d'accès automatique à une couverture sociale complémentaire, ainsi que la prime du retour à l'emploi et diverses exonérations comme de la taxe d'habitation ou de la taxe de redevance audiovisuelle). Ils vont en outre subir des contrôles renforcés et plus fréquents de la Caisse d'allocations familiales ou de l'Assurance maladie. Cela signifie surtout pour l'avenir, comme le reconnaissent des experts comme ceux d'Alternatives économiques, "une accentuation énorme des pressions sur les demandeurs d'emploi pour qu'ils acceptent ces ‘emplois indignes'." Pour les chômeurs, la perte des allocations est désormais subordonnée au refus de toute offre d'emploi à moins d'une heure de transport et dans un rayon de 30 km à partir du domicile, tandis que la fusion imminente de l'ANPE et de l'Unedic est destinée à augmenter l'efficacité des contrôles et les radiations.

La combativité ouvrière se heurte au sabotage de la lutte par les syndicats

Dans cette situation de plus en plus dramatique, les syndicats font tout pour ne pas faire de vagues face à un ras-le-bol grandissant. Ils cherchent avant tout à éviter une mobilisation massive en éparpillant et en diluant ce sentiment de colère. Le décalage entre l'ampleur, la dureté, la simultanéité des attaques et la faiblesse de la "riposte" syndicale est flagrant.

• Durant tout l'été, les syndicats ont agité la promesse d'une large riposte des enseignants. Résultat : les syndicats de l'Éducation nationale ont appelé le 11 septembre à des rassemblements locaux devant les inspections d'académie sans proposer la moindre heure de grève.

• Le 23 septembre, ils ont lancé une journée de grève et de mobilisation contre "la privatisation de La Poste" totalement cloisonnée à ce secteur et qui a été seulement suivie par 30 à 40  % des effectifs. De plus, la CGT a soutenu la proposition de la gauche (du PS au NPA de Besancenot en passant par le PCF) de lancer un grand battage pour l'organisation d'un "référendum populaire sur l'avenir de La Poste", en faisant circuler une pétition dans ce sens auprès des usagers. Il s'agit de faire croire qu'il suffit qu'une entreprise reste aux mains de l'État pour garantir "un service public de qualité" au moment où ce même État promulgue toutes sortes de lois et d'attaques anti-ouvrières  !

• Quant à la "grande journée d'action" lancée par la CGT pour le 7 octobre sur le vague thème "contre la politique patronale et gouvernementale" (et à laquelle FO a d'emblée refusé de s'associer... histoire de diviser encore un peu plus), elle s'est rapidement transformée en une évasive "journée internationale de mobilisation des syndicats pour un travail décent".

• Après une semaine de mise au chômage technique et l'annonce du plan de licenciements, les syndicats de Renault à Sandouville ont organisé à plusieurs reprises des "barrages filtrants" et des occupations dans la zone industrielle du Havre pour défouler une grogne très forte. Cependant, lors de manifestations au Havre, des délégations de Flins sont venues soutenir leurs camarades et un syndicaliste déclarait en substance devant les caméras de télévision le 23 janvier : "Il y a une grosse colère contre le mépris du patron. Mais si ça continue, on ne pourra plus les canaliser...". Les syndicats doivent aujourd'hui marcher sur des œufs...

• De même, lors de la grève des conducteurs dans le RER B, ils sont parvenus à isoler les agents de la SNCF et de la RATP, non seulement vis-à-vis des "usagers", c'est-à-dire la masse de prolétaires utilisant cette ligne pour se rendre à leur travail, mais aussi entre eux, les convoquant à des AG séparément ou les appelant à des actions différentes, alors même qu'ils sont confrontés à la même attaque. En effet, alors que jusqu'ici la ligne était gérée par la RATP au sud et par la SNCF au nord, d'ici l'été 2009, chaque agent du RER B conduira un train d'un bout à l'autre de la ligne et devra avoir été formé à la réglementation du tronçon sur lequel il n'opérait pas jusque-là. Ce qui va entraîner bien entendu des suppressions de postes au sein des deux sociétés et une augmentation considérable de la charge de travail. Mais au lieu de cibler sur cette attaque, les syndicats ont cherché à polariser la lutte contre le "projet de fusion" en proclamant que les employés de la SNCF et ceux de la RATP n'avaient pas le même statut ni les mêmes conditions de salaire et de travail  ! Ainsi, sur la partie SNCF, la grève reconductible a débuté dès lundi 22 septembre, à l'appel de quatre syndicats (Sud Rail, FO, Unsa, Fgaac) tandis que sur la partie RATP, seuls la CGT et Sud ont appelé à la grève et seulement pour 24 heures. Malgré ces manœuvres de division, le trafic a tout de même été quasiment paralysé le 23 septembre sur toute la ligne B du RER, preuve de l'ampleur de la colère dans les rangs ouvriers des deux entreprises  ! Par ailleurs, un autre mouvement isolé, visant à protester contre une "augmentation" des charges de travail, à l'appel de la CGT, de la CFDT, de la Fgaac, a touché également, depuis le 22, le TER Picardie (Paris-Beauvais-Le Tréport et Creil-Beauvais), déjà théâtre d'une grève du 2 au 6 septembre.

Abandonner la conduite de la lutte aux mains des syndicats ou subir leur influence pernicieuse revient à s'exposer à coup sûr, pieds et poings liés, aux pires attaques, à se laisser atomiser, démoraliser. La seule possibilité pour la classe ouvrière de résister aux coups de la bourgeoisie et de prendre confiance en ses propres capacités d'ouvrir une perspective vers l'avenir, c'est de prendre en mains ses luttes, en exprimant son unité et sa solidarité de classe.

Wim (27 septembre)

 

1) A l'heure où nous mettons sous presse, les chiffres définitifs ne sont pas encore connus.

 

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