Fichier Edvige : la grande hypocrisie de la gauche !

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Depuis le décret publié en juillet destiné à officialiser le fichier de police Edvige, on a assisté à une sorte de fièvre médiatique propulsant les cris d'orfraie à gauche. A coup de déclarations et de pétitions, les leaders de gauche, PS en tête, sont en effet montés au créneau pour s'offusquer publiquement et s'indigner de l'existence d'un tel fichier : Bertrand Delanoé a vu une "faute contre les libertés", François Hollande "des raisons très sérieuses de s'inquiéter"... Bref, tous à la parade  !

En réalité, derrière ces envolées lyriques d'opérette se cache, outre la volonté de se refaire une virginité à bon compte après des années de politique répressive et de flicage lorsque la gauche était au pouvoir, une hypocrisie des plus crasses. Une personnalité comme Emmanuel Walls, par exemple, accepte volontiers de "recenser les activités" qui "portent atteinte à l'ordre public". Cela revient à dire que, sur l'essentiel, c'est-à-dire "la défense de l'ordre public", il y a "union sacrée"  ! La jeunesse révoltée par la misère capitaliste et toute la classe ouvrière sont visées ici, assimilées facilement à des "terroristes" lorsque, pour défendre leurs conditions de vie, ils "troublent l'ordre public" par la lutte de classe.

Profitant de l'inquiétude que le fichier Edvige suscite dans la population, ces "grands humanistes" de gauche voudraient nous faire oublier qu'ils sont eux-mêmes à l'origine du fichier incriminé. C'est d'ailleurs avec cet argument que des dirigeants de l'UMP ont parfois renvoyé leurs interlocuteurs du PS dans les cordes. Le fichier Edvige, en effet, ne fait qu'exposer des règles jusqu'ici en vigueur au sein des RG (Renseignements généraux) fixées depuis 1991 par Philippe Marchand, ministre de l'intérieur de la socialiste Edith Cresson. C'est grâce à ce fichier, complété sur le terrain par des équipes de flics "ilotiers" sillonnant tous azimuts les banlieues, que les socialistes et staliniens, à l'époque, ont pu traquer les immigrés afin de les reconduire massivement aux frontières, par charters entiers. "Faire du chiffre", au parti socialiste comme chez Hortefeux, on s'y connaît  !

D'après les propos d'un ancien officier des RG réaffecté à la SDIG (nouvelle Sous-direction de l'Information générale) qui s'exprime sur le fichier Edvige : "Tout cela existait depuis longtemps, seulement, comme le décret de 1991 était rédigé de façon volontairement floue, les naïfs l'ignoraient totalement" 1. Les responsables de l'époque étaient justes "plus malins que l'équipe Sarkozy".

N'oublions pas que sous Rocard, alors que Pierre Joxe était ministre de l'intérieur, des bases de données sur les personnalités étaient recueillies sans la moindre gêne. Pierre Joxe, ex-spécialiste de l'information militaire en Afrique du Nord, avait au passage mis en place un autre fichier qui existe toujours : le fichier STIC (Système des infractions constatées) qui incorpore des données sur les victimes elles-mêmes. Il a été légalisé en 2001, sous Jospin  ! Sans développer sur les célèbres "écoutes téléphoniques de l'Elysée" ou encore la restauration d'un "cabinet noir" sous l'ère Mitterrand, soulignons juste au passage une déclaration à ne pas oublier et à méditer : "On ne peut pas concilier efficacité policière et respect des droits de l'homme." Ce n'est pas là un aphorisme de Sarkozy mais une bonne vérité du socialiste Pierre Joxe lors du procès des écoutes en décembre 2004  !

On sait encore que Jospin avait signé les "accords de Schengen" renforçant la surveillance et le flicage, qu'il avait aussi signé "le bouclier européen contre l'immigration clandestine" qui fait le lit de la répression anti-immigrés actuelle et des lois Hortefeux. Aussi, quand Martine Aubry nous affirme, offusquée et la main sur le cœur, qu'elle "voit les dérives possibles" du fichier Edvige, sans doute faut-il comprendre qu'elle a des idées "géniales" à proposer pour la police du futur  !

Ne nous laissons pas duper par tous ces politiciens qui prétendent nous protéger et "défendre les ouvriers". Ceux-là n'hésiteront jamais à réprimer brutalement pour défendre leur sacro-saint "ordre public" : "l'ordre" capitaliste  !

WH (17 septembre)

 

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