En France, gouvernement et syndicats main dans la main contre la classe ouvrière

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Depuis les élections municipales, le gouvernement annonce une nouvelle attaque chaque jour ou presque :

  • projet de suppression de la carte de réduction pour les familles nombreuses pour les voyages en train (sur lequel le gouvernement a momentanément reculé devant le tollé suscité)  ;
  • confirmation de la validité (et l'entrée en fonction officielle) de la loi sur les nouveaux contrats de travail qui permettent de légaliser la généralisation de la "flexibilité" et la précarité de l'emploi dans tout le secteur privé  ;
  • abaissement de 10  % du plafond des minima pour postuler à un logement social qui va priver de nouvelles dizaines de milliers de foyers comme de personnes isolées en situation difficile de ce recours  ;
  • mise en avant par la ministre de la Santé de la perspective de désengagement total de la Sécurité sociale pour le remboursement des lunettes (et à terme des frais de prothèse dentaire) : face à un concert de protestations, le gouvernement déclare que la mesure n'est pas à l'ordre du jour dans l'immédiat mais nul doute que l'annonce du creusement du déficit de la Sécurité sociale ne tardera pas à la faire ressortir, probablement dès l'été prochain  ;
  • annonce du renforcement des sanctions appliqués aux chômeurs contraints d'accepter au bout de 6 mois "toute proposition d'emploi dans la limite de 2 heures quotidiennes de transports du domicile et rémunérée au moins à 70  % de son salaire antérieur"  ;
  • réduction du montant des allocations familiales majorées perçues entre 11 et 14 ans à partir du 2e enfant mineur, soit 600 euros par famille  ;
  • publication d'un Livre blanc de la fonction publique cautionnant l'essentiel des mesures déjà en cours sur la "mobilité" et les suppressions de postes mais avec en prime l'introduction d'un "salaire au mérite" pour les fonctionnaires  ;
  • mise en place d'une "réforme hospitalière" basée sur des "structures régionalisées" qui devrait aboutir à la disparition de 235 hôpitaux représentant des dizaines de milliers d'emplois et de lits  ;
  • annonce que les chômeurs de plus de 57 ans et demi devront désormais justifier d'une recherche assidue d'un emploi auprès des Assedic au prétexte de "favoriser l'emploi des seniors" jusqu'à 61 ans au moins, en vue de les intégrer dans l'attaque globale contre les chômeurs (suppression d'indemnisation au bout de 6 mois). Ce battage sur l'emploi des seniors prépare les personnes âgées à accepter de toucher des retraites de misère et les conditionne (ils n'auront de toute façon pas vraiment le choix) à retrouver d'hypothétiques petits boulots pour survivre ;
  • projet scandaleux d'instaurer une taxe à payer par les retraités eux-mêmes pour permettre... de continuer à leur verser une retraite !

 

Cette pluie d'attaques...

Derrière tout cela, le gouvernement tente de mettre les bouchées doubles pour accélérer le démantèlement complet de l'Etat-providence. Comme l'a réaffirmé Sarkosy devant un panel de journalistes : le cap des "réformes" sera maintenu coûte que coûte et à la trappe tous ceux qui ne voudront pas s'y plier  !

Dans le contexte actuel de chute du pouvoir d'achat, de généralisation de la précarité, de plans de licenciements qui pleuvent les uns derrière les autres, de hausses de loyers prohibitives, d'escalade ininterrompue des prix alimentaires ou de produits de première nécessité, de nouvelles franchises médicales qui sont autant de coups plus douloureux les uns que les autres qui s'abattent sur l'échine des prolétaires, cela signifie une accélération insupportable de la paupérisation de la classe ouvrière et une détérioration considérables de ses conditions de vie et de travail. Une partie de plus en glus grande des travailleurs en est réduite à quémander ou ramasser des produits invendables à la fin des marchés, à subir l'humiliation de faire la queue auprès des associations caritatives pour obtenir des paniers repas pour eux et leurs familles aux portions de plus en plus réduites (vu la hausse des produits alimentaires de base), à s'entasser dans des logements de fortune ou des taudis insalubres, à renoncer aux soins coûteux en cas de maladie.

Ces conditions de survie de plus en plus inhumaines frappent en particulier les travailleurs "sans papiers" qui, en plus de leurs salaires de misère, en plus d'être soumis à un chantage et à une pression permanente d'une majorité de leurs patrons, sont contraints de vivre dans l'angoisse et la terreur permanente des contrôles et sous la menace d'une expulsion manu militari. Le courage de certains d'entre eux qui ont pris le risque de se mettre en grève pour tenter de sortir de cette impasse mérite le respect et l'entière solidarité de tous les prolétaires. Mais le cynisme de la bourgeoisie est sans bornes : le succès de la grève d'une dizaine de travailleurs sans-papiers de la restauration à Neuilly (fief de Sarkozy) aura servi d'appât pour attirer un maximum de travailleurs clandestins dans un véritable piège. Encouragés aussi bien par la publicité médiatique autour de cette grève que par certains patrons et par les associations liées au PS et surtout par le syndicat CGT qui s'est attelé à chaperonner la plupart d'entre eux, des milliers de sans-papiers sont poussés à présenter leur dossier dans les préfectures dans l'espoir de se faire régulariser. Cette illusion sera vite déçue. Comme l'ont réaffirmé brutalement Hortefeux et Sarkozy, cette régularisation se "fera au cas par cas", c'est-à-dire au compte-goutte. Comme il y a quelques années, les associations de gauche et la CGT, qui se donnent un grand coup de publicité en se prétendant les champions de la défense des travailleurs clandestins, en sont les pires ennemis. Ils se font les plus précieux rabatteurs d'Hortefeux pour débusquer les ouvriers clandestins, ce qui permettra peut-être au ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale d'atteindre cette année le chiffre de 27  000 expulsions promis pour 2008.

... que les syndicats aident à faire passer

D'ailleurs, la CGT et les autres syndicats sont partout à la manœuvre pour saboter toute riposte ouvrière. Ainsi, ils pourrissent le terrain de la lutte comme chez Airbus. Dès l'annonce de la confirmation de fermeture prochaine des sites de Méaulte en Picardie et de Saint-Nazaire découlant du fameux plan "Power 8", ils ont organisé de prétendus "débrayages de solidarité" sur les autres sites à Toulouse et à Nantes où l'essentiel de leur propagande a consisté à mettre les ouvriers français en concurrence avec leurs frères de classe allemands qui seraient injustement "épargnés par la restructuration" et à les dresser contre eux . On se souvient qu'avant les élections municipales, comme d'ailleurs avant les législatives il y un an, les syndicats avaient été à tour de rôle les premiers reçus à l'Elysée. Le gouvernement a pris soin de s'assurer de leur collaboration totale indispensable pour faire passer les attaques. C'est pourquoi les syndicats s'emploient à défouler, à cloisonner les réactions ouvrières et à les émietter à travers de petites luttes pour empêcher ou du moins désamorcer une cristallisation du mécontentement grandissant, bref pour éviter le surgissement de grosses vagues incontrôlables.

Cependant, la pression de la combativité ouvrière reste intacte, comme le démontre la grève des grutiers et des "portiqueurs" dans les ports, notamment à Marseille et au Havre contre les menaces de suppressions d'emploi, même si les syndicats font tout pour enfermer cette luttes dans un cadre totalement catégoriel et corporatiste. Et la plupart des grèves actuelles sont, malgré le travail de morcellement syndical, porteuses des mêmes revendications de hausse salariales face à la flambée des prix aussi bien chez les travailleurs de La Redoute à Wattrelos près de Roubaix, chez les employés de Coca-Cola à Grigny en région parisienne, comme chez les salariés de la compagnie d'assurance Mondial Assistance à Paris, Bagnolet et Le Mans. Plus que jamais résonne l'actualité d'un des slogans de Mai 68 : "Ce n'est qu'un début, continuons le combat  !"

W (26 avril)

 

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