Quelques commentaires sur une apologie d'Ernesto "Che" Guevara (à propos d'un livre de Besancenot)

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mailGrâce aux succès électoraux de son porte-parole, Olivier Besancenot, la LCR (Ligue communiste révolutionnaire) apparaît aujourd'hui comme l'organisation d'extrême-gauche la mieux placée pour briguer le titre de "premier parti anti-capitaliste" de France. C'est pourquoi la LCR s'est lancée, ces derniers mois, dans une campagne de séduction tous azimuts et ultra médiatisée, en tentant tout particulièrement de racoler la jeunesse.

Pour ce faire, elle a sorti son "arme fatale" : la très emblématique figure de Che Guevara. Lors de son dernier congrès, cette organisation trotskiste lui a rendu un hommage particulièrement appuyé, la traditionnelle banderole à l'effigie de Léon Trotski ayant même été remplacée pour l'occasion par le célèbre portrait du "Che" (1). Véritable experte de la communication et du marketing, la LCR a parallèlement lancé sur le marché un nouveau livre, déjà en passe de devenir un best-seller, à la gloire de sa nouvelle icône : Che Guevara, une braise qui brûle encore (Ed. Mille et une nuits).

Olivier Besancenot (co-rédacteur de l'ouvrage avec M. Löwy, un spécialiste de l'Amérique latine), s'est efforcé de tisser autour de Guevara une auréole révolutionnaire, n'hésitant pas à le présenter comme l'un des plus fermes opposants au stalinisme. Il affirme ainsi sans détour qu'"il rompt radicalement avec la version orthodoxe et glaciale du ‘socialisme réel' des pays de l'Est". Mais cette rupture avec l'orthodoxie soviétique, cette image de pur révolutionnaire luttant cœur et âme pour la classe ouvrière correspond-elle à la réalité ?... Tout ceci n'est-il pas un mythe, un mensonge (2) ? Besancenot et Löwy (B&L), tout au long de leur livre, dressent-ils un portrait fidèle de ce que furent réellement Che Guevara et sa politique ?

Un "internationalisme" au service du camp impérialiste russe

La première vertu dont B&L drapent leur héros est celle de l'internationalisme prolétarien. Rien de moins. Depuis 1848 et le Manifeste du Parti communiste, l'un des cris de ralliements le plus puissant et le plus beau de la classe ouvrière est sans nul doute "Les prolétaires n'ont pas de patrie. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !". Durant la Première Guerre mondiale, le rejet de tout nationalisme, le refus de tout embrigadement impérialiste et la défense intransigeante du drapeau internationaliste fut le combat héroïque de Lénine, Trotski, Rosa Luxembourg, Karl Liebknecht... Pour B&L, aux côtés de ces grands révolutionnaires, se trouverait Che Guevara : "Pour le Che, l'internationalisme révolutionnaire n'était pas un sujet édifiant pour discours du Premier Mai. Comme pour les fondateurs de l'Internationale communiste en 1919, il était à la fois mode de vie, idéal suprême, foi séculaire, impératif catégorique et patrie spirituelle" ou encore "la pensée du Che signifie un retour aux sources, à l'Internationale communiste des premières années (1919-1924), avant qu'elle ne devienne peu à peu un instrument au service de la politique extérieure de l'URSS de Staline". En apparence, en effet, quel meilleur exemple d'internationalisme qu'un Argentin risquant sa vie à Cuba, au Congo puis en Bolivie ? Che Guevara serait donc un internationaliste, un vrai, et un opposant à "la politique extérieure de l'URSS de Staline"...

B&L prétendent étayer leurs louanges d'exemples concrets. Ce qu'ils portent aux nues, c'est cela : "Le Che laisse à l'Histoire l'empreinte de celui qui aura dénoncé l'indifférence de Moscou aux luttes de libération nationales qui cherchaient à soustraire leur pays de la domination capitaliste". Ils applaudissent le Che quand il parle de "la solitude du peuple vietnamien" et qu'il appelle à créer "deux, trois, plusieurs Vietnams" ! Nous y voilà... voici quel visage a l'internationalisme, ce "mode de vie, idéal suprême, foi séculaire, impératif catégorique et patrie spirituelle" de Guevara... et de Besancenot : créer "deux, trois, plusieurs Vietnams" ! Contrairement à toute cette propagande nationaliste et nauséabonde, le peuple vietnamien n'était pas "seul" : il y avait plutôt trop de monde autour de lui ! Il était l'enjeu de la lutte impérialiste entre les deux blocs, pris dans l'étau implacable des massacres de la Guerre froide. D'un côté, il y avait les bombardements de l'aviation américaine et la brutalité des GI's. De l'autre, il y a avait les armées de "libération nationale", soutenues directement par les impérialismes russe et chinois. Et au milieu, le "peuple vietnamien" crevant la bouche ouverte, qui était bien loin de souffrir de "solitude". Pour B&L, et derrière eux toute la LCR, "le Che laisse à l'Histoire l'empreinte de celui qui aura dénoncé l'indifférence de Moscou aux luttes de libération nationale" alors qu'en réalité, il n'y a pas eu la moindre "indifférence" de la part du régime stalinien, au Vietnam comme ailleurs. De l'Asie à l'Afrique, le bloc impérialiste soviétique a soutenu, politiquement et militairement, toute lutte qui pouvait faire basculer une partie du monde vers lui (surtout à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre de Corée).

D'ailleurs, que couvre cette critique de "l'indifférence de Moscou" ? B&L y sous-entendent de façon à peine voilée que l'URSS avait encore dans les années 1950, 60 et 70 un rôle positif à jouer dans "la défense des peuples" ? Nous retrouvons ici ce mensonge trotskiste selon lequel l'URSS était un "État ouvrier dégénéré", ce qui veut dire que, même "dégénéré", il devait être soutenu de façon "critique" ainsi que ses aventures impérialistes. L'URSS n'a jamais été un "Etat ouvrier dégénéré". Le stalinisme fut le fossoyeur de la Révolution d'Octobre 1917. A la fin des années 1920, la contre-révolution triompha, la bourgeoisie reprit le pouvoir de "l'intérieur", massacrant au passage tous les bolcheviks restés fidèles à la cause prolétarienne, dont Trotski. L'URSS devint dès lors une puissance capitaliste sous la forme d'un capitalisme d'État particulièrement brutal et archaïque. Après la Seconde Guerre mondiale, l'Union soviétique devint même une grande puissance impérialiste rivale directe du bloc américain.

Il n'y a pas une ombre d'internationalisme chez Che Guevara, pas plus qu'à la LCR d'ailleurs qui a pendant des décennies servi de rabatteur à toutes les causes de "libération nationale" dans le monde au service du camp impérialiste russe. Besancenot salue le Che car il y retrouve la même idéologie frelatée : le nationalisme et le "soutien critique" (mais soutien quand même) à la patrie soi-disant prolétarienne, l'URSS.

Du patriotisme national au patriotisme de la grande patrie

Cet internationalisme de Che Guevara vanté par B&L n'est donc qu'une fumisterie, un grossier mensonge. "L'internationalisme prolétarien" n'est que du verbiage enrobant des références permanentes à "l'amour de la patrie". Guevara ne signait-il pas tous ses textes par ce sinistre mot d'ordre castriste : "la patrie ou la mort" ? Ce nationalisme viscéral a imprégné toute son "œuvre politique" ; toute sa vie et son combat furent guidés par les intérêts de ce qu'il nommait la "grande patrie".

En 1967, Che Guevara envoya son fameux Message à la Tricontinentale dans lequel apparaît précisément cette idéologie nationaliste de la "grande patrie" : "Sur ce continent, on parle pratiquement la même langue, sauf le cas exceptionnel du Brésil, mais le peuple de ce pays peut parfaitement se faire comprendre avec ceux de langue hispanique, tellement les deux langues sont proches. Il y a une telle identité entre les classes de ces pays qu'ils arrivent à s'identifier dans une "internationale latino-américaine" (3), bien plus parfaite que sur d'autres continents. Ils sont unis par la langue, les coutumes, la religion, le maître commun (4). Le degré et les formes d'exploitation sont similaires dans leurs effets pour les exploiteurs et les exploités d'une grande partie des pays de notre Amérique. Et la révolte est en train de mûrir d'une façon accélérée chez elle." Et B&L osent faire passer ce "Message" pour un "grand événement internationaliste" ! Pour Guevara, il fallait mener une lutte à mort non pas contre la bourgeoisie dans son ensemble, en tant que classe, mais contre un pays, les Etats-Unis (5). Faire croire que cette lutte à mort contre les Etats-Unis, autrement dit contre "l'autre bloc", c'est de "l'internationalisme", que ce serait un retour aux origines de l'Internationale communiste de 1919 est une des pires escroqueries vendues par le livre de B & L.

Il est vrai que depuis le xixe siècle, pratiquement depuis l'accession à l'indépendance des Etats d'Amérique latine, les Etats-Unis n'ont cessé de considérer "l'autre" Amérique comme leur arrière-cour. Depuis le 19e siècle, les Etats-Unis ont maintenu une ingérence permanente vis-à-vis de leurs voisins du Sud. Il serait trop long de recenser tous les débarquements, les renversements, la mainmise de toute sorte des Etats-Unis en Amérique latine. Cela a créé un terreau irrigué de "frustrations nationales" qui a nourri une haine anti-américaine permanente au sein de larges fractions de la petite bourgeoisie de beaucoup de pays latino-américains, la grande bourgeoisie étant la plupart du temps liée aux intérêts de la grande puissance. La contre-révolution stalinienne s'est abreuvée de ces frustrations nationales pour embrigader le mouvement ouvrier latino-américain, en fomentant, entre autres, le mythe de la "grande patrie". Aujourd'hui, après la chute du mur de Berlin et la disparition du bloc stalinien, cette idéologie de la "grande patrie" reste la référence pour tous les idéologues du capitalisme d'Etat : de la fumeuse idéologie bolivarienne au "socialisme du 20e siècle" du président vénézuélien Chavez, le tout saupoudré d'une critique du néo-libéralisme ("l'adversaire commun", selon B&L)

Ceux qui se réclament aujourd'hui du Che arborent des affiches avec Chavez, Castro et Morales surmontées du slogan "Ensemble pour la grande patrie". Cette grande patrie, que Guevara en son temps et les trotskistes de la LCR maintenant, essayent de faire passer pour de "l'internationalisme" est un mélange de "revendications culturelles et linguistiques", parfois "hispaniques ou latines" (surtout anti-anglosaxonne) parfois, au contraire, "indigéniste"..., bref, un pot-pourri saupoudré de romantisme à quatre sous, qui n'a qu'un seul moteur : une haine inextinguible envers les Etats-Unis, une haine nationaliste que le Che exprime dans ce même Message à la Tricontinentale : "Au moment d'envisager la destruction de l'impérialisme, il faut identifier sa tête, autrement dit les Etats-Unis d'Amérique: (...) le grand ennemi du genre humain. (...) La plus grande leçon de l'invincibilité de la guérilla auprès des dépossédés : la galvanisation de l'esprit national (...). La haine comme facteur de lutte, la haine intransigeante de l'ennemi qui transforme l'être humain en machine à tuer efficace, violente, sélective et froide" (6).

La vision de la classe ouvrière pour le "Che"

"Il est sans doute vrai que le Che sous-estime, par exemple, le rôle des villes en survalorisant la place politique de la paysannerie. Il ne dénigre pourtant pas les combats ouvriers, loin de là" (p. 95). Si les auteurs de la LCR se sentent obligés de dire une chose aussi étonnante selon laquelle le "Che" "ne méprisait pas les combats ouvriers", c'est parce que, de fait, pour Guevara, la classe ouvrière n'était qu'un pion dans sa vision de prise du pouvoir. Une des caractéristiques des avatars de la contre-révolution stalinienne a été l'extrême méfiance vis-à-vis de la classe ouvrière, qui n'est d'ailleurs plus considérée comme la classe porteuse de la révolution. Tous les avatars du stalinisme, du maoïsme au castrisme, ont misé sur une mythique paysannerie révolutionnaire, une paysannerie qui (de même que les groupes "indigènes") ne leur sert que de masse de manœuvre et de chair à canon.

Pour les idéologues du "foquisme" (7), comme les auteurs de la LCR le disent, "la guérilla est un moyen de déclencher un mouvement large et majoritaire". En fait, la guérilla n'était pas l'initiateur d'un mouvement, mais le mouvement lui-même. Les deux auteurs de la LCR nous disent que la "grève générale insurrectionnelle du 1er janvier 1959 a porté un coup de grâce à la dictature qu'aucune victoire militaire n'aurait su remplacer. Le Che le sait et s'inscrit, à ce niveau, dans la vieille tradition du mouvement ouvrier qui accorde à la grève générale insurrectionnelle une portée stratégique cruciale dans la prise du pouvoir par le peuple : ‘un facteur primordial de la guerre civile', la prise du pouvoir représente, donc, chez Guevara, une étape nécessaire qu'il ne s'agit pas d'entreprendre comme un coup de force, mais bien à partir d'un large mouvement révolutionnaire majoritaire, suscité dans les zones rurales et aussi dans les villes, à partir de l'activité armée par la guérilla".

Derrière ce langage se cache le fait que la classe ouvrière n'a été qu'une masse de manœuvre supplétive pour la guérilla nationaliste de Castro, et la "grève générale insurrectionnelle" qu'un moyen de plus pour que triomphe le véritable moteur de l'insurrection nationaliste, c'est-à-dire la guérilla elle-même. C'est d'ailleurs l'organisation militaire et l'armée qui forment la véritable colonne vertébrale du régime castriste et du parti stalinien.

"L'anti-bureaucratisme" : une idéologie révolutionnaire ?

Un des thèmes préférés de l'admiration de la LCR pour le Che, c'est la critique que celui-ci aurait fait de la "bureaucratie" soviétique. B&L parlent de la "guerre du Che contre le bureaucratisme". Pendant des années, quand un stalinien ou un gauchiste voulait un tant soit peu se démarquer du système régnant en URSS, il avait recours à la tarte à la crème de la "critique de la bureaucratie". Pour la LCR, l'URSS et son camp n'étaient pas capitalistes, mais dirigés par une "couche bureaucratique", formule vide de sens qui ne servait qu'à justifier finalement leur "soutien critique". Il s'agit de faire croire que Guevara, ce responsable de l'Etat cubain, ministre de l'Industrie, prenait des risques contre l'appareil quand il chargeait la bureaucratie. Son texte Contre le bureaucratisme (1963) peut se résumer ainsi : il faut changer les méthodes d'administration léguées par la guérilla et les remplacer par une organisation où il faut "inculquer l'intérêt chez les employés, éliminer les parasites" en redonnant "une grande impulsion patriotique et nationale pour résister à l'impérialisme qui a étreint l'immense majorité du peuple cubain,et chaque travailleur est devenu un soldat de l'économie prêt à résoudre n'importe quel problème."

Autrement dit, il s'agissait de passer de l'administration "artisanale" de la guérilla à une administration de type militaire avec élan patriotique incorporé.

Souvent, ce genre d'argument de lutte contre la bureaucratie est utilisé par le sommet de l'Etat pour se débarrasser des éléments intermédiaires ou faire pression sur eux pour les contraindre à mener la politique de la clique au pouvoir. Ce fut, par exemple, la tactique utilisée par Mao Tse Toung dans sa "Révolution culturelle" en Chine. La clique au pouvoir impose son ordre et ses intérêts par cette "lutte contre la bureaucratie" : toutes les fractions bourgeoises doivent obéir à une seule clique, en particulier à son chef. C'est pourquoi elle a toujours comme corollaire le culte du chef. Et ici, Guevara est devenu un véritable champion, portant le culte de la personnalité vis-à-vis du "lider máximo", Fidel Castro, à son paroxysme. Celui-ci est pour Guevara l'exemple, le modèle permanent, la source d'inspiration :

"La masse, (...) suit sans hésiter ses dirigeants, surtout Fidel Castro..." "Si on regarde les choses superficiellement, on pourrait penser que ceux qui parlent de soumission de l'individu à l'Etat ont raison, mais les masses réalisent avec enthousiasme et discipline sans égal, les tâches que le gouvernement établit, qu'elles soient économiques, culturelles, de défense ou sportives... L'initiative vient en général de Fidel ou du haut commandement de la Révolution et elle est expliquée au peuple qui la fait sienne" (Le socialisme et l'homme à Cuba, 1965).

Le Che et le trotskisme

Pour justifier cette revendication de Guevara, un des chapitres du livre de B&L s'attache à retrouver des traces des "penchants trotskistes" de ce personnage. Il y a un coté pitoyable et pathétique dans cette recherche d'un Guevara trotskisant. Il aurait eu par exemple dans son barda en Bolivie un exemplaire de la Révolution russe. Dans leur soutien critique au stalinisme, les trotskistes n'ont jamais pu éviter le masochisme (8). Il suffit de lire ses déclarations à des journalistes en 1961 en Uruguay pour se rendre compte des sentiments tout à fait staliniens que Guevara portait en réalité aux trotskistes :

"Journaliste : Dr. Guevara, pourriez-vous nous dire pourquoi on a enlevé aux trotskistes cubains tous leurs moyens d'expression, pourquoi on leur a confisqué leur imprimerie ?

Guevara : Les trotskistes ? Ecou­tez, il y a eu une petite imprimerie qui publiait un hebdomadaire qui a eu quelques problèmes avec nous". Et il persifle : "Nous avons pris quelques mesures administratives, parce qu'il n'avaient pas de papier, ni la permission pour en utiliser, ni imprimerie, ni rien du tout ; et, tout simplement, nous avons décidé qu'il n'était pas prudent que le trotskisme continue à appeler à la subversion".

Après, Guevara, méprisant, évoque une possible connivence entre le trotskisme et Batista (9), faisant une obscure référence à une grève aventuriste dont Batista était au courant et à cause de laquelle "beaucoup de nos camarades sont morts" et, enfin, il finit en disant que le trotskisme renaît, "étrange coïncidence", à Guantánamo, ville "si proche de la base navale des Etats-Unis", de sorte que :

"... nous soupçonnons qu'il pouvait avoir un rapport avec cette... ‘proximité géographique'. C'est pour cela que nous avons pris quelques mesures pour que des gens qui ne représentent rien et dont nous ne savons pas d'où ils sortaient leur argent, continuent, sur des positions d'extrême gauche, à gêner le développement de notre Révolution.

Journaliste : Pourtant ici [en Uruguay], ils ont bien soutenu la Révolution cubaine...

Guevara : D'accord, mais c'était à Cuba, ici, nous n'avons fermé aucun journal, bien évidemment ! (rires)" [Université de Montevideo, 1961].

Ce livre à la gloire du Che s'inscrit dans l'entreprise de la LCR de "moderniser" son image, remplaçant le "vieux" Trotski par "le Che", prétendu symbole de la "jeunesse révolutionnaire". Pour cela, il lui faut dépouiller l'image du Che de tout ce que politiquement il fut pour ne laisser que l'aura du héros (tout en restant un homme, "avec ses défauts", concèdent les auteurs B&L), une aura qui serve de guide aux nouvelles générations en recherche pour les égarer dans les impasses du "socialisme du 21e siècle", de l'altermondialisme et autres produits dérivés de ce qui n'est, en fin de compte, qu'une resucée du capitalisme étatique tout ce qu'il y a de plus stalinien.

Pinto (22 janvier)


1) Besancenot avoue lui même sans vergogne la raison profonde de ce ravalement de façade : aujourd'hui c'est dans la figure du "Che" que "la jeune génération préférerait se reconnaître plutôt qu'en Trotski". Les références au vieux militant bolchevik ne seraient plus à la mode...

2) Lire notre article "Che Guevara : mythe et réalité" (Révolution internationale n° 384) et disponible sur notre site Web : www.internationalism.org

3) A plusieurs reprises, Guevara a proclamé être un "patriote" de cette autre Amérique: "Notre Amérique, la nomme-t-il, celle qui va du Rio Bravo jusqu'à la Terre du Feu"... "Je me sens aussi patriote de l'Amérique latine, de n'importe quel pays de l'Amérique latine, que n'importe qui d'autre et au moment où ce serait nécessaire, je serai disposé à donner ma vie pour la libération de n'importe lequel des pays d'Amérique Latine" (discours à l'Assemblée générale des Nations Unies, 12/1964)

4) Autrement dit les Etats-Unis.

5) B&L insistent beaucoup sur les critiques du Che à la politique de l'URSS. Pour ces auteurs, cette théorie de la "grande patrie" révèle que le Che avait raison de s'opposer à la politique des partis communistes orthodoxes. En fait, cette différence entre les staliniens orthodoxes et les guevaristes (ou les maoïstes) était liée surtout aux intérêts immédiats de l'URSS à ce moment-là. Après la crise des missiles de Cuba, en 1962, l'URSS réoriente sa politique et sa tactique impérialiste. Pour elle, il s'agit dorénavant de contrer l'autre bloc impérialiste par "la coexistence pacifique". Che Guevara, lui, n'entend rien à ce changement de stratégie et veut continuer l'affrontement par "les luttes de libération nationale" : "L'impérialisme... il faut le battre dans un affrontement mondial, vaste et prolongé. Pour lutter contre l'ennemi commun du genre humain, l'impérialisme américain, les pays socialistes doivent unir leurs efforts, malgré leurs divergences". C'est pourquoi il sera "lâché" par l'URSS et Castro lors de ses aventures désastreuses au Congo d'abord puis en Bolivie, où il mourra.

6) Pour la position marxiste sur les revendications nationales, lire, entre autres, "Courrier d'un lecteur : les revendications nationales et démocratiques, hier et aujourd'hui", Revue internationale no 129 http://fr.internationalism.org/rint129.

7) La tactique de la guérilla.

8) Rappelons que Troski fut assassiné par les staliniens que Guevara n'a jamais cessé de prendre comme modèles révolutionnaires !

9) Dictateur de Cuba de 1952 à 1958, renversé par la clique castriste.