La lutte de classe est le seul moyen pour s'opposer aux attaques de la bourgeoisie

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Depuis qu'en dépit de ses promesses électorales de la campagne présidentielle sur le pouvoir d'achat, Sarkozy a déclaré "les caisses sont vides", alors qu'il s'est octroyé une substantielle augmentation de salaire et qu'il bénéficie de vacances de luxe payées par ses amis milliardaires, sa côte de popularité s'est effondrée.

Chacune de ses initiatives provoque désormais un tollé et le fait dégringoler davantage dans les sondages. Ainsi, il a provoqué la grève la plus suivie depuis 1974 dans l'audiovisuel public en annonçant que les chaînes publiques seraient prochainement privées de leurs recettes publicitaires.

De même, il a suscité une levée de boucliers, surtout chez les parents d'élèves et les enseignants, choqués par sa décision que chaque enfant de 10 ans devrait porter dans les écoles le poids de la mémoire d'un enfant mort victime de la Shoah.

Avec son intervention ainsi que celle d'un de ses fils dans "l'affaire de l'investiture de Neuilly", il a réussi à s'aliéner une partie de son électorat de droite en agissant comme un oligarque.

Derrière le rideau de fumée des annonces, les attaques s'intensifient

A la veille des élections municipales et cantonales en France, les effets d'annonces du gouvernement se multiplient pour tenter d'enrayer cette chute de popularité du président et de prévenir une débâcle électorale du gouvernement. Alors que la gauche n'a rien à dire sur l'essentiel parce qu'elle se propose d'appliquer exactement le même programme que l'actuel gouvernement (auquel d'ailleurs participe directement nombre de ses représentants patentés), cette esbroufe masque mal de nouvelles arnaques. On veut nous faire croire que le fameux "travailler plus pour gagner plus", ça marche. En fait, le paiement majoré des "heures sup" ne concerne en grande partie qu'une minorité qui les cumulait déjà (en particulier les cadres supérieurs et les ingénieurs ).

Les "rachats de journées RTT" dans l'administration sont en fait payés moins que les heures normales. De plus, seulement 38 % des salariés du secteur privé peuvent en bénéficier.

L'augmentation des petites retraites est aussi de la poudre aux yeux : en fait la prime de 200 euros suite à la promesse de hausse de 25 % en 5 ans ne touche que 600 000 personnes qui perçoivent le "minimum vieillesse" (soit 628 euros mensuels), laissant en particulier sur la touche plus de 4 millions d'anciens travailleurs à bas salaire qui continueront à percevoir moins de 580 euros mensuels.

Les annonces de créations de 300 000 emplois en 2007 sont de la même eau : ce sont pour la plupart des emplois précaires, des temps partiels ou d'embauches dans d'éphémères "créations d'entreprise" dont moins de 10 % peuvent survivre au-delà d'une année....

Et surtout, le gouvernement signe un aveu d'impuissance sur le plan économique et social lié à l'accélération de la crise mondiale : 50 000 emplois ont été perdus en 2007. Effet de la crise financière et de la récession mondiale, les annonces de plans de licenciements se multiplient partout dans tous les secteurs, dans des entreprises de toutes tailles. Depuis le début de l'année 2008, déjà des dizaines de milliers de licenciements sont annoncés : fermetures de sites dans la sidérurgie avec Arcelor Mittal à Gandrange (où les déclarations de Sarkozy de voler à leur secours ne sont pas prises au sérieux), Chaussures Charles Jourdan à Romans, chez Flextonics à Canejan en Aquitaine, à Dax chez Sony, à Sanmina-SCI en Normandie, chez Kodak à Chalon sur Saône, l'usine Baxter à Orléans, Arkema à Marseille, l'Imprimerie Nationale en banlieue parisienne tandis que la cessation d'activité de Kléber-Michelin à Toul en Lorraine d'ici fin 2009 va entraîner la perte de 826 emplois. D'autres suppressions d'emploi sont prévues simultanément pour Sony et chez Dow Chemical en Alsace, pour SKF sur son site vendéen, pour Miko-Unilever à Saint-Dizier, chez Arc International à Arques (Nord) d'ici fin 2010 et à la même échéance l'usine Ford de Blanquefort en Aquitaine devrait de solder par une perte de 2000 emplois. Le repreneur du fabricant de jouets Smoby ayant jeté l'éponge, 1350 ouvriers se retrouvent sans emploi dans le Jura alors qu'à Alcatel Lucent, la précédente vague de licenciements n'est pas achevée et on annonce déjà une nouvelle charrette de 400 personnes sur le site de Velizy. Peugeot annonce d'autres licenciements.

Dans leurs tentatives pour minimiser la gravité de la crise, les économistes et les médias s'interrogent désormais sur la "désindustrialisation" du pays, masquant le caractère international de ce phénomène (voir l'article "Derrière la prétendue purge de l'économie, la généralisation de la misère ouvrière"). Dans les banques et les assurances, les suppressions massives d'emploi, précipitées par la crise financière mondiale commence à produire ses effets : les assurances AGF ouvrent le bal en annonçant le "sacrifice" de 1500 à 2000 emplois dans les prochains mois. Et des dizaines de milliers d'emplois sont menacés dans les banques.

Pendant ce temps, la mise en œuvre des nouvelles franchises médicales depuis le 1er janvier pèse déjà lourdement sur de nombreuses familles ouvrières.

Les prix qui continuent de s'envoler sur tous les produits alimentaires de première nécessité comme la flambée des tarifs des loyers, du gaz, de l'essence entraînent une forte dégradation du pouvoir d'achat. Malgré des statistiques trafiquées, les pouvoirs publics sont contraints d'avouer une inflation au plus haut niveau depuis 16 ans ainsi qu'une chute de la consommation des ménages de 1,2  % en janvier (pourtant en pleine période de "soldes").

L'énième "plan banlieues" (incapable d'être budgétisé) concocté par Fadela Amara et annoncé par Sarkozy à grands renforts de publicité a fait un "bide" retentissant.

Autre pétard mouillé, la plupart des 316 mesures du rapport Attali pour "moderniser et dynamiser l'économie" sont déjà enterrées car trop d'intérêts particuliers s'opposent à leur mise en œuvre.

La seule promesse tenue, c'est le renforcement de l'arsenal répressif de l'appareil d'Etat. Là-dessus, le savoir-faire en matière "sécuritaire" du président ex-ministre de l'Interieur est éclatant : durcissement de la loi contre la délinquance et développement d'une "cyberpolice".

Mais le plus grand zèle de l'Etat en ce domaine est réservé à la partie la plus démunie de la classe ouvrière : les travailleurs immigrés clandestins avec le renforcement des contrôles d'identité, les squatters délogés manu militari, et surtout l'intensification des rafles contre les travailleurs "sans papiers" arrachés à leurs familles, cueillis n'importe où, y compris à la sortie des écoles, avec la multiplication des "expulsions musclées" dont le chiffre devrait passer de 25 000 l'an dernier à 27 000 en 2008, emprisonnement de ces "clandestins" en attente d'expulsion dans des centres de rétention où ils sont traités pire que du bétail (comme à Vincennes, Palaiseau ou dans la banlieue rouennaise), provoquant à plusieurs reprises des mouvements de révolte vite réprimés...

Comment la bourgeoisie s'apprête à taper plus dur

Malgré leur vigueur, la bourgeoisie fait preuve d'une certaine "retenue" dans ses attaques, mais sitôt les municipales passées, elle leur lâchera la bride sans retenue, n'ayant plus d'échéance électorale proche dans les deux ou trois ans à venir. Elle s'apprête à taper très fort. Face à l'aggravation de la crise, la bourgeoisie n'a fondamentalement qu'une seule politique, attaquer la classe ouvrière à travers :

  • la baisse du salaire réel ;
  • la baisse du "salaire social" et de toutes les prestations sociales (en particulier des dépenses de santé avec notamment le renforcement annoncé de la traque et de la répression aux "arrêts maladie injustifiés" par la médecine du travail) ;
  • l'augmentation d'une part de la production en allongeant la durée du travail annuel et le nombre d'années travaillées de chaque prolétaire et d'autre part de la productivité donc des cadences de chaque travailleur ;
  • Depuis des mois, elle prépare déjà le terrain à ses grands chantiers de "réformes" avec trois priorités affichées :
  • l'allongement de l'âge du départ en retraite où elle se prépare à s'aligner sur les autres Etats européens : 65 à 67 ans contre 60 aujourd'hui après la récente suppression des "régimes spéciaux". Dans la réforme Fillon de 2004, on est déjà dans les 41 ans dans la fonction publique avant même la généralisation de cette mesure dans le privé que le gouvernement s'apprête à mettre à l'ordre du jour ;
  • la déréglementation des contrats et de la durée du travail va s'intensifier. Le nouveau code du travail est déjà sorti qui limite le recours aux prud'hommes pour les salariés. L'accord prétendu "équitable" signé par 5 syndicats sur 6 avec le Medef le 11 janvier dernier sur la "flexisécurité" est un premier pas en ce sens. Il signifie de nouveaux contrats de travail "individualisés" pour 11 millions de salariés dans le privé, des "ruptures du contrat à l'amiable" donnant pratiquement droit au patron de licencier quand il veut, une multiplication de CDD de 36 mois, des périodes d'essai portées de 1 à 2 mois pour les ouvriers et employés, de 2 à 4 pour les cadres. En "échange" : le droit à une mutuelle complémentaire de remboursement des dépenses de santé est prolongé de quelques mois. Des miettes... Et ce n'est qu'un début pour rendre chaque salarié taillable et corvéable à merci ;
  • une réduction drastique du nombre de fonctionnaires. Face à l'hypertrophie des structures administratives de l'Etat, en particulier, les différentes lois de décentralisation, notamment mises en place dans les "années Mitterrand" n'ont absolument pas allégé l'appareil administratif de l'Etat, mais l'ont au contraire alourdi. On a créé entre l'Etat central et les départements un nouvel échelon (la région) où toute une bureaucratie s'est développée. Parmi les conséquences : on a construit des hôtels de région avec des fonctionnaires embauchés au niveau de la région sans qu'on soit capable de réduire le nombre de fonctionnaires au niveau central ou des départements. Cela a créé toute une série de doubles emplois pour une même tâche administrative avec en plus des rivalités et des contradictions entre ces différents niveaux (commune, département, région, administration centrale), représentant des "féodalités" pour les différents partis qui défendent leur bout de gras, et au sein même de chaque parti (1).

Réduire cette lourdeur bureaucratique baptisée "réforme" de l'Etat est devenue une des priorités du gouvernement Sarkozy - que la gauche avait naguère tenté de commencer avec le projet de réforme Sautter. Cependant, le non remplacement officiel d'un fonctionnaire partant à la retraite sur deux est déjà largement dépassé dans la réalité. Le gouvernement a déjà commencé à tailler dans le vif dans certains secteurs centraux avec des effets désastreux dans la Fonction publique : fusion ANPE-Unedic, suppression de tribunaux, suppression de 9000 postes dans l'Education nationale en 2008 et de 80 000, y compris d'éducateurs spécialisés, entre 2009 et 2012. De plus en plus d'enseignants sont contraints de donner des heures de travail administratif non payées et d'accepter d'enseigner deux matières ; la « refonte » en cours de l'administration fiscale avec la fusion des services des impôts et du trésor regroupés en pôle unique (DGFP : Direction générale des finances publiques), sous prétexte de simplification pour les usagers et de modernisation des services, va éliminer de nombreux postes. En échange, la négociation avalisée par une majorité de syndicats sur le pouvoir d'achat des fonctionnaires est une vaste fumisterie : promesse de 0,5 point d'indice en plus en mars (aumône de 7 euros environ) et 0,3 % en octobre.

S'y ajoute la fermeture des services publics les moins "rentables" : hôpitaux, maternités, bureaux de postes tandis que la SNCF "sacrifie" ses branches les plus déficitaires avec 6000 emplois en moins dans le fret en 2008.

La conséquence majeure de cette situation est une plongée dans la misère de secteurs de plus en plus larges de la classe ouvrière à laquelle les prolétaires ne peuvent s'opposer que par un développement de la lutte de classe.

La perspective est au développement des luttes ouvrières

Une réelle combativité très forte s'exprime déjà à travers une prolifération de réactions ouvrières concernant aussi bien des revendications de revalorisation des salaires que des oppositions aux plans de licenciements. Ainsi, pour canaliser la colère, les syndicats ont été contraints pour la première fois le 1er février dernier une grève nationale des caissières et des employés dans la grande distribution qui a affecté toutes les grandes surfaces (Auchan, Carrefour, Centres Leclerc, Casino, Champion, Hyper U, Intermarché, Ed, Atac mais aussi Ikea, Picard, Darty, Leroy-Merlin, Monoprix...) où le salaire moyen à temps complet (entre 27 et 34 heures hebdomadaires) oscille entre 600 et 800 euros. Le conflit s'est prolongé 16 jours au Carrefour des quartiers Nord de Marseille, le syndicat majoritaire CFDT ayant appelé à une reprise du travail après des concessions dérisoires (le chèque déjeuner passant de 3,05 à 3,50 euros et quelques emplois à temps partiel de 16 heures sont prolongés de 2 ou 3 heures) alors que la revendication principale d'une prime de 250 euros n'a pas été accordée. Une grève des contrôleurs aériens contre un regroupement des sites et pour des hausses de salaire a fortement perturbé le trafic des aéroports parisiens. Dans le groupe Safran-Snecma, chez Good­year-Dunlop, chez Whirlpool, sur le site de L'Oréal France à Clichy-la-Garenne, dans le groupe de presse Prisma, une série de grèves a eu lieu pour réclamer de meilleurs salaires comme contre la détérioration des conditions de travail.

A Toul, les ouvriers de Kléber-Michelin ont relâché deux cadres d'entreprise retenus dans l'usine pendant 5 jours en échange d'une promesse de renégociation du plan social (la plupart des syndicats acceptant une prime de départ de 2500 euros). Sitôt après, les salariés de Ford à Blanquefort se sont mis en grève à leur tour. Les ouvriers de l'Imprimerie nationale sont en grève depuis un mois pour tenter de s'opposer à la fermeture du site. Lors d'une manifestation d'un millier de personnes à Saint-Dizier contre les licenciements chez Miko, noyée dans un régionalisme interclassiste avec le "soutien" des élus locaux de toutes tendances et des petits commerçants, une tendance vers l'émergence d'une solidarité ouvrière encore fortement encadrée par les syndicats s'est exprimée à travers la présence dans le cortège de délégations venus non seulement d'autres usines appartenant au même groupe Unilever (Amora ou Knorr) mais aussi d'ouvriers de toute la région, de Michelin ou d'Arcelor confrontés aux mêmes attaques (2).

Le signe le plus tangible et le plus encourageant aujourd'hui de la maturation de ce sentiment de solidarité de classe s'exprime à travers l'hébergement de plus en plus répandue de travailleurs clandestins et de leurs familles alors que les familles d'accueil encourent 5 années de prison dans le cadre des nouvelles lois Sarkozy-Hortefeux (3).

Les prolétaires ne peuvent compter que sur leur solidarité et le développement de leurs luttes pour résister aux attaques de la bourgeoisie.

W (23 février)

 

1) Quand Allègre avait déclaré "il faut dégraisser le mammouth", à propos de l'Education nationale, il énonçait une nécessité pour la bourgeoisie applicable à toute la Fonction publique.

2) On est encore loin des manifestations massives de solidarité qui se sont déroulées récemment à Bochum (voir l'article "Allemagne la combativité montante de la classe ouvrière" dans RI no 387 et sur notre site Web) et qui sont clairement porteuses de cet avenir.

3) A ce sujet, la ministre de l'Intérieur Alliot-Marie a déclaré récemment sur les ondes de France-Info qu' "elle ne laisserait pas impunie la propagande subversive d'une poignée d'agitateurs gauchistes ou d'extrême gauche". Voilà une menace fort claire envers les révolutionnaires !