Referendum au Venezuela : prendre parti pour ou contre la réforme de la constitution c’est prendre parti pour le capital

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Nous publions ci-dessous de larges extraits d'un tract que notre section au Venezuela a diffusé à la veille du référendum du 2 décembre dernier organisé par Chavez pour se faire plébisciter. Le résultat, l'échec de Chavez qui n'a obtenu que 48 % des voix, ne fait que confirmer le contenu de cette prise de position : l'impopularité croissante du dictateur populiste à qui la coalition de toutes les forces d'opposition de la bourgeoisie a refusé d'octroyer la "réélection à vie" contenu dans le projet de réforme de la Constitution. Par ailleurs, il faut réaffirmer que cette mise en échec ne représente nullement une quelconque "victoire" pour les prolétaires qui n'avaient absolument rien à gagner sur un terrain électoral qui n'est pas le leur.

Une fois de plus, moins d'un an après la réélection de Chavez, la bourgeoisie nationale, autrement dit aussi bien les dirigeants chavistes que ceux de l'opposition, mobilise les travailleurs et la population pour une autre confrontation électorale. Cette fois-ci, on convoque à un référendum le 2 décembre pour voter pour ou contre la réforme de la Constitution proposée par Chavez. (...)

Tenir les masses constamment mobilisées est indispensable pour le projet chaviste, et c'est ainsi que pendant ces 9 années de gouvernement, il a mis en place rien de moins que 10 consultations électorales. De cette manière, il cherche à maintenir la cohésion de ses forces éblouies par le mirage des supposés bienfaits du "Socialisme du 21e siècle" ou "Socialisme bolivarien", nom avec lequel la bourgeoisie chaviste a baptisé son modèle capitaliste d'État, un modèle basé, comme les autres, sur l'exploitation du prolétariat vénézuélien.

Le prolétariat vénézuélien n'a rien à gagner dans cette nouvelle bataille électorale ; il a surtout beaucoup à perdre ; non seulement à cause des mirages des modèles capitalistes que les factions bourgeoises en lutte lui font miroiter, mais aussi parce qu'elle renforce la division et les affrontements entre prolétaires. Cette nouvelle bataille électorale se déroule dans un cadre d'affrontement politique aiguisé entre les fractions gouvernementale et oppositionnelle, qui s'est répercuté dans les rangs des travailleurs avec le résultat de quelques ouvriers morts et blessés et qui pourrait déboucher sur des situations imprévisibles auxquelles beaucoup d'autres prolétaires pourraient être entraînés. Avec ce referendum, comme avec n'importe quel autre processus électoral, la seule gagnante est la bourgeoisie, qu'elle soit de gauche ou de droite. (...) Aussi, le prolétariat doit à tout prix éviter de tomber dans les mirages démocratiques qui lui proposent les progouvernementaux ou ceux de l'opposition pour essayer de l'encadrer dans l'une ou l'autre faction ; les uns se présentant en tant que défenseurs de la "démocratie participative où chacun en est l'acteur", les autres en tant que défenseurs d'une "démocratie sociale" contre les tentatives totalitaires et dictatoriales de Chavez. La démocratie, indépendamment de ses qualificatifs, n'est que l'appareillage juridique et idéologique que les classes dominantes ont perfectionné pendant des lustres pour soumettre le prolétariat et la société dans son ensemble. Les travailleurs doivent rejeter fermement les illusions propagées par les secteurs de la petite bourgeoisie d'opposition selon lesquelles une telle dynamique vers le chaos pourrait être inversée grâce "au jeu démocratique" et revenir à l'époque "faste" des années 70 ; et ne pas penser non plus que le projet chaviste du "socialisme bolivarien" éliminera la pauvreté en créant rien de moins que "le maximum de bonheur possible", tel que c'est écrit dans la Constitution reformulée. Les uns autant que les autres sont des défenseurs du système capitaliste d'exploitation, qui, dans sa période de décadence où nous vivons, ne se fonde que sur l'augmentation constante de la paupérisation. Ses propres lois de fonctionnement (qu'aucune loi décrétant le "socialisme" ne peut dépasser, comme le chavisme le prétend), concentrent la richesse entre les mains de quelques uns et la pauvreté pour l'immense majorité de la population.

La situation n'est pas "rose" pour le chavisme

 

La précipitation et la manière brouillonne avec laquelle le chavisme prétend imposer la réforme constitutionnelle met en évidence le fait que le projet chaviste court "contre la montre" pour contrer un processus d'épuisement politique et social ; d'un coté, parce que la pression de la bourgeoisie d'opposition est plus grande du fait que le chavisme a été incapable de mener à bien les objectifs du capital national dans son ensemble et, d'un autre coté, à cause du malaise social qui a commencé à sourdre et que le chavisme, à l'évidence, a de plus en plus de difficultés à contrôler (et c'était une des raisons principales pour les quelles la bourgeoisie avait accepté Chavez). Plusieurs facteurs montrent les difficultés réelles du projet chaviste :

  • aggravation de la crise économique : même si le gouvernement se vente de la plus forte croissance du PIB de la région (estimée à 8% en 2007, grâce à l'augmentation constante des dépenses publiques basée sur les prix très élevés du pétrole), les problèmes économiques sont bien présents. D'un coté, le Venezuela, pendant les 3 dernières années, a eu l'inflation la plus élevée de la région (officiellement, une moyenne proche de 20% par an, ce qui fait fondre les salaires et les pensions des travailleurs : rien qu'en se limitant aux produits alimentaires de base, l'inflation atteint 27%) ; augmentation du déficit budgétaire, ce qui veut dire que la rente pétrolière et les impôts ne sont pas suffisants face à la spirale des dépenses de l'État ; augmentation de la dette externe et interne (autour de 53 milliards de dollars, un peu plus de 25% du PIB) ; augmentation de l'emploi précaire, qui se concrétise dans la quantité de travailleurs de l'économie "informelle" (52% de la force de travail) et dans la politique "coopérativiste" de l'État ; aggravation des pénuries à cause de la politique économique du gouvernement, surtout pour les produits de base tel que le lait, le sucre, les œufs, etc.
  • développement d'une géopolitique impérialiste fort coûteuse pour la bourgeoisie : augmentation des dépenses d'armement (ce qui préoccupe les autres pays de la région à cause du déséquilibre entre les forces armées) ; politique de "donations" à des pays "amis" comme Cuba, le Nicaragua, la Bolivie, l'Équateur, etc. et des rabais dans la facture pétrolière pour ainsi essayer de contrebalancer l'influence des États-Unis dans les Caraïbes, l'Amérique Centrale et du Sud.
  • dissensions au sein du chavisme lui-même : rupture du parti Podemos ("Nous pouvons") avec le chavisme, qui possède une représentation parlementaire minoritaire ; refus des autres partis alliés, tel le Parti communiste du Venezuela (PCV) ou Patria Para Todos (PPT), à se dissoudre pour s'intégrer dans un Parti Socialiste Uni du Venezuela promu par Chavez ; dissidences au sein du TSJ [Tribunal Suprême=Cour de Cassation] ; développement de mouvements du chavisme sans Chavez. Peu de semaines avant le référendum, l'ancien ministre chaviste de la défense, le général Raul Baduel, a asséné un coup dur à l'aile radicale du chavisme en se prononçant contre la réforme et en appelant les forces armées (où, d'après ce qu'on dit, il a de l'ascendant) à défendre la constitution de 1999 ; etc.
  • des difficultés au niveau géopolitique : après les escarmouches avec l'ancien président du Mexique (Fox) et Alan García (Pérou), il a eu des altercations diplomatiques avec l'Espagne et récemment avec la Colombie, quand ce pays a enlevé à Chavez le rôle de premier plan qu'il prétendait jouer dans la médiation avec les FARC pour la libération des otages. Chavez a essayé de tirer profit de ces événements pour sa campagne en faveur de la réforme constitutionnelle parce qu'il cherche désespérément des ennemis extérieurs, étant donné que la politique des États-Unis vis-à-vis de Chavez a consisté à ne pas tomber dans le piège de l'affrontement médiatique, laissant Chavez "cuire dans son jus". Il n'est pas à exclure qu'il existe une politique coordonnée pour affaiblir Chavez au niveau régional et mondial, tout en consolidant les forces d'opposition à l'intérieur.
  • la corruption et le clientélisme politique ont atteint des niveaux bien plus élevés que lors des gouvernements précédents. (...)

Protestations sociales et lutte des travailleurs

 

Le plus grand défi que le chavisme affronte, c'est la perspective d'une élévation de la protestation sociale et de la lutte des ouvriers.

Tout le long de cette année, les expressions de l'indignation des masses (parfois même sympathisantes du chavisme) à cause du manque d'attention de l'État vis-à-vis de leurs nécessités en services, en voierie et, surtout, le manque de logements qui s'est encore aggravé avec les ravages provoqués par les pluies torrentielles (certaines personnes vivaient déjà dans des conditions très précaires depuis les inondations de 1999). Leurs protestations se sont jointes à celles de chauffeurs de taxi et des transports publics, qui subissent des agressions et même des assassinats en permanence. Les blocages de routes et les occupations de sièges d'organismes publics sont presque quotidiens.

En mai dernier, il y a eu des luttes chez les étudiants, des luttes qui rompaient avec la forme "traditionnelle" de lutte de ce secteur, qui se sont résolument exprimées sur un terrain social et ont utilisé des méthodes de luttes ouvrières basées sur les assemblées générales et les délégués élus par celles-ci. (...)

Il faut particulièrement mettre en relief les luttes des travailleurs pour leurs revendications salariales et sociales, les luttes des ouvriers du pétrole, qui ont débuté en mai dernier pour la réintégration des travailleurs des entreprises mixtes nationalisées, que l'entreprise d'État PDVSA voulait licencier. (...) (Voir l'article "Courrier du lecteur : grève des travailleurs du pétrole au Venezuela").

Face a une telle perspective de mobilisation sociale, face aux difficultés accrues pour montrer un visage "populaire" et "ouvrier", le régime chaviste n'a pas d'autre choix que celui de renforcer le contrôle et les moyens de répression étatiques, en modifiant pour cela quelques articles de la constitution ; comme, par exemple, les articles qui traitent de l'instauration des états d'exception et sur la création des dites "milices révolutionnaires", forces de répression militarisées, "garde prétorienne" directement dépendante de la présidence de la république.

Des défis encore plus grands pour la classe ouvrière

Il est certain que les luttes sociales et les luttes ouvrières ont marqué un coup d'arrêt à cause de la campagne assourdissante pour la réforme. Il existe cependant un danger pour la classe ouvrière d'être prise dans les filets de cette polarisation et même d'être utilisée comme chair à canon par l'une ou l'autre des factions au pouvoir.

En tant que révolutionnaires, en tant que militants de notre classe, nous alertons le prolétariat contre ce danger. Beaucoup de prolétaires se sont laissé embarquer par la polarisation, disposés parfois à s'en prendre à leurs frères de classe : de tels agissements, comme tous ceux qui affaiblissent la solidarité de classe, doivent être dénoncés avec fermeté et sans relâche. Le prolétariat vénézuélien vit une situation particulièrement dangereuse, et, jusqu'à maintenant, il n'a pas eu les forces pour s'opposer fermement et massivement à une telle polarisation.

La situation au Venezuela est une illustration du fait que la bourgeoisie, dans son ensemble, est incapable de gouverner vraiment : il y a 9 ans, elle a placé Chavez au pouvoir pour essayer de régler la situation sociale et politique des années 90 ; résultat : le remède est pire que le mal. Pour les travailleurs : la détérioration des services publics, le coût élevé de la vie, le chômage et l'emploi précaire, la délinquance et, maintenant, la pénurie des aliments de base : voilà qui nous éloigne de ce "paradis" que nous ont vendu la bourgeoisie et la petite bourgeoisie de gauche, un paradis où nos conditions de vie allaient s'améliorer et, même, disaient-ils, la pauvreté allait être surmontée.

Les travailleurs n'ont d'autre alternative que celle de lutter avec leurs propres forces pour un monde meilleur, pour une vie vraiment digne. Pour y arriver, il faudra en finir avec les illusions démocratiques, qui non seulement éloignent la classe ouvrière de son propre terrain de lutte, mais qui l'éloignent aussi de sa lutte historique pour le dépassement de la barbarie à laquelle le capitalisme nous soumet. Seules les masses travailleuses, par le rôle qu'elles occupent au sein du capitalisme, possèdent la capacité de développer une lutte unie et consciente contre le capital ; et ainsi devenir une référence pour les autres couches sociales opprimées, et, enfin, mener à bien une lutte pour le véritable socialisme. Pour cela, il faut que les ouvriers brisent les chaînes de la polarisation et reprennent les luttes sur leur propre terrain de classe, sur la base de véritables assemblées ouvrières, avec leur délégués élus et révocables, responsables devant elles.

De la même manière, les minorités qui luttons au Venezuela et dans le monde entier pour dépasser la situation actuelle de domination du travail par le capital, avons aussi une très grande responsabilité dans le débat et la propagation des idées socialistes que nos prédécesseurs révolutionnaires ont défendues : Marx, Engels, Lénine, Trotski, Luxemburg, etc., des idées qui sont l'antithèse de cette supercherie nommée "socialisme du 21e siècle".

Internacionalismo (section du CCI au Venezuela) 29-11-07