Attentats en Algérie : quand les rivalités impérialistes déciment les populations

See also :

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail

En Algérie, rien ne sera épargné à une population pourtant déjà réduite à la misère, dans sa grande majorité. L’année 2006 avait déjà connu une nouvelle vague d’attentats tous plus barbares et inhumains les uns que les autres. Mais, au cours de cette année, et notamment pendant la fin de l’été, on a vu une nouvelle recrudescence de la violence aveugle, faisant craindre le pire à une population vivant dans une peur permanente.

Au mois de février dernier, des explosions quasi-simultanées ont eu lieu dans un rayon d’une trentaine de kilomètres, à Boumerdès et à Tizi-Ouzou en Kabylie. Ces attentats ont été immédiatement revendiqués par un groupe proclamant appartenir à la branche d’Al-Qaïda au Maghreb. C’est aussi apparemment ce même groupe qui aurait perpétré des attaques à la voiture piégée au mois d’avril contre le Palais du gouvernement, faisant plusieurs dizaines de morts et 162 blessés. Le 6 septembre dernier, c’est le cortège du président Bouteflika qui a été pris pour cible lors de son voyage dans la région des Aurès. Cet attentat ne toucha pas le président, mais a fait à nouveau plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés. L’histoire récente de l’Algérie est ainsi une triste suite d’attentats, de meurtres en séries et de tueries atroces, visant bien souvent sciemment femmes et enfants.

Depuis 1952, la population algérienne ne connaît que guerres et massacres

Peut-être que les jeunes générations ouvrières, en France et en Algérie, n’ont pas en mémoire le drame que fut la tristement célèbre guerre d’Algérie. En 1952, une fraction de la bourgeoisie algérienne livre bataille contre la France, pays colonisateur, entraînant la population dans une guerre sans merci. Massacres et tortures furent pendant toute cette période le lot quotidien de la population, une population sans défense, prise au piège dans cette lutte à mort que se livrent la bourgeoisie française et la bourgeoisie naissante de l’Algérie.

Après dix années de conflit meurtrier (plus de 23 000 tués parmi les appelés du contingent français et surtout au moins 400 000 morts au sein de la population algérienne, massacrée des deux côtés), l’armée française se retire, vaincue. Mais la déclaration officielle de « l’indépendance » de l’Algérie n’a en rien signifié le répit et la paix. Pour la population de cette région, ce fut tout simplement une bourgeoisie qui en chassa une autre, elle ne fit que changer de maître, d’exploiteur et d’oppresseur. Pire, ce fut une bourgeoisie algérienne particulièrement brutale et sanguinaire qui prit les rênes du pouvoir : une caste militaire issue du FLN. Cette caste fit dès lors supporter de tout son poids la corruption généralisée à tous les travailleurs et la répression systématique pour les récalcitrants. Cela a été le prix, durant des années, de la “paix sociale” algérienne dont les détracteurs étaient jetés en prison ou éliminés, avec la bénédiction de… l‘Etat français qui gardait évidemment, bon an mal an, un certain contrôle partagé de l‘Algérie.

En 1992, même ce faux-semblant de « paix » s’écroule. Après l’effondrement de l‘URSS et le mouvement international de “démocratisation” lancé à l’époque sous la pression de l’Etat américain, le pouvoir algérien organise des élections “libres”. Le score historique des islamistes du FIS (Front Islamique du Salut), qui ne pouvait déboucher que sur l‘éviction des vieux caciques militaires algériens, pousse ces derniers à annuler le résultat de ces élections législatives. L‘Algérie rentre à nouveau dans une guerre civile qui n’a cessé depuis lors.

Les attentats de ces derniers mois sont donc un énième épisode sanglant de cette histoire tragique. Dans ce pays, les organisations armées terroristes changent de nom mais la barbarie demeure. Hier, c‘était les GIA (Groupes Islamistes Armés) qui semaient la mort. Aujourd’hui, c’est sous les coups de l’ex-GSPC (Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat) qui semble avoir fait allégeance au réseau d’Oussama Ben Laden, que tombe la population.

Cela dit, il n’est pas certain, loin s‘en faut, que d’autres fractions de la bourgeoisie algérienne ne soient pas mêlées plus ou moins directement à tous ces massacres. En effet, on sait que, depuis 1992, bien des crimes, des attentats, des viols et des enlèvements en masse ont parfaitement été identifiés comme ayant été perpétrés par des fractions du pouvoir et de l‘armée algérienne elle-même. Ces fractions de l‘armée se sont servis de l‘état de guerre “contre le terrorisme islamiste” pour d‘un côté en rajouter dans la terrorisation de la population et justifier les mesures de répression et, d‘un autre côté, régler des conflits internes au sein de la junte militaire au pouvoir. Dans ce panier de crabes que constitue l‘Etat algérien, qui fait subir à la population toutes sortes de rackets et de menaces, perpétrer des attentats et autres massacres afin de pouvoir en accuser une fraction rivale est ainsi devenu monnaie courante.

Il est donc difficile de savoir quelle fraction de la bourgeoisie algérienne a été l’auteur de la dernière vague d’attentats. Mais s’il est un fait certain, c‘est que jamais toute cette horreur n’aurait pu prendre une telle ampleur sans la participation active des grandes puissances impérialistes mondiales.

Seul le capitalisme est responsable de toute cette barbarie

Depuis maintenant plus de quinze ans, la France et les Etats-Unis se disputent le contrôle de l’Algérie. L’impérialisme américain est ainsi venu chasser sur des “terres” traditionnellement sous influence française. Tel est par exemple le sens du projet actuel de libre-échange prévu entre l’Algérie et les Etats-Unis. Ce projet entre dans le cadre de la tentative américaine de renforcer son influence dans toute l’Afrique du Nord en passant par des accords commerciaux avec le gouvernement algérien qui se vend au plus offrant. Hier encore, soutenant ouvertement les groupes armés islamistes anti-gouvernementaux dans ce pays, les Etats-Unis semblent aujourd’hui avoir changé leur fusil d’épaule. La preuve en est qu’ils ont signé, au mois de juin dernier, un accord sur le nucléaire qui prévoit ni plus ni moins une collaboration directe entre les laboratoires algériens et américains du Commissariat à l’énergie atomique. On est loin ici du discours sur la question du nucléaire iranien ! Bien entendu, l’impérialisme français ne pouvait pas rester sans réaction devant un tel pied de nez venant des Etats-Unis. La France s’est donc tout naturellement empressée de faire des propositions analogues au gouvernement algérien. Mais les impérialismes français et américain ne sont plus aujourd’hui les seuls à courtiser ainsi l’Algérie. Pas plus la Russie de Poutine que la Chine ne veulent rester à l’écart de tout ce sordide marchandage. En 2006, pendant la visite de Poutine à Alger, le président russe a effacé d’un trait de plume la dette estimée à 4,7 milliards de dollars contractée par l’Algérie envers la Russie pendant les années 1960 et 1970 en échange de vente d’armes.

Ce que représente l’Algérie pour tous ces prédateurs impérialistes, au-delà de la question immédiate du pétrole, devient clair lorsque l’on se réfère au projet américain de réaliser le Grand Moyen-Orient du président Bush. Certes, les ambitions américaines ne peuvent qu’être fortement revues à la baisse dans ce domaine face à leur lamentable échec en Irak et à l’affaiblissement accéléré de leur leadership. Mais le projet américain, même s‘il est probablement devenu irréalisable, de construire une zone de contrôle allant de la mer Caspienne à l’Afrique du Nord, en passant par le Moyen-Orient, exprime l’importance stratégique de cette région pour quiconque veut tenter de contrôler le bassin méditerranéen1.

Il n’y a, par conséquent, pas de pause à attendre dans l’explosion de l’horreur dans ce pays ! La déstabilisation en cours de l’ensemble du monde arabo-musulman, sous les coups de boutoir du déchaînement des rivalités impérialistes grandes ou petites, ne peut que plonger toujours un peu plus cette région du monde dans le chaos.

Tino


1 De même que le rêve concurrent démesurément prétentieux de Sarkozy d‘instaurer sous la houlette de la France une “Union de la Méditerranée” déjà très contestée en Europe, notamment par l‘Allemagne.