Derrière les chiffres du chômage, l'explosion de la misère

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Le retour du plein emploi est possible !”. Dans la continuité des effets d’annonce du ministre prestidigitateur Borloo et du président Sarkozy, les médias aux ordres évoquent régulièrement un recul du chômage.

Pourtant… 10 000 suppressions de postes à Airbus, 10 000 dans l’éducation nationale, suppressions de postes en masse dans l’industrie, délocalisations, fermetures d’usines, non remplacement des départs en retraites, etc. Quelle est donc l’explication du succès annoncé auquel il est très difficile de croire dans un tel contexte ?

Depuis la publication du rapport Malinvaud (alors directeur général de l’INSEE) qui préconisait en 1986 “une modification du mode de calcul du chômage”, les manipulations statistiques et la propagande se sont fortement accentuées 1.

Ainsi, les modes de calcul statistique actuels ne “tiennent pas compte des demandeurs d’emplois immédiatement disponibles à la recherche d’un CDI à temps plein et qui ont travaillé moins de 78 heures dans le mois”. Elles excluent “ceux qui, faute de mieux, se contentent (sic !) de missions d’intérim, temps partiels ou CDD, les chômeurs des départements d’outre mer, les chômeurs en arrêt maladie ou en formation, les licenciés économiques en convention de reclassement personnalisé (CRP), en contrat de transition professionnelle (CTP), les chômeurs âgés dispensés de recherche d’emploi (DRE)” 2. Les chômeurs touchant le RMI ne sont pas plus pris en compte alors que leur nombre a augmenté de 20 % depuis 2002 !

En parallèle, le harcèlement contre les chômeurs s’est intensifié, notamment avec la réforme du mode de contrôle mis en œuvre depuis le 2 août 2005. Résultat en 2006 : triplement des sanctions contre les chômeurs, 579  558 “radiations administratives” de la liste des demandeurs d’emplois. Et cela n’a rien de nouveau. En 1993, la socialiste Martine Aubry, alors ministre du Travail, avait fait convoquer 900 000 chômeurs de lon­gue durée à l’ANPE. Comme prévu, 10 % d’entre eux ne se sont pas présentés au rendez-vous et ont été radiés ! Poussés à la “faute” par une multiplication de convocations bidons et la proposition d’emplois sous-payés, de nombreux chômeurs se retrouvent donc brutalement et massivement rayés des listes et privés de ressources… disparaissant comme par magie des statistiques ! Culpabilisés, traités de “fainéants” et “d’assistés”, les victimes sont taxées de “profiteurs du système”. Cela permet alors de justifier les milliers de chômeurs également exclus chaque mois du système d’indemnisation. La part des “chômeurs invisibles” a ainsi été multipliée par 4 ces 25 dernières années.

Et l’exemple du “plein emploi” à l’anglaise auquel la bourgeoisie française tient tant ne présage rien de meilleur pour notre avenir. En effet, le nombre de pauvres y est de dix points supérieur à celui de la France ; 25% de l’emploi total est fait de temps partiels et de petits boulots ; 2 millions d’enfants de 6 à 16 ans ont un travail régulier ; 500 000 enfants de moins de 13 ans travaillent dans les services et l’industrie. Et pour camoufler le tout, le gouvernement a modifié 32 fois le mode de calcul du taux de chômage en 18 ans ! Comme ailleurs, l’accroissement du nombre de travailleurs précaires et le bidouillage permanent des chiffres sont les seuls moyens pour les économies capitalistes de prétendre au “plein emploi”.  On comprend alors beaucoup mieux le sens de la “réussite” de Tony Blair, dont le bilan politique cache de plus en plus mal la croissance d’une légion de miséreux !

Au-delà des promesses, de tous les mensonges et des falsifications, c’est bien la réalité du chômage de masse et surtout de la paupérisation croissante de la population que la classe dominante cherche à masquer avec inquiétude. Mais la réalité est là, toute nue : bas salaires, contrats précaires et chômeurs représentent déjà 50 % de la population active en France. Voilà les résultats de la “politique pour l’emploi !”.

Loin d’une vision idyllique d’un avenir radieux, le capitalisme en faillite ne peut offrir que la précarité, l’insécurité, le chômage et la répression. Face à cela, la classe ouvrière doit prendre conscience de sa force et opposer sa résistance solidaire. Elle devra imposer sa perspective, son projet politique ; un projet où le monde sera enfin libéré du mensonge institutionnalisé, de la misère et de la barbarie.

WH

1) Les statisticiens de la DARE –organisme du ministère Borloo – se sont même mis en grève pour contester la publication des chiffres du chômage du mois de mars dernier.

2) Source : www.hns-info.net. Voir également les travaux du collectif acdc.