Après les tentatives d'attentats de Londres, le Big Brother à la française

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Trois tentatives d'attentats à la voiture piégée lors du dernier week-end du mois de juin, dans le centre de Londres et à Glasgow, suivi par l'interpellation éclair des poseurs de bombes, auront suffi pour exposer à la face du monde l'incroyable efficacité des services de police de Sa Majesté. Mais si Scotland Yard a pu remonter aussi vite la piste des coupables ce n'est pas grâce au flair ou à l'œil acéré de quelque Sherlock Holmes en puissance mais plutôt grâce aux milliers de caméras de vidéosurveillance high-tech qui scrutent, 24h sur 24, jusqu'au moindre recoin des plus insignifiantes ruelles de Londres.

De quoi faire pâlir d'envie, de l'autre côté de la Manche, une bourgeoisie française très en deçà des 4,2 millions de caméras du Big Brother anglais (soit une caméra pour 14 habitants).

Le réveil de la menace terroriste, via l'Angleterre, constitue donc pour la France une sérieuse aubaine afin de moderniser son dispositif policier. Avec 330 caméras dans ses rues « Paris n'est pas au niveau de Londres », forte (pour sa part) de 65 000 caméras ! Voilà donc la grande leçon que les médias français n'ont cessé de mettre en exergue, préparant par là le terrain justifiant une « remise à niveau ». Ainsi, d'après le nouveau préfet de Paris, Michel Gaudin, « La capitale doit de toute urgence rattraper son retard en matière de vidéosurveillance ».

Cependant, il n'est pas du tout évident de faire accepter à une population, surtout lorsqu'elle vit dans un des pays centraux du monde capitaliste, la surveillance quasi-permanente de ses moindres faits et gestes... l'illusion démocratique de vivre dans un monde libre en serait instantanément écornée. C'est pourquoi, si la France, sous couvert de lutte anti-terroriste, s'est dotée depuis 2005 d'un arsenal juridique offrant la possibilité d'implanter davantage de caméras, leur installation effective est plus délicate. Fort heureusement, au regard du glorieux succès de l'enquête menée par la police britannique, c'est en toute décontraction que le gouvernement français a pu faire l'annonce de la mise en place d'un « plan de grande ampleur de caméras en France », (déclaration du porte parole de Matignon, Laurent Wauquiez, le 4 juillet).

« Moins de liberté pour plus de sécurité»... la lutte contre le terrorisme est indéniablement le meilleur prétexte pour légitimer le flicage tous azimuts. Il faut dire qu'avec la bourgeoisie, la qualification de « terroriste » est aussi souple que vaste. Ainsi, tout ce qui bouscule ou remet un tant soit peu en cause l'ordre établi de son système est immédiatement associé au « terrorisme fanatique » ou au « grand banditisme ». Nous ne sommes pas dupes, il est clair que le but ultime de ces caméras omniprésentes est moins de déjouer d'éventuels attentats concoctés par des fous de Dieu que la surveillance de son ennemi mortel, la classe ouvrière. Le Figaro, en date du 4 juillet, nous en donne d'ailleurs un aperçu : « Sur certains sites, de simples webcams suffisent, pour visionner les foules ou les embouteillages. Mais pour l'identification judiciaire, il faut du matériel beaucoup plus performant. Lors du mouvement contre le CPE, la police a même expérimenté le renvoi des images par satellite considéré comme une solution d'avenir. »

Parce que la bourgeoisie sait que seule la classe laborieuse est une classe dangereuse pour la survie de son système d'exploitation, elle se fait un devoir de la surveiller avec autant d'attention qu'une casserole de lait sur le feu.

Azel (6 juillet)

 

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