Affrontements Hamas/Fatah : la bourgeoisie palestinienne est aussi sanguinaire que les autres

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"Pour un Etat palestinien libre et autonome"... voici le mot d'ordre scandé depuis des décennies par tous les gauchistes de la planète. Dénonçant la politique barbare de l'Etat d'Israël et les conditions de vie inhumaines des populations de Gaza ou de Cisjordanie, leur "solution" a toujours été de souhaiter la création d'une vraie nation palestinienne, avec son Etat, son armée, sa bourgeoisie.

Les populations de cette région du monde sont effectivement en proie en permanence à la misère, à la répression violente et à la guerre. Mais, contrairement aux apparences, toutes les "bonnes intentions" avancées par les gauchistes, leurs larmes et leur cris humanistes ne font que justifier toujours plus d'horreur et de morts. La perspective d'un Etat palestinien autonome est une impasse. Pire, elle a toujours été un mythe servant à embrigader les populations palestiniennes dans des combats sanguinaires, utilisant leur colère et leur désespoir pour alimenter en chair à canon la boucherie impérialiste du Moyen-Orient.

Les combats inter-palestiniens de ces dernières semaines en sont une nouvelle preuve flagrante. La population est prise entre le feu de deux fractions corrompues et surarmées, censées construire ensemble ce bel "Etat autonome plus humain". La guerre qui fait rage entre le Hamas et le Fatah plonge en fait la population encore un peu plus dans la faim, la terreur et le chaos.

Territoires palestiniens : la construction du mythe nationaliste

Pourquoi qualifier le vœu d'un Etat autonome palestinien de mythe? Le processus de paix enclenché après la première Intifada de 1987 n'a-t-il pas prouvé le contraire ? En effet, à la fin des années 1980, des discussions officielles entre Israël et des représentants de la bourgeoisie palestinienne furent ouvertes. L'Organisation de Libération de la Palestine (OLP 1) fut reconnue "représentant du peuple palestinien" par l'Organisation des Nations Unies. Cette organisation palestinienne négocia ensuite les accords d'Oslo avec le gouvernement israélien de Yitzak Rabin, donnant naissance à l'Autorité palestinienne. Ayant proclamé en 1988 un Etat de Palestine, l'OLP va siéger à l'ONU en tant qu'observateur permanent. En 1996, l'OLP modifie même sa charte qui visait la destruction de l'Etat d'Israël. Mais en réalité, tout ce processus montre justement qu'il ne peut y avoir d'Etat palestinien autonome. Tous ces accords, toutes ces "avancées", ces "reconnaissances" se sont faites sous l'autorité américaine. Pendant ces années, l'Etat américain avait, en tant que super-puissance, les moyens de freiner les velléités impérialistes de tous les rapaces impliqués dans cette région du globe, y compris l'Etat d'Israël. Son intérêt était alors d'avoir sous sa coupe et sa domination une Palestine la plus calme possible.

Et c'est toujours pour défendre ses intérêts impérialistes qu'à la fin des années 1990, les Etats-Unis vont être contraints de changer de stratégie et de mener, aux côtés de la bourgeoisie israélienne, une politique toujours plus offensive en direction de la bourgeoisie palestinienne. Immédiatement, le « peuple » palestinien va se retrouver dans la misère et le désespoir.

La seconde Intifada, en 2000, mettra cruellement en lumière cet état de dénuement. Qui ne se souvient pas de ces gosses en haillons jetant des pierres aux chars israéliens ! Qui ne se souvient pas de ces populations parquées et assassinées dans des camps ! Il n'en fallait pas plus à l'Autorité palestinienne et à l'OLP pour déverser à flot son poison nationaliste comme aux gauchistes de tout poil pour crier de plus belle au droit des palestiniens à avoir un Etat bien à eux ! Ce langage nationaliste n'hésitait pas à cacher tous les scandales, escroqueries et assassinats auxquels se livraient les différentes fractions bourgeoises palestiniennes composant l'OLP, dont le Fatah et le Hamas.

Gaza : un concentré des tensions inter-impérialistes

Aujourd'hui, ce conflit entre le Hamas et le Fatah ne peut plus être caché. Il s'est transformé en une guerre totale où l'ennemi doit être exterminé. Et chacune de ces deux fractions bourgeoises s'est alliée à des puissances impérialistes étrangères. Voilà le vrai visage, celui du sang, de la guerre et des alliances impérialistes, des fractions bourgeoises de la Palestine que nos chers gauchistes voudraient nous faire soutenir !

Gaza est aujourd'hui aux mains du Hamas, et est rebaptisé le « Hamastan ». Cette fraction, créée en 1978 par le Cheikh Yassine, est de tendance sunnite. Sa branche militaire est connue sous le nom de Moudjahidin. On retrouve des camps d'entraînement de ses combattants au Liban, au Soudan et en Iran chiite. En apportant leur soutien, la Syrie et surtout l'Iran espèrent profiter de l'affaiblissement américain et avancer leurs pions.

Quant au Fatah, ce n'est pas un hasard si ses combattants armés ont pu fuir en Egypte ou en Jordanie. Dans les pays arabes, les communautés Chiites et Sunnites sont de plus en plus prêtes à l'affrontement. Des pays à majorité sunnite tels que l'Egypte, la Jordanie ou encore l'Arabie Saoudite sont particulièrement inquiets de la montée en puissance de l'Iran chiite. Ces nations s'empressent donc d'apporter leur soutien au gouvernement moribond de Mahamoud Abbas. Toute cette agitation n'a rien à voir avec un quelconque souci pour les populations palestiniennes de Gaza. En effet l'inquiétude est telle que l'Egypte vient de proposer l'idée d'un déploiement d'une force internationale à Gaza, qui pourrait se faire sans l'accord de la « Palestine » et d'Israël.

Tous ces requins impérialistes, du plus gros aux plus petits, se sont réunis ces derniers jours pour tenter d'enrayer le développement de ce chaos. A Charm el-Cheick, en Egypte, vient de se tenir un sommet réunissant MM Abbas et le chef du gouvernement israélien Olmert, le président égyptien Hosni Moubarak et le roi Abdallah de Jordanie. Tout ce beau monde se retrouve afin de voir comment soutenir les lambeaux restants du pouvoir du Fatah, notamment en Cisjordanie. M Olmert n'a pas hésité ce jour-là, afin d'aider au mieux le gouvernement de M Abbas, de proclamer la libération prochaine de 250 prisonniers du Fatah.

Le Moyen-Orient est au bord du gouffre

Le drame de Gaza est le révélateur que toute la région d'Asie du Sud-Ouest est au bord du gouffre. Dans cette région, il existe aujourd'hui quatre épicentres de conflits et de tensions : l'Irak, l'Iran, la Syrie, et le Liban, sans oublier le conflit israélo-palestinien. Tout en développant leur propre logique guerrière et barbare, ces conflits sont en train désormais de s'entremêler de telle manière qu'il est désormais impossible de séparer leur dynamique profonde. Quelques semaines avant la guerre interpalestiniene à Gaza, les affrontements entre l'armée libanaise et les milices armées du Fatah Al-Islam, probablement soutenues par la Syrie, dans le camp palestinien de Nahr El bared au nord du Liban, en furent une concrétisation sanglante. Et le Courrier International du 5 juin dernier dans une revue de la presse israélienne peut alors avancer froidement : « La presse israélienne commente l'opportunité de déclencher des opérations militaires contre Damas dès cet été et interpelle les responsables politiques afin de prendre une décision. ». Le chaos de Gaza ne peut que s'étendre dans tous les camps palestiniens, au Liban et en Cisjordanie. Le gouvernement palestinien de Mahmoud Abbas qui ne règne plus que sur quelques camps de Cisjordanie est appelé à s'affaiblir toujours plus. Et l'affrontement entre le Fatah et le Hamas, malgré les paroles apaisantes de ces derniers jours, va s'amplifier. La cause de la nation palestinienne n'a toujours été qu'une mystification aux mains des différentes fractions bourgeoises palestiniennes, pour entraîner le prolétariat et la population dans des boucheries qui ne les ont jamais concernés. Avec la guerre à outrance que se livrent maintenant sans retenue le Hamas et le Fatah, il apparaît clairement où mène une telle politique : à la barbarie et au néant.


Rossi (6 juillet)

 

1 L'OLP fut créée en 1964 et composée de plusieurs organisations dont le Fatah, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et le Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP).