Editorial : ne pas avoir peur des attaques, mais lutter !

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C'est le retour à la dure réalité pour la classe ouvrière après un battage incessant pour pousser chacun vers les urnes en lui faisant miroiter pendant des mois les illusions "d'un changement", "d'une rupture" par la voie électorale. Tout cela pour quoi ? Le gouvernement Sarkozy est en place, déjà en "ordre de marche" et la bourgeoisie n'a même pas eu besoin d'attendre les législatives pour annoncer la couleur de l'avenir qu'elle nous réserve : des attaques, encore des attaques, toujours des attaques. Son programme n'est pas seulement celui d'une "droite décomplexée", c'est celui de la défense pure et simple des intérêts de toute la bourgeoisie nationale, c'est celui que le PS et sa candidate auraient de toutes façons appliqué. La seule présence de transfuges de la gauche et du centre agrégés dans l'équipe gouvernementale démontre qu'il n'existe aucune barrière réelle entre le programme des uns et des autres, que tous défendent l'intérêt du capital national.

Pour la classe dominante, l'avantage réel de cette situation, à travers un gouvernement ouvertement marqué à droite, bénéficiant d'une large majorité dans tous les rouages de l'appareil d'Etat, c'est de pouvoir pratiquer un langage de vérité, sans s'embarrasser de détours ni de fioritures.

Un déluge d'attaques massives contre la classe ouvrière

Le gouvernement peut ainsi se permettre d'attaquer plus vite et plus fort. Il a d'ailleurs, aussitôt annoncé un édifiant calendrier de ces attaques :

  • instaurer d'ici la fin de l'année une franchise annuelle (c'est-à-dire un non remboursement des actes de soins médicaux par la Sécurité sociale) pour chacun des quatre volets des actes de santé. De plus, on nous annonce déjà qu'il faut se préparer à "d'autres sacrifices" pour résorber le "trou" de 2milliards d'euros dans les caisses de la Sécurité sociale;
  • L'encouragement à souscrire des emprunts immobiliers dont les intérêts seraient déductibles des impôts va pousser les ménages à s'endetter davantage et faire grimper encore le prix de la construction ou des loyers, avec pour conséquence de rendre de plus en plus dramatique la question du logement. Une part de plus en plus large des prolétaires sera jetée à la rue ou incapable de vivre dans des logements décents.
  • Un troisième front d'attaques est le contrat de travail unique baptisé "flexisécurité". Il permettra de poursuivre la simplification de la procédure de licenciement, rendant les prolétaires plus corvéables, les faisant "travailler plus" avec des heures supplémentaires payées chaque fois que possible en heures normales par les patrons. De toutes façons, ces heures supplémentaires ne seront prises en compte ni pour l'indemnisation en cas de licenciement ni dans le calcul des pensions de réversion pour la retraite. Ce contrat permettra en outre d'exercer un chantage accru sur tous les ouvriers contraints non seulement de passer d'un lieu de production à un autre mais aussi d'un poste à un autre moins rémunéré sous peine de licenciement. L'accroissement du temps de travail, de la productivité, une énorme pression sur les salaires, le chantage permanent au licenciement, voilà ce qui attend l'ensemble de la classe ouvrière dans les mois qui viennent.
  • L'objectif affiché est également de faire baisser le chiffre officiel du chômage à 5% à coups d'emplois à temps partiel, d'emplois précaires tandis que les chômeurs se verront imposer un travail obligatoire au nom du "stop à l'assistanat" pour continuer à bénéficier d'une allocation chômage, avec perte de leurs droits en cas de refus.

Le gouvernement a annoncé clairement son intention de tailler de plus belle dans les effectifs de la Fonction publique. Les plans de licenciements et de suppressions d'emploi vont continuer de pleuvoir.

  • Le service minimum dans les transports d'ici la fin de l'année vise à éviter une grève massive dans ce secteur-clé comme les cheminots l'avaient fait au cours de l'hiver 1986/1987 et qui avait tant effrayé la bourgeoisie à l'époque. Le but le plus évident de ce projet est de faire passer cette loi juste avant la suppression des régimes spéciaux des retraites programmée début 2008 qui vise en particulier la SNCF et la RATP. Il s'agit de désamorcer la mobilisation de secteurs particulièrement combatifs qui avaient été également à la pointe des grèves et des manifestations de 1995 dans les services publics contre le plan Juppé qui s'étaient justement polarisées à l'époque sur ce même projet de suppression des régimes spéciaux.

Ceci ne constitue ouvertement qu'un préambule à une poursuite de l'attaque sur l'ensemble des retraites qui sera "revu" et corrigé pour l'occasion dans son ensemble avec le but avoué de repousser jusqu'à 67 ans l'âge requis comme en Grande-Bretagne ou en Allemagne.

Tout cela s'accompagne sans surprise de l'accentuation immédiate de l' appareil répressif : dès le lendemain des élections, les expulsions des clandestins sans papiers ont repris avec zèle, une première mesure du nouveau parlement sera de faire voter une loi fixant des peines-planchers pour les délinquants récidivistes.

"L'ère Sarkozy" qui se prépare à accroître fortement les inégalités sociales s'apparente déjà par beaucoup d'aspects à la politique de Reagan aux Etats-Unis ou encore davantage à celle de Thatcher en Grande-Bretagne au cours des années 1980...

La seule réponse possible aux attaques du gouvernement, ce n'est pas le bulletin de vote mais le développement de la lutte de classe

Si les prolétaires, et en particulier les jeunes générations ouvrières, ont pu au cours de ces derniers mois être influencés par le matraquage idéologique de la gauche et de l'extrême gauche qui ont cherché à exploiter la peur de Sarkozy alors que ce dernier cristallisait leurs angoisses devant l'avenir, pour les engluer dans des illusions électoralistes et dans la mystification démocratique, ils ne doivent pas céder à la panique face à la perte de ces illusions qui s'ouvre devant eux. Leur conviction que le capitalisme ne leur réserve qu'un avenir de plus en plus sombre et bouché, ne peut que se renforcer aujourd'hui.

Ces jeunes générations de prolétaires ont déjà prouvé l'an dernier en France dans leur lutte contre le CPE leur capacité de s'opposer efficacement aux attaques de la bourgeoisie, de les faire reculer. Elles ont su mettre en avant que cette attaque était une attaque contre tous les prolétaires. Elles ont cherché à mettre en œuvre et à faire vivre, sans en avoir toujours clairement conscience, les véritables méthodes de la lutte prolétarienne dans les universités : AG ouvertes non seulement aux enseignants et au personnel de l'Education nationale mais à tous les ouvriers, en activité comme au chômage, nomination de délégués élus et révocables à tout moment par l'AG, interventions ou tracts d'appel aux travailleurs salariés pour rejoindre la lutte. Les prolétaires doivent renouer avec cette expérience qui démontre que le développement de la lutte de classe est la seule réponse possible aux attaques de ce système qui condamne tous les prolétaires à une exploitation et à une misère grandissantes. Le développement de ces luttes dépend de la capacité d'affirmer l'union et la solidarité active de tous les ouvriers au-delà de l'usine, de l'entreprise, du secteur et des frontières nationales.

Les syndicats au cœur du dispositif de la bourgeoisie contre le développement de la lutte de classe

Pour mener à bien les coups qu'il nous prépare, le gouvernement s'est engagé à pratiquer une large "politique préalable de concertation sociale" avec les syndicats. Qu'est ce que cela signifie ? Que ces derniers seront étroitement associés au gouvernement pour faire passer la pilule. On voit déjà comment ce scénario a été amorcé. Tous les leaders syndicaux (Le Duigou ou Maryse Dumas pour la CGT, Mailly pour FO et Chérèque pour la CFDT) se sont relayés sur les plateaux de télé pour proclamer "on est prêts au dialogue et à la négociation". Ils se sont félicités à leur sortie de l'Elysée du "climat positif de coopération" du gouvernement. Et pour cause ! S'ils proclament haut et fort leur "intransigeance" sur le respect "de principe" du "droit de grève", ils martèlent en même temps déjà l'idée que dans la pratique, concernant par exemple le projet d'un "service minimum" : "les problèmes sont à examiner au cas par cas, branche par branche". Ils sont bel et bien sur la même longueur d'ondes que le gouvernement Sarkozy qui ne se livre à cette parodie de "concertation" que pour empêcher une mobilisation unitaire et d'ensemble face à ses attaques et pour permettre précisément aux syndicats de diviser ainsi les ouvriers secteur par secteur.

La bourgeoisie craint la réaction des prolétaires à toutes ces attaques. Elles frappent en effet l'ensemble de la classe ouvrière. Plus clairement que jamais se pose donc le développement de sa riposte dans une unité plus grande et une solidarité plus active.

C'est pourquoi les syndicats sont appelés à occuper sur le devant de la scène un rôle de premier plan, qui leur est assigné par toute la bourgeoisie dans le sabotage des luttes.

Gouvernement et syndicats se partagent le travail pour éviter toute mobilisation d'ouvriers, susceptible par l'exemple qu'il donnerait par leur lutte, d'entraîner d'autres ouvriers d'autres secteurs à les suivre sur la même voie.

Face aux luttes, l'Etat peut compter sur les syndicats pour tout mettre en oeuvre afin de stériliser par leurs manoeuvres toute expression de solidarité ouvrière en confinant les réactions des ouvriers dans le cadre corporatiste, de l'entreprise, comme à Alcatel, Airbus ou dans le secteur de l'automobile.

Souvenons-nous comment en 2003 les syndicats ont causé la défaite de la mobilisation générale contre la "réforme des retraites" en organisant l'isolement du secteur de l'Education nationale.

Les mois qui viennent vont démontrer que "l'homme de fer" Sarkozy n'est pas le seul ennemi de la classe ouvrière : il ne fait aucun doute que son rôle consiste à attaquer la classe ouvrière pour la défense ouverte des intérêts du capital national. L'ennemi le plus dangereux, ce sont les faux amis, les syndicats, qui sabotent en permanence nos luttes et nous mènent à la défaite afin de permettre au gouvernement et au patronat de faire passer leurs attaques.

W. (1er juin)


 

 

 

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