Immigration : quand les syndicats expulsent les sans-papiers

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Dans l’hebdomadaire Marianne du 14 avril, une brève intitulée "Expulsion pas ordinaire" nous apprend que "les sans- papiers qui occupaient la Bourse du Travail du 10e arrondissement de Paris, depuis le début du mois de février, ont été expulsés." Jusque-là rien de nouveau sous le triste ciel capitaliste. En revanche, ce qui l’est nettement plus, c’est que la plupart de ces pauvres diables "ont été expulsés par les syndicats CGT, CFDT et FO qui ne pouvaient plus utiliser leurs locaux.".

Le monde s’est-il mis subitement à tourner à l’envers ? Les syndicats marcheraient-ils désormais la tête en bas pour envoyer leurs militants faire évacuer séance tenante des sans-papiers ? Et tout ça "parce qu’ils avaient transformé plusieurs salles de la Bourse en squat" selon la déclaration de Didier Niel, secrétaire général de l’Union départementale de la CGT de Paris, à l’agence de presse Reuters.

Les syndicats, "forces vives du progrès social", prétendus "avocats des faibles contre les puissants", ne sont évidemment pas devenus fous mais nous donnent à voir ici un témoignage poignant de l’humanisme qui les habite.

Ironie du sort, c’est dans cette même Bourse du Travail à Paris que le 26 juin 2004 fut fondé (avec la participation de la CGT, de la CFDT et le soutien de FO) le Réseau Education Sans Frontières (Resf) en faveur de la régularisation des sans-papiers scolarisés et en opposition aux lois anti-immigrés de Sarkozy. Et ce sont encore les mêmes que l’on retrouve dans la liste des membres du collectif "Uni(es) contre une Immigration Jetable" dont l’appel dénonce solennellement "les politiques mises en œuvre par le gouvernement à l’encontre des sans-papiers… faites de répressions, rafles, rétentions, condamnations, expulsions, ce qui fait vivre des conditions inhumaines à de nombreuses familles." Au prochain festival de l’hypocrisie, il ne faudra pas chercher bien loin à qui décerner la palme d’or.

Habituellement, ce sont les forces de l’ordre qui donnent la chasse aux travailleurs immigrés, maintenant on sait qu’il y a aussi les syndicats.

"Comprenez bien", nous implore Didier Niel, « ce n’est pas dans nos habitudes d’appeler la police. »… alors ils font le boulot eux-mêmes !

Non contents d’inciter les sans-papiers à aller se faire recenser auprès des préfectures comme l’été dernier (voir notre article "Expulsion de sans-papiers : quand la gauche prête main forte à la droite" paru dans RI n°371 et disponible sur notre site Internet
www.internationalism.org), les syndicats passent à l’action… : expulsion manu militari des "indésirables".

Si nos préfets viennent un jour à manquer de bras pour leurs futures rafles et ratonnades contre les travailleurs immigrés et leurs familles, ils sauront toujours vers qui se tourner !

La gauche syndicale peut bien crier haro sur un Sarkozy "dernier des salopards", le fait est qu’elle ne vaut guère mieux.

Jude (28 avril)


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