Défendre le drapeau tricolore, c'est défendre le capital

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La droite n’a pas le monopole de la nation ! La gauche aussi a le droit d’aimer la patrie. Qui le conteste ? Et pourtant, journalistes et politiques (de gauche et d’extrême gauche) jouent la stupeur à l’écoute des récentes déclarations dégoulinantes de chauvinisme de Ségolène Royal pour laquelle "Tous les Français devraient avoir chez eux le drapeau tricolore comme dans d’autres pays où les drapeaux sont sortis aux fenêtres les jours de fête nationale."

Pour une fois qu’un candidat à la présidence parle avec son cœur, en toute franchise, qu’il nous tient le langage de la vérité, celui de ce nationalisme passionnel qui colle aux tripes de tout bourgeois qui se respecte, voilà qu’on s’interroge, l’air circonspect voire outré. Ainsi José Bové (à grands renforts d’hypocrisie) renvoie la candidate PS à sa copie en lui apprenant "que le chauvinisme et le nationalisme n’ont jamais été des valeurs de gauche. Le fait de vanter le ‘sang impur qui abreuve nos sillons’, c’est plutôt attiser la haine que préparer la paix". Belle leçon de la part d’un maître dans l’art du démontage de Mac Do, pourfendeur de multinationales américaines pour la promotion franchouillarde du Roquefort maison. Mais quelle rigolade ! En effet, voilà plus de quatre-vingt-dix ans que le chauvinisme et le nationalisme sont devenus les valeurs phares de la social-démocratie. Depuis les premiers jours d’août 1914 où le "Non à la guerre" des socialistes s’est transformé en "Défense nationale d’abord", ces derniers ont quitté définitivement le camp prolétarien pour rejoindre le banc des nations capitalistes.

Et que dire du Parti Communiste Français (souligné par nous) qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, a frénétiquement déversé sur la classe ouvrière (par citernes entières) son jus patriotique : "A la Libération, le Parti communiste a beaucoup joué sur le sentiment national. Il avait même un journal qui s’appelait ‘France d’abord !’" (J.J. Becker, historien interrogé par Libération du 26 mars 2007). Pour défendre son titre du parti de gauche le plus ouvertement chauvin, Marie-George Buffet s'est empressée d'éclabousser à son tour les travailleurs du vieux poison nationaliste : "Ces deux symboles de la République [le drapeau et la Marseillaise] appartiennent au peuple…». Tel le coq tricolore, son porte-parole, Olivier Dartigolles s'est même gonflé d'orgueil pour affirmer qu'au PCF "on joue la Marseillaise en premier et l'Internationale en second depuis 1936" (Libération du 27 mars 2007) !

L’amour patriotique de ces gens-là n’a pas de borne et confine même jusqu’au délire comme l’illustre à nouveau Madame Royal : "Je l’avais déjà dit quand j’étais ministre de l’Enseignement scolaire, … j’avais imaginé des ateliers de couture dans les écoles, où les élèves auraient pu réaliser des drapeaux" (Libération du 26 mars 2007).

"Travail, famille patrie", Pétain en a rêvé, Royal l’a presque fait !

La défense du drapeau national n’a jamais servi qu’au massacre des prolétaires pour les seuls intérêts du capital. Partout, sur tous les continents, les ouvriers sont des frères. Ils subissent le même joug, la même exploitation. Ils ont un seul et même combat : en finir avec ce monde barbare. Loin de la puanteur du nationalisme, le cœur de la classe ouvrière bat pour un monde uni et fraternel, sans frontières ni nations. Son étendard, c'est l'internationalisme prolétarien ; son cri de ralliement, c'est "LES PROLETAIRES N'ONT PAS DE PATRIE ! PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ VOUS !"

Jude (28 mars)


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