Réchauffement climatique : le capitalisme ne peut que continuer à détruire la planète

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Dans la foulée du film documentaire d’Al Gore (Une vérité qui dérange) puis du pacte écologique de l’animateur de télévision Nicolas Hulot en France, le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC), réuni fin janvier à Paris pour livrer les conclusions de la 1ère partie de son rapport 2007, déclenche à son tour l’alerte climatique. Cette fois, les 500 meilleurs spécialistes mondiaux (accrédités par l’ONU) sont formels et unanimes : la Terre est entrée dans une phase de bouleversement climatique sans précédent. "Les informations paléoclimatiques [étude du climat allant de la décennie au million d’année] confirment l’interprétation que le réchauffement du dernier demi-siècle est atypique sur au moins les 1300 dernières années." (Résumé à l’intention des décideurs). Sur une échelle plus proche, le GIEC constate que parmi les 12 dernières années, 11 sont au " palmarès des 12 années les plus chaudes depuis qu’on dispose d’enregistrement de la température de surface (depuis 1850)."

Le réchauffement du climat est en marche, et si l’homme ne réduit pas drastiquement ses émissions de gaz à effet de serre (CO2), la température du globe augmentera dans une fourchette comprise ente 2°C et 4°C d’ici 2100. En l’espace d’un siècle, l’activité de l’homme imposera donc au climat une mutation radicale que seuls des milliers d’années d’évolution naturelle sont capables de façonner. Dès lors, l’avenir envisagé par notre groupe d’experts à travers une multitude de scénarios n’est guère reluisant : les prochaines conditions de vie climatique de l’espèce humaine seront apocalyptiques…y compris dans le "meilleur des cas" !

Les prémices d’un environnement naturel hostile et meurtrier ne se sont d’ailleurs pas fait attendre : "Des sécheresses plus sévères et plus longues ont été observées sur de larges étendues depuis 1970, particulièrement dans les régions tropicales et subtropicales" … de même, "les observations mettent en évidence une augmentation de l’activité des cyclones tropicaux intenses dans l’Atlantique Nord depuis 1970 environ, corrélée avec des augmentations de températures de surface de la mer sous les tropiques."

Canicules, ouragans, tempêtes, inondations emportent chaque année de nombreuses vies humaines, mais le pire est prévu pour demain 1.

"Depuis 1970…" : la nouvelle n’est pas très fraîche… Alors, "que disent de neuf nos scientifiques dans [leur] édition 2007 ?" (s’interroge le Nouvel Observateur)… "Jusqu’au bout le secret a été bien gardé, les travaux préparatoires n’étant accessibles qu’aux seuls spécialistes, lesquels ont su tenir leur langue."

Il faut alors prêter une oreille attentive pour recueillir la révélation de ce "secret bien gardé" et surtout n’en perdre aucune miette : "l’essentiel du réchauffement observé pendant les 50 dernières années est très probablement dû à l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre engendrées par l’homme." Du rapport 2001 à celui de 2007, on est ainsi passé de " probablement" à "très probablement" et l’expression " engendrées par l’homme" a été ajoutée. Quel incroyable bond en avant de la science ! Qui l’eût crû ?

De toute évidence, la seule information inédite dans tout cela est que 500 scientifiques ("des as dans leur spécialité" , d’après le Nouvel Observateur) viennent de tomber de leur arbre pour découvrir la Lune… Nul doute que cela fasse un choc !

La Terre se réchauffe et l’activité humaine n’y est pas étrangère… Il ne fallait pourtant pas sortir de la cuisse de Jupiter pour s’en rendre compte. "Depuis 1970…" les conférences internationales se succèdent (Stockholm, Rio, Kyoto…) avec le même constat d’impuissance mais aussi de moins en moins de latitude pour nier- ce qui est de l’ordre de l’évidence…- cette vérité qui dérange.

Le mode de production capitaliste est responsable du réchauffement climatique

Toutefois, l’idée (presque une lapalissade) selon laquelle "l’homme est la principale cause du dérèglement climatique" n’est pas perdue pour tout le monde. En effet, elle s’inscrit directement au bénéfice de la classe dominante et de sa collection de trompe-l’œil en tous genres.

"Ça va réchauffer : la faute à l’homme » (titre un article de Libération du 2 février). Le revoilà donc ce vilain garnement, déraisonnable et égoïste, qui détruit la planète comme on casse un vulgaire jouet. La désignation du bouc émissaire est facile, intemporelle à souhait, elle a le grand mérite d’écarter d’un revers de main la question, il est vrai épineuse, du mode de production. Et pourtant, l’homme ne détruit pas l’environnement et ne chamboule pas le climat de manière fulgurante depuis qu’il est sur Terre car celle-ci serait déjà devenue un immense four coincé sur thermostat "+ 400°C" . Cette crise écologique sans équivalent s’est déclarée dans la seconde moitié du 20e siècle et donc se trouve intimement liée à l’existence d’un mode de production (lui aussi inédit à bien des égards dans l’histoire de l’espèce humaine) : le système de production capitaliste.

L’activité industrielle dans le cadre du capitalisme (un système qui ne connaît d’autre loi que la rentabilité économique pour un maximum de compétitivité et de profits), quoi qu’il en coûte à l’humanité et à son milieu de vie… : voilà le véritable nœud du problème qu’il s’agit de trancher.

Les hommes, la satisfaction de leurs besoins, l’air qu’ils respirent, leur avenir… tout ce qui finalement semble l’essentiel se trouve relégué au dernier rang des ordres de priorité de ce monde.

On a beau être savant et se draper de l’objectivité scientifique, on n'en reste pas moins l’homme d’un système et là comme ailleurs, il est des réalités que l’on préfère occulter.

Il faut un autre monde pour résoudre la crise écologique : le communisme

 Le chaos climatique est à nos portes alors "face à l’urgence, le temps n’est plus aux demi-mesures : le temps est à la révolution au sens authentique du terme. La révolution des consciences. La révolution de l’économie »' Et c’est un « révolutionnaire émérite » qui vous le dit… Jacques Chirac. Cet appel clownesque du Pancho Villa de l'Elysée est surtout le signe manifeste de l’échec patent de la bourgeoisie à dépasser la crise écologique engendrée par son système. De la même façon, les 40 pays réunis le 3 février lors de la Conférence de Paris (pour statuer sur le rapport du GIEC) ont solennellement réclamé l’adoption d’une "Déclaration universelle des droits et des devoirs environnementaux" ; "Cette charte commune garantira aux générations présentes et futures un nouveau droit de l’homme : le droit a un environnement sain et préservé." Or, puisque leur mémoire semble si courte, il faut rappeler que les mêmes pays nous juraient déjà par tous leurs grands saints, au sommet de la Terre à Rio en 1992, être "résolus à préserver le système climatique pour les générations présentes et futures." … et les émissions de gaz à effet de serre de se répandre de plus belle ! Bref, que ce soit au son chiraquien de " Viva la Revolucion !" ou avec des accents lyriques et solennels sur les Droits de l'Homme, du Citoyen ou de la Terre, la classe dominante est irrémédiablement incapable de garantir un avenir aux générations présentes et futures.

Il est d’ailleurs symptomatique que la seule issue de secours que nous propose la bourgeoisie soit l’édification d’une société " sobre et économe" en énergie à l’image de cette opération médiatique du 1er février : "Cinq minutes de répit pour la planète" où les ménages européens étaient invités (à l’appel de 70 associations écologistes) à suspendre leur consommation d’électricité. "Attention, on coupe le jus !" … et voilà l’humanité, après tant d’efforts, replongée d’un seul coup d’interrupteur dans l’obscurité, comme un avant-goût d’un retour à l’âge de pierre.

Lorsqu’un monde est en faillite, il n’est guère étonnant de le surprendre à songer à un futur… caverneux.

La classe ouvrière n’a pas de temps à perdre avec toutes ces élucubrations. Parce que ce monde n’est pas le sien, parce qu’il exhale par tous ses pores l’odeur pestilentielle de la mort, elle n’aura aucun état d’âme à s’en débarrasser afin de poser les bases d’une société nouvelle capable de faire de la Terre le plus bel écrin de la vie et de l'activité humaine.


Jude (19 février)

 

1 Selon certaines estimations, le réchauffement de la planète pourrait provoquer la migration de plus de 200 millions de personnes dans le monde : les "réfugiés climatiques" .