Grèves à Airbus, Alcatel, ... : les syndicats organisent la dispersion des luttes

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Les annonces de restructurations se succèdent à un rythme infernal. Tous les secteurs sont touchés. Sur les chaînes de montages, dans les bureaux ou les laboratoires, dans les écoles… Face à ces attaques massives, les "spécialistes de la lutte" ne restent pas sans réaction ; au contraire, dans la plus pure tradition syndicale, ils s'activent, déployant toute leur énergie à organiser la lutte… une lutte corporatiste, cloisonnée, morcelée et donc fatalement impuissante.

Parmi les classiques syndicaux pour semer la division, l'opposition public-privé fait figure de best-seller. C’est ainsi que le jeudi 8 février, une journée de grève et de manifestation a été planifiée contre la baisse du salaire réel et les suppressions de postes à l’attention des seuls agents de la fonction publique. Pourtant, de tels mots d'ordre concernent incontestablement l’ensemble de la classe ouvrière, du public comme du privé !

Ne s'arrêtant pas en si bon chemin, les syndicats ont poursuivi leur sale boulot de désunion au sein même du corps fonctionnaire. Lors de cette fameuse journée du 8 février, tout a été entrepris pour limiter la mobilisation et surtout isoler quelques branches. Les tracts syndicaux appelant à manifester ont été diffusés le plus discrètement possible. Seules trois corporations furent réellement encouragées à l'action : les cheminots, les agents des impôts et les enseignants. Et là encore, comme si cela ne suffisait pas, les organisations syndicales ont poussé au chacun pour soi. A Paris, trois lieux de rendez-vous, avec trois horaires bien distincts, furent fixés… tout un symbole ! Ainsi, pour focaliser les esprits sur la défense de "leur ministère", les agents des impôts durent se rassembler à 10 heures devant le ministère des Finances, à Bercy, alors que la manifestation "unitaire" se déroulait l'après-midi à la gare d'Austerlitz ! Mais le piège le plus sophistiqué, c'est aux enseignants qu'il fut tendu. L'Etat, les médias et les syndicats se sont en effet parfaitement coordonnés pour qu'il y ait le plus de professeurs possible dans cette journée d'action sans lendemain. Cette cible n'a pas été choisie par hasard. Parmi les 15 000 suppressions d'emplois programmés pour 2007, 8500 concernent l'Education Nationale. Les conditions de travail, déjà très difficiles dans les écoles, vont tout simplement devenir insupportables à la rentrée de septembre. Il était donc important pour la bourgeoisie de mobiliser les enseignants dès maintenant dans une lutte parfaitement contrôlée et démoralisatrice. Pour cela, la concertation Etat-syndicats accoucha d'une date de manifestation bien choisie : précisément la semaine durant laquelle tombait l'annonce des nouvelles dotations en moyens humains par établissement, moyens revus considérablement à la baisse. De plus, une étude universitaire mettant en avant une perte de 20% du pouvoir d'achat en 25 ans pour les professeurs a été judicieusement publiée en première page du Monde une quinzaine de jours plus tôt. Résultat : des enseignants dans la rue par milliers, mais finalement bien seuls, sans la plupart des salariés des autres secteurs pour discuter, débattre, se rendre compte que c'est partout la même histoire, les mêmes attaques, la même dégradation du niveau de vie.

Ces dernières semaines, les médias ont encore annoncé des restructurations de grande ampleur chez Renault et Peugeot-Citroën, 1500 suppressions d'emplois chez Alcatel (12 500 dans le monde), 350 chez Lagardère (990 dans le monde), 500 chez Reuters (10 000 dans le monde) et 10 000 chez Airbus (à "partager" entre les usines situées en Allemagne, en Angleterre et en France). Et ici aussi, les syndicats tentent d'endiguer toute possibilité d'unité et de solidarité dans la lutte en attachant les ouvriers à "leur usine". Chez Airbus, pour manifester le "mécontentement" et "l'inquiétude" des salariés tout en faisant preuve de "responsabilité" et "d'attachement à l'entreprise" (pour reprendre la terminologie syndicale), les centrales ont proposé le 6 février… un débrayage d'une heure. Belle "protestation" quand 10 000 ouvriers et leur famille vont tout perdre. Pire ! C'est bien le poison nationaliste que ces organisations syndicales répandent sur les travailleurs quand elles clament: "Nous savons aussi qu'Airbus ne pourra affronter l'avenir qu'avec ses personnels et des moyens industriels robustes, productifs et adaptés à nos produits. Et nous, organisations syndicales, affirmons qu'Airbus France (souligné par nous) répond déjà à ces exigences." Autrement dit, tant pis pour les ouvriers des autres pays, si leur site n'est pas compétitif, c'est normal que ce soit eux qui paient les pots cassés. Voici comment, à travers un tract diffusé par l'intersyndicale le 5 février sur le site de Toulouse, les ouvriers de France sont incités à défendre "leur" compétitivité et sont mis en concurrence avec leurs frères de classe exploités de l'autre côté des frontières !

Derrière les syndicats, il n'y a rien à gagner. Depuis longtemps déjà, ces organismes sont devenus les chiens de garde du capital. Prise entre l'Etat, ce chef d'orchestre des attaques, et les syndicats, ces saboteurs professionnels des luttes, la classe ouvrière doit desserrer l'étau. Pour cela, il faut s'inspirer du mouvement contre le CPE. Si le gouvernement a alors reculé, ce fut grâce à la dynamique d'unité qui se faisait jour dans les rangs ouvriers. Les étudiants, ces travailleurs de demain, en appelant les ouvriers à les rejoindre, avaient réussi à déclencher un véritable élan de solidarité et de combativité. C'est ce terrain de classe qui constitue notre force !


Pawel (20 février)


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