"Coalition anti-libérale" : unie ou divisée, la gauche "anti-libérale" reste la gauche du capital

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C’était écrit, la belle aventure de la "gauche de la gauche" a fait long feu, cette "gauche anti-libérale" issue du "Non" à la constitution européenne de 2005. Les rats ont quitté le navire les uns après les autres, après s'être copieusement entre-déchirés, sans pouvoir choisir de candidat.

Olivier Besancenot, premier à appeler de tous ses vœux ce rassemblement au printemps dernier, a aussi été le premier à s'éclipser dès novembre. Celui qui frétillait d'espoir dans un article du quotidien Le Monde intitulé : "Marie-George, Arlette, José…, si on causait ?" sur la perspective de "s'opposer à la droite et résister au social-libéralisme" (Le Monde du 28 avril 2006), n'a plus pour ambition que de rassembler "les voix de la réelle gauche anticapitaliste" autour de la LCR.

Dans cette chronique d’une cacophonie annoncée, José Bové, chantre de l’écologisme radical altermondialiste, valeureux coupeur de têtes… de maïs, s'est lui aussi distingué. Après avoir répondu présent à l’appel de Besancenot, pour mieux proposer ses services de candidat potentiel dès cet été, puis après s’être retiré en novembre de la compétition, "dégoûté" des querelles de chapelle, "militant" ensuite en faveur d’un consensus regroupant la LCR et le PCF pour agréger les forces de cette gauche du "changement de société" et "faire" plus de voix, le revoilà se hissant pour son propre compte sur le podium des candidats avec ses 28 000 signatures de soutien au sein de la Confédération paysanne.

Passons les innombrables petites phrases assassines qui ont émaillé les considérations des uns par rapport aux autres au sein de ce "rassemblement de l'espoir", et qui n'ont pas dérogé à la règle de tous les partis bourgeois : la foire d'empoigne. C'est d'ailleurs bien cette ligne directrice qui a guidé les "antilibéraux" dans leur prétendue quête du Graal "unitaire". Pour exemple significatif, les 9 et 10 décembre, réunis afin de "choisir" "leur" candidat, les 1500 délégués des "collectifs locaux" représentant la "coalition antilibérale" se sont copieusement écharpés et insultés, exhibant à l'envie leurs divisions et leurs dissensions. Le seul point faisant l’unanimité a été l'opposition à l'OPA tentée par le PCF pour s'approprier la représentation de cette gauche ainsi que l'hostilité ouverte à la candidature de Marie-George Buffet.

Car c'est là que se trouve la pierre d'achoppement principale, celle qui tue : le PCF et sa candidate. Il faut dire que ni l'un ni l'autre ne sont particulièrement attractifs, sentant tous deux puissamment l'odeur de naphtaline des uniformes staliniens qu'ils conservent dans leurs placards, malgré leurs tentatives désespérées de se "moderniser" aux yeux des jeunes en particulier. La tentative de passage en force de la "candidate" Marie-George (déjà tout un programme) pour le compte de la "gauche antilibérale" a profondément déplu et n'a fait qu'attiser les oppositions. Son intronisation par l'appareil du PCF, avant même que les délégués ne soient réunis, a attisé une situation qui était en substance explosive.

La candidature de Buffet pour le PCF se présentait comme une gageure pour la secrétaire nationale. On sait qu'à l'occasion de la Fête de L'Humanité de septembre 2006, cette dernière avait dû faire face à une puissante contestation avec de multiples oppositions et pressions qui s'étaient manifestées pour qu'elle ne soit pas la représentante du PCF et donc encore moins de la gauche "anti-libérale". Le conflit qui scinde le parti entre les "conservateurs" et les ""rénovateurs" s'était à cette occasion fortement ravivé. Plusieurs outsiders s'étaient même mis en avant, dont Patrick Braouezec, rénovateur, mais surtout la jeune louve Clémentine Autain.

Au sein même du Parti communiste, de nombreuses voix, dont un collectif de 350 cadres du PCF, s'étaient même faites entendre pour demander le retrait de Marie-George, au profit si nécessaire de Clémentine Autain ou bien encore de José Bové.

Alors pourquoi un tel acharnement du parti "communiste" pour s'afficher comme le représentant de la gauche antilibérale et pour présenter une candidate dont les chances ne sont pas les meilleures ? La réponse se trouve en premier lieu dans les efforts désespérés que fait le PCF pour survivre. Cette survie est liée au nombre d'élus locaux et de députés qu'il pourra conserver dans l'avenir et qui dépend de ce que voudra bien lui accorder le PS en fonction du nombre de voix obtenues aux présidentielles. C'est ce qui explique l'appel du PCF à voter PS au deuxième tour, discussion qui a été une des principales pommes de discorde dans la coalition antilibérale. Mais le PC doit aussi prendre des airs "révolutionnaires", se prétendre le représentant des forces d'opposition, pour continuer à justifier son existence, de plus en plus maigre, sur l'échiquier politique de la bourgeoisie française. C'est donc ce qui explique aussi la ténacité dont il a fait preuve pour manger la laine sur le dos des petits copains de la "gauche de la gauche" et vouloir s'imposer, quitte à alimenter, sinon provoquer, la pire zizanie dans ce "rassemblement" de contestataires.

Maintenant, pourquoi Marie-George Buffet ? Son élection comme dirigeante du PC après un Robert Hue encore trop marqué par le style "école du parti" avait représenté une tentative de ce dernier pour se donner une coloration moins stalinienne, plus social-démocrate. Cela a été peine perdue. Le passé stalinien du PCF est inscrit dans ses gènes, et les caciques de ce parti sont congénitalement incapables d'avoir l'air d'autre chose que ce qu'ils sont : des produits du stalinisme. Les magouilles minables consistant à créer des "collectifs locaux" bidons pour blinder les voix en faveur de Marie-George Buffet, les pressions en douce pour imposer cette dernière comme candidate de la coalition, etc., ont été autant d'éléments montrant s'il en était encore besoin la nature du PCF, parti bourgeois dont les méthodes d'existence tiennent toujours d'un mode de fonctionnement hérité directement de l'oppression et de la répression qui prédominaient dans les pays de l'ex-bloc soviétique.

L'explosion de "l'union" anti-libérale n'a donc rien d'étonnant. Tous ces groupes de gauche ou d'extrême gauche jouent des coudes quand vient l'heure d'aller à la soupe, défendant leurs misérables intérêts de cliques bourgeoises concurrentes. Tous se battent pour une place de choix dans l'arène de la politique de la bourgeoisie française. Mais cette désunion, aussi grotesque soit-elle, ne signifie pas que ses acteurs s'apprêtent à baisser les bras, tant dans leur combat pour aller à la soupe gouvernementale que pour jouer leur rôle de sabotage de la réflexion dans les rangs ouvriers. Car si toutes ces officines sont aujourd'hui dispersées lors de l'assaut électoral, elles ne manqueront pas demain de travailler toutes de concert idéologiquement contre la classe ouvrière. Main dans la main, elles tenteront d'enfoncer dans le crâne des ouvriers la même camelote idéologique frelatée : cette idée que tous les maux des travailleurs sont dus aux méfaits de la mondialisation libérale. Car finalement, derrière leurs querelles de chapelles, ces champions de l'antilibéralisme seront tous unis demain pour prétendre qu'il faut s'en remettre à un Etat protecteur, plus juste et plus social pour instaurer un capitalisme plus humain et démocratique et finalement pour empêcher les prolétaires de développer leurs luttes sur un terrain de classe.

Mulan (25 janvier)