Campagne de Nicolas Hulot : la bourgeoisie peut-elle appliquer le "pacte écologique" ?

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Il y a près de 40 ans, les spécialistes de l’environnement mettaient en garde contre le risque à venir d’une crise écologique majeure et la classe dirigeante de ce monde se réunissait déjà (comme à Stockholm en 1972) pour se poser la question : "que faire ?"… sans jamais trouver de réponse qu’elle puisse se permettre d’appliquer.

Aujourd’hui, le danger a mûri pour devenir une réalité indiscutable et meurtrière. Ce n’est un secret pour personne, le mode de production capitaliste pollue l’air et l’eau de ses divers rejets toxiques et réchauffe le climat 1 par l’émission de gaz à effet de serre (CO2). Les conséquences sont désastreuses pour la vie et en premier lieu celle de l’espèce humaine. Inondations, ouragans, canicules, maladies 2… ne sont qu’un avant-goût de ce que prépare la dégradation continue de l’environnement.

Dans ce contexte, le succès d’un Nicolas Hulot, nouveau pape de l’écologie en France, n’a rien d’étonnant.

Après la tournée mondiale d’Al Gore et de son film Une vérité qui dérange, Monsieur Hulot tire à son tour la sonnette d’alarme : "L’heure n’est plus à la réflexion, aux analyses ou aux querelles de chapelles. Agissons ensemble avant qu’il ne soit trop tard." Pour cela, il s’est bruyamment invité dans la campagne présidentielle ; "l’occasion de placer l’écologie au cœur du débat politique" mais aussi "d’élire un candidat capable d’infléchir la trajectoire qui nous mène vers l’abîme."

C’est ainsi que Monsieur Hulot, le globe-trotter de la Maison Bouygues, pose sur la table les 259 pages d’un "programme d’action, à la fois ambitieux et réaliste" : le pacte écologique.

La vedette de TF1 n’est pas tombée du ciel avec la dernière pluie, il sait pertinemment qu’une solution crédible implique la "refondation d’une autre société", "d’autres façon de produire…de consommer…de se déplacer, de se nourrir, de se chauffer, de se loger…"… "Une révolution ? Oui !". Pas de panique, que tout le monde se rassure, Monsieur Hulot n’est pas, non plus, tombé sur la tête. Il reste bien l’homme d’une seule classe, celle de son vieil ami Chirac et du futur président français à qui son pacte s’adresse. C’est pourquoi cette "autre société" n’est rien moins que le rêve fumeux d’un capitalisme propre, non polluant, capable de se préoccuper des hommes et de leur environnement plutôt que de ses profits. Bref, une de ces bestioles improbables tout droit sortie d’un livre de mythologie antique qui n’a d’existence possible que dans le cerveau étriqué d’un Nicolas Hulot, telle une marmite bouillonnante sur laquelle reposerait un couvercle de plomb.

Le capitalisme n’a pas de solution pour sauvegarder la planète

Outre le mythe moyenâgeux du retour à la terre, présent dans son pacte sous la forme d’une société "sobre et économe" pratiquant la réduction drastique des déplacements et "l’augmentation de la population agricole", il n’en reste pas moins une série de mesures tout à fait valable pour lutter efficacement contre la pollution : le développement des transports en commun, le train plutôt que le transport routier ; la conception de logement moins énergivores car mieux isolés, le développement d’énergies non polluantes (éolien, solaire…) ; la production de biens recyclables dotés d’une durée de vie plus longue…

Les solutions ne manquent pas mais Monsieur Hulot semble éluder une question de taille : le capitalisme est-il capable de les mettre en œuvre ? Il est pourtant évident que non. En effet, toutes ces mesures nécessiteraient une telle réorganisation de l’appareil productif que le coût de ce chambardement pour chaque nation serait insupportable. Les dépenses de conversion aux énergies propres, de recherches et mise en place de nouveaux procès de fabrication, de conception et production de marchandises non pas au rabais mais de qualités pour qu’elles soient capables de durer dans le temps, seraient exorbitantes. Aucun capitaliste, aucune économie nationale ne peut supporter un tel coût sans signer en même temps son acte de décès. Le système capitaliste ne vit que pour une chose : faire du profit. Si demain, comme le demande Nicolas Hulot, la France adopte toutes ces mesures de protection de l’environnement afin de servir d’exemple et d’entraîner dans une réaction en chaîne le reste du monde, alors la bourgeoisie française est sûre de se faire sauvagement piétiner sur le marché mondial par les nations concurrentes qui auront gardé leur compétitivité intacte en continuant à polluer à moindre frais.

Le capital et les profits d’abord, quant au reste (les hommes et leur milieu de vie)… advienne que pourra !

 Depuis les années 1970, les conférences internationales et les traités pour la sauvegarde de la planète prolifèrent (Montréal, Rio, Kyoto)… sans résultats. La classe dominante a conscience du fait que son mode de production conduit à la catastrophe écologique. Elle voudrait sûrement qu’il en soit autrement mais il lui est impossible d’aller à l’encontre des lois qui régissent son monde. Le capitalisme emmène l’humanité droit dans le mur et il y va en klaxonnant. Le pacte de Nicolas Hulot s’inscrit lui aussi dans ce récurrent aveu d’impuissance.

Au final, le présentateur d’Ushuaïa a choisi de "faire confiance à la parole des candidats" qui ont signé son pacte et de ne pas se présenter lui-même à l’élection présidentielle… Pas folle la guêpe. Elle sait bien que le discrédit est assuré.

Le péril écologique ne pourra jamais être dépassé dans le cadre du capitalisme, simplement parce que c’est précisément ce cadre qu’il s’agit de défaire pour instaurer une autre société capable d’orienter toutes ses forces vers la préservation de la vie. Et cette autre société, c’est exactement le projet de la classe ouvrière.


Azel (22 janvier)


1"Cinq degrés de différence sur la moyenne de la température actuelle, c’est ce qui sépare notre époque de la dernière période glaciaire… A la sortie de l’âge glaciaire, il a fallu plusieurs milliers d’années pour que la température moyenne remonte de cinq degrés et que s’établisse le climat que connaît la planète depuis environ dix mille ans. Les perturbations climatologiques que notre société industrielle a déclenchées conduisent à un phénomène de même ordre, c’est-à-dire un changement d’ère climatique. Mais, cette fois, le mouvement se déroulerait sur un siècle, soit cinquante fois plus vite que dans le passé, ce qui risque de provoquer un choc considérable pour la vie…" (extrait de Pour un pacte écologique)


2 Selon un rapport de l’OMS du 16 juin 2006, près du quart des maladies à travers le monde sont dues à l’évolution des conditions environnementales.