Afrique : la somalie, terrain d'affrontements impérialistes

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La Somalie est sous le feu des gangs et des puissances impérialistes depuis plus de 15 ans .

Au bout d’une semaine d’affrontements sanglants (fin décembre 2006), les troupes éthiopiennes, épaulées par l’armée américaine, ont mis en déroute les bataillons des Tribunaux islamiques qui ont dû fuir la capitale, Mogadiscio, en allant se réfugier dans les environs emportant leurs armes lourdes. Mais ces derniers sont loin d’être vaincus et livrent déjà une guérilla contre les forces d’occupation éthiopiennes et leur allié, le gouvernement fédéral.

En clair, sous l’égide de leurs parrains impérialistes respectifs, les rapaces qui s’affrontent en Somalie mènent une de ces guerres des plus sordides, par exemple, en allant jusqu’à enrôler de force des enfants, dont beaucoup ont moins de 10 ans, armés jusqu’aux dents pour tuer et se faire tuer. Par ailleurs, certains récits soulignent les atrocités et la barbarie du comportement de certains tueurs et autres violeurs qui profèrent des menaces particulièrement odieuses envers leurs victimes, du genre : " on va ôter aux jeunes filles leur virginité à coups de baïonnette". Pour les victimes, on parle de plusieurs milliers de morts en quelques jours.

Le "volcan somalien" sort donc de son lit pour se répandre dans tous les pays de la région, à commencer par l’Ethiopie et l’Erythrée qui en profitent pour poursuivre leur vieux et sanglant règlement de compte en terre somalienne. Et chacun de ces deux gangsters impérialistes a massé plusieurs milliers d’hommes en s’appuyant sur les deux principales cliques somaliennes en guerre. De son côté, le Kenya est d’ores et déjà impliqué dans le conflit du fait, notamment, de la présence sur son sol de dizaines de milliers de réfugiés. Et Nairobi est en train de refouler militairement des milliers de Somaliens qui fuient les combats sous prétexte d’empêcher l’incursion sur son territoire de "groupes terroristes".

La guerre se généralise ainsi, alors que la Somalie baigne toujours dans le chaos terrifiant dans lequel elle a été plongée par les divers chefs de guerre locaux téléguidés par les puissances impérialistes qui se disputent le contrôle de la région depuis les années 1990. En effet, depuis le renversement en 1991 de l’ancien président Siad Barré, les divers clans sanguinaires se succédant au pouvoir à coups de massacres incessants des populations, procèdent systématiquement à la destruction du pays. C’est ainsi que l’Etat central a disparu et le pays est coupé en régions sous le contrôle des factions maffieuses, à l’image de la capitale, Mogadiscio, morcelée en plusieurs zones entre les mains des bandes rivales, où chacune défend son territoire à coups de rackets, de viols, d’assassinats à grande échelle. Cela veut dire que ces zones constituent un véritable enfer pour les populations qui subissent toutes sortes de sévices sans aucun secours possible.

L’impérialisme américain pilote l’intervention de l’Ethiopie en Somalie

Non content d’avoir armé et encadré l’armée éthiopienne qui vient de chasser du siège du pouvoir les Tribunaux islamiques, le Pentagone a mené mi-janvier des raids aériens en Somalie provoquant plusieurs dizaines de morts. Il s’agit d’une nouvelle offensive militaire des Etats-Unis dans ce pays après l’échec cuisant de leur précédente intervention de 1993.

En effet, sous le prétexte fallacieux de l’opération "Restore Hope" ("Rendre espoir"), les Etats-Unis (en compagnie de la France et de l’Italie) visaient à contrôler la situation à leur profit en envoyant des dizaines de milliers de soldats et armements lourds sur place. Et, en 1994, les Etats-Unis ont dû plier bagages précipitamment sous le feu nourri des forces adverses, non sans continuer à téléguider, en sous-main, leurs pions criminels sur place face aux autres concurrents.

Pourquoi cette nouvelle offensive de l’impérialisme américain ?

Selon l’Administration Bush, le but de l’engagement militaire des Etats-Unis en Somalie est de lutter contre le "terrorisme islamique des partisans de Ben Laden".

Grossière tromperie, car les Etats-Unis étaient déjà intervenus militairement en Somalie, bien avant l’existence d’Al-Qaida. En réalité, les Etats-Unis font la guerre dans cette région pour défendre leurs intérêts stratégiques impérialistes :

"La Corne de l’Afrique est d’une importance grandissante pour l’administration américaine. La région est considérée comme stratégique à la fois pour contenir le terrorisme islamiste et empêcher des ‘ Etats défaillants ‘, comme la Somalie, de devenir un sanctuaire pour Al-Qaida et, plus classiquement, pour contrôler les abords du golfe Persique et protéger le trafic pétrolier." (Le Monde du 4 janvier 2007)

Comme on le voit, le véritable but de la guerre que livre Washington est bien le contrôle des abords du golfe Persique, tout en tentant de se rendre maître de l’approvisionnement de l’or noir. Justement la Somalie est en face du golfe et constitue de fait un point stratégique pour toutes les puissances impérialistes qui se disputent le contrôle de la zone. D’ailleurs, c’est dans ce but que les Etats-Unis ont décidé de créer un sixième et nouveau commandement régional spécifique pour l’Afrique, appelé "US Africa Command". En fait, les Etats-Unis cherchent à élargir leur dispositif de surveillance dans les environs alors qu’ils possédaient déjà une base militaire à Djibouti et une autre à Diego Garcia sur l’Océan indien, en face de la Somalie. Dès lors, il est clair que les prétentions américaines ne peuvent que se heurter aux ambitions des puissances impérialistes rivales, qui, comme les Etats-Unis, instrumentalisent les diverses bandes locales en vue de leurs confrontations majeures qui se profilent dans la région.

Le chaos reste la seule perspective pour la Somalie

Tant que les bras armés du capitalisme mondial ne seront pas brisés, la perspective pour la Somalie est plus que jamais à un nouveau plongeon dans la profondeur du chaos. En tous cas, c’est bien ce que la bourgeoisie avoue à travers un rapport de l’ONU, cité par la presse mondiale, dont Le Monde du 16 novembre 2006 :

"Victime d’une militarisation à outrance, la Somalie se dirige, selon les experts de l’ONU, inéluctablement vers une guerre de grande ampleur qui menace d’entraîner les pays de la région. (…) Les Tribunaux islamiques consolident leur emprise sur le pays en raison du soutien militaire de l’Erythrée, mais aussi de l’Iran, de la Syrie,, du Hezbollah libanais, de l’Egypte, de la Libye, de l’Arabie saoudite et de Djibouti.

Le gouvernement de transition, internationalement reconnu mais réfugié à Baidoa, bénéficie du "soutien agressif" de l’Ethiopie, de l’Ouganda et du Yémen. Selon le rapport, le gouvernement (de transition) ne fait toutefois pas le poids face aux islamistes, qui contrôlent la capitale, Mogadiscio, ainsi que la plupart du centre et du sud du pays, et sont capables de transformer la Somalie en un scénario de type irakien, avec attentats et assassinats."

Certes, les Tribunaux islamiques viennent d’être chassés de la capitale somalienne, mais ils ne sont pas loin et peuvent compter sur un nombre ahurissant de soutiens impérialistes pour mener des raids de grande ampleur contre leurs adversaires notamment américains. En clair, il est plus que probable que le pays se dirige tout droit vers un processus de "type irakien" : des tueries massives et aveugles par attentats et kamikazes contre rafles et bombardements massifs. Ou alors de "type congolais", à savoir, l’occupation du pays par un ensemble d’autres pays qui s’entretuent tout en se taillant, chacun, un territoire sous sa coupe.

La Somalie a beau être extrêmement pauvre et délabrée, elle n’en reste pas moins particulièrement convoitée par les vautours impérialistes. En cela, elle illustre la réalité la plus barbare du chaos et de la décomposition du capitalisme en Afrique.

Amina (13 janvier 2007)