Les
lois Sarkozy de 2003 et 2006 ont considérablement renforcé
la politique anti-immigrés. Les expulsions s'enchaînent
à un rythme infernal : 12 000 en 2003, 15 000
en 2004, plus de 20 000 en 2005 et probablement 25 000 pour
2006. La peur au ventre, des milliers de familles vivent et se
cachent, terrorisées à l'idée d'être
renvoyées dans un coin du globe où seule la mort les
attend. Comment ne pas être indigné et en colère
devant une politique si inhumaine ? Même les enfants
scolarisés peuvent être raflés afin "d'éviter
que la scolarisation ne devienne une nouvelle filière de
l'immigration illégale" (sic !). Comment réagir
et lutter contre ces mesures cruelles et inacceptables ? Les
organisations et les associations de gauche pointent toutes du doigt
le même responsable : le ministre de l'intérieur,
Nicolas Sarkozy. Pour mettre fin à tout ça, il
faudrait bouter Sarko hors du pouvoir. "Votez, votez
contre Sarko en mai 2007 et tout ira mieux", tel est en
substance le message inlassablement répété par
toutes les forces de gauche. Mais est-ce vraiment la solution ?
Le
PS et le PC, deux piliers de la politique anti-immigrés
Evidemment
non ! Ce serait se bercer d'illusions de croire que les partis
socialistes et communistes mèneront une politique différente
s'ils sont au pouvoir. Il n'y a qu'à se replonger sur quelques
hauts faits d'armes de ces fractions bourgeoises pour s'en
convaincre. Le PCF ne s'est jamais privé d'utiliser les moyens
les plus brutaux pour se débarrasser des immigrés qu'il
jugeait indésirables. Ainsi, en 1981, c'est tout simplement au
bulldozer que le PCF a chassé d'une de ses villes,
Montreuil-sous-Bois, des clandestins maliens. Quant au PS, sa ligne
politique est résumée dans cette déclaration
fracassante du premier ministre socialiste Michel Rocard de 1989 "La
France ne peut pas accueillir toute la misère du monde".
C'est pour ne "pas
accueillir toute la misère du monde" que
la socialiste Edith Cresson a mis en place des expulsions massives, à
coup de charters, en 1991. C'est
pour ne "pas accueillir toute la misère du monde"
que
Jean-Pierre Chevènement a, sous l'ère Jospin, excité
puis lâché ses chiens sur les clandestins en intimant
l'ordre aux forces de l'ordre de multiplier les expulsions :
"L'activité en matière d'éloignement des
étrangers se situe à un niveau anormalement bas.
(...) J"attache aussi du prix à ce que, dans les
derniers mois de 1999, une augmentation significative du nombre
d'éloignements effectifs intervienne." 1
Voilà qui déchire le voile hypocrite des grands
discours de gauche sur l'humanisme et autres droits à la
dignité !
En fait,
depuis 1974, droite et gauche se relaient aux plus hautes
responsabilités de l'Etat et la même politique
anti-immigrés demeure. La raison en est simple. A la fin des
années 60, le retour de la crise économique a signifié
la fin du plein emploi et la hausse du chômage. N'étant
que de la chair à usine ne trouvant plus à être
exploités, les immigrés sont devenus de plus en plus
encombrants. C'est pourquoi le président de l'époque,
Giscard d'Estaing, a décidé de "suspendre"
l'immigration puis, trois ans plus tard, de créer une "aide
au retour". Depuis lors, au fil des récessions, les
lois anti-immigrés n'ont fait que se durcir, sous tous les
gouvernements sans exception.
Ce
capitalisme moribond est devenu incapable d'intégrer une
partie toujours croissante de l'humanité au processus de
production. Sa "solution" est d'expulser loin de ses
frontières le "surplus" pour qu'il aille crever
ailleurs. Le prochain gouvernement, quelle que soit sa couleur
politique, accentuera encore cette pression. La seule différence
entre la gauche et la droite sera la terminologie, l'enrobage
idéologique. Il est vrai que le PS est passé maître
dans l'art d'habiller de rose ses mesures les plus inhumaines.
"L'immigration choisie" fera ainsi place à
une "immigration partagée" fondée sur
la "contractualisation des flux migratoires avec les pays
d'origine". En clair, il s'agit d'une "politique
de fermeté à l'égard de l'immigration illégale"
avec en prime la création d'une "police commune
présente aux frontières de l'Union" 2.
Mais que l'on se rassure, ces expulsions se feront avec le PS de
façon très pédagogique comme l'a affirmé
fièrement François Hollande : "Nos
lois sur l'immigration doivent être expliquées à
nos partenaires". Après tout, comme le dit Laurent
Fabius, "on peut être humaniste sans être
laxiste" ! 3
Toutes
les nations ferment leurs frontières face aux raz de marée
humains
En fait,
aucun parti, aucun "homme (ou femme) providentiel" ne
pourraient mener une autre politique à la tête de
l'Etat. Les racines du problème sont beaucoup plus profondes,
liées à la nature du système capitaliste et à
sa crise historique. A travers le problème tragique de
l'émigration, nous voyons comment ce système
d'exploitation n'est plus capable d'assurer un minimum de survie à
des masses chaque fois plus énormes d'êtres humains qui
fuient l'enfer de la faim, des guerres et des épidémies.
En 30 ans, le nombre de migrants dans le monde est passé de 75
à 200 millions de personnes ! Et depuis le début
des années 2000, la situation sanitaire mondiale s'est
considérablement dégradée. Aujourd'hui, avec la
prolifération des conflits armés et le développement
effroyable de la misère, un nouveau pas qualitatif vient
d'être franchi ; l'exode atteint une ampleur jamais vue
jusque -là dans toute l'histoire de l'humanité. Face à
ce raz de marée, toutes les nations ferment leurs frontières.
Aux
Etats-Unis, le long de la frontière mexicaine, c'est un
véritable mur de 1200 km qui doit être construit d'ici
2008 avec des radars, des détecteurs, des caméras
infrarouges et une armée de 18 000 gardes-frontières.
L'Etat mobilise même des satellites et des drones ! Alors
que déjà des centaines de personnes périssaient
dans le désert chaque année pour atteindre les
Etats-Unis, avec ce "mur de la honte", ces désespérés
seront bientôt des milliers à y crever la bouche
ouverte.
En Europe,
la situation est encore plus dramatique. Tout autour de l'espace
Schengen, les camps où l'on entasse les clandestins
prolifèrent. Il y a un an, cette horreur éclatait au
grand jour quand autour des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla,
au nord du Maroc, des images nous parvenaient d'êtres humains
littéralement empalés sur les grilles barbelées
de la frontière, fauchés par les balles de la police ou
largués en plein désert comme des chiens galeux. Ces
actes barbares furent d'ailleurs commis sous l'ordre du chef du
gouvernement espagnol, le très "démocratique"
et "pacifiste" Monsieur Zapatero, montrant une nouvelle
fois que sous le masque humaniste se cache le vrai visage haineux et
sanguinaire de la social-démocratie. Depuis la situation n'a
fait qu'empirer, se généralisant même à
l'ensemble du ud et de l'Est européen. Cette année, sur
les plages "paradisiaques" des îles Canaries, dans l'
Atlantique, 27 000 personnes sont arrivées dans des
embarcations de (bien mauvaise) fortune, soit cinq fois plus qu'en
2005 ! Même tragédie au large de l'Italie, sur
l'île de Lampedusa, à Malte ou à Chypre. Même
tragédie à la frontière ukrainienne où
les très démocratiques pays européens
sous-traitent en catimini à l'Etat hongrois la gestion de
camps, véritables bidonvilles dans lesquels s'entassent par
milliers les clandestins venus de l'ex-URSS ou d'Asie. Et le pire
reste à venir. Comme l'affirme sans détour Froilàn
Rodriguez (vice-ministre des Canaries pour l'immigration), "Il
faut se préparer à des avalanches jamais vues'"4.
Conscientes de cette accélération et sachant que la
situation ne va cesser de s'aggraver, les bourgeoisies européennes
sont en train de se doter d'une véritable armée
high-tech chargée de repousser vers la mort ces milliers de
migrants, exactement comme aux Etats-Unis : construction de
camps, jumelles infrarouges, patrouilles aériennes et navales…
La
seule solidarité est dans la lutte
Le
capitalisme est aux abois et le sort qu'il réserve à
l'humanité est condensé dans ce qu'il fait subir à
cette masse d'immigrés. En comprenant que c'est le capitalisme
en décadence qui produit toute cette misère et cette
inhumanité, une réalité devient évidente :
voter en mai 2007, pour qui que se soit, ne servirait strictement à
rien, juste à se bercer d'illusions. Pour que l'humanité
puisse vivre, le capitalisme doit mourir. Une fois consciente de cet
enjeu et de l'ampleur de la tâche, la première réaction
est souvent "mais en attendant le 'grand soir', il faut bien
faire quelque chose !". Oui, il faut bien faire quelque
chose. Il faut lutter, lutter sur le terrain de la classe ouvrière.
C'est dans la lutte que s'expriment en pratique les plus profonds
sentiments de fraternité. Et aujourd'hui justement, la classe
ouvrière est en train de retrouver ce chemin, retrouver sa
combativité, retrouver ces instincts d'unité et de
solidarité.
De façon
très immédiate, il y a ces enseignants et ces parents
d'élèves qui se mettent en grève et empêchent
physiquement la police de venir récupérer un enfant
directement dans la classe. Dans toutes les écoles primaires,
les collèges et les lycées dans lesquels se trouvent
des "clandestins" en culotte courte, des discussions se
développent sur comment empêcher la rafle, comment
cacher tel ou tel enfant.
Il y a ces
ouvriers qui arrêtent le travail pour défendre leurs
camarades sans-papiers de l'usine, menacés d'expulsion.
Et
enfin, il y a ces luttes qui témoignent de la profonde
solidarité et unité du prolétariat comme ces
bagagistes qui ont bloqué plusieurs jours l'aéroport de
Heathrow à Londres, en août 2005, en solidarité
avec des travailleurs pakistanais du secteur de la restauration
victimes d'une attaque inique de leur employeur, Gate Gourmet. Et
pourtant, ces bagagistes n'étaient pas menacés de
licenciement et partout au même moment 5
les médias relayaient la propagande étatique du sieur
Blair (encore un socialiste !) qui excitait la haine contre
justement les Pakistanais, tous prétendus terroristes en
puissance. Dans cette lutte exemplaire, la différence entre la
pourriture de l'idéologie bourgeoise et la grandeur de la
morale prolétarienne fut presque palpable.
La
solidarité de la classe ouvrière n'a rien à voir
avec la pitié et tous les sentiments condescendants. Il s'agit
d'une solidarité réelle, forgée par la
conscience d'appartenir au même combat, d'être des frères
de classe victimes du même système, de la même
exploitation, quelle que soit sa nationalité, sa couleur ou sa
religion.
En
affirmant qu'une nation "ne pouvait accueillir toute la
misère du monde", Michel Rocard exprimait le mode de
pensée de toute la bourgeoisie. Mais la classe ouvrière
n'a pas à accepter la logique du capitalisme et ses barrières
nationales. Au contraire, elle doit y opposer son être
internationaliste en affirmant bien haut "Les prolétaires
n'ont pas de patrie. Prolétaires de tous les pays,
unissez-vous !" .
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