Irak, Moyen-Orient, Afghanistan... le responsable de la guerre, c'est le capitalisme

See also :

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail


 
L'enlisement de la guerre en Irak et l'échec manifeste de la lutte contre le terrorisme international avec la multiplication des attentats meurtriers, non seulement au Moyen-Orient mais dans le monde, constituent non seulement de véritables camouflets mais sont de véritables revers cuisants pour les Etats-Unis.

La bourgeoisie américaine est dans une impasse

Comment est-il possible que la première armée du monde, dotée des moyens technologiques les plus modernes, des services de renseignements les plus efficaces, d’armes sophistiquées capables de repérer et d’atteindre avec précision des cibles à des milliers de kilomètres de distance, se retrouve prise au piège d’un tel bourbier ? Pour la classe dominante la réponse est évidente, il ne peut s’agir que de l’incompétence manifeste de Bush Junior le “pire président de l’histoire des Etats-Unis : ignorant, arrogant et totalement stupide ” (ce sont là les mots de l’écrivain Norman Mailer). En somme, un demi-abruti entouré d’une bande de Pieds Nickelés. L’explication est facile et fonctionne d’autant mieux que George Bush n’a pas beaucoup d’effort à fournir, il est vrai, pour la rendre crédible. Cependant, cette explication (et c’est là son mérite pour la bourgeoisie) est dans le fond très éloignée du problème. Ce n’est pas tel ou tel individu au sommet de l’Etat qui fait évoluer le capitalisme dans tel ou tel sens mais au contraire l’état de ce système qui impose les orientations politiques. La première puissance mondiale doit obligatoirement tenir son rang. Les Etats-Unis ne peuvent avoir d’autre politique que celle mise en avant par Paul Wolfowitz (éminent membre de l’administration républicaine) dès le début des années 1990 : "la mission politique et militaire essentielle de l’Amérique pour l’après-Guerre froide consistera à faire en sorte qu’aucune superpuissance rivale ne puisse émerger en Europe de l’Ouest, en Asie ou dans les territoires de l’ancienne Union soviétique". Cette"doctrine" a été rendue publique en mars 1992 quand la bourgeoisie américaine s’illusionnait encore sur le succès de sa stratégie, au lendemain de l’effondrement de l’URSS et de la réunification de l’Allemagne. Dans ce but, ces gens-là déclaraient il y a quelques années que pour mobiliser la nation et pour imposer au monde entier les valeurs démocratiques de l’Amérique et empêcher les rivalités impérialistes,"il faudrait un nouveau Pearl Harbour". Il faut rappeler que l’attaque de la base des forces navales américaines par le Japon en décembre 1941 qui avait fait 4500 morts ou blessés côté américain avait permis l’entrée en guerre des Etats-Unis aux côtés des Alliés en faisant basculer une opinion publique jusque là largement réticente à cette entrée en guerre, alors que les plus hautes autorités politiques américaines étaient au courant du projet d’attaque et n’étaient pas intervenues. Depuis, ils n’ont fait qu’appliquer leur politique : les attentats du 11 septembre leur ont servi de"nouveau Pearl Harbour" et c’est au nom de leur nouvelle croisade contre le terrorisme qu’ils ont pu justifier l’invasion de l’Afghanistan puis de l’Irak.

Le bilan de cette politique qui est la seule que la première puissance impérialiste mondiale puisse mener est accablant : 3000 soldats morts depuis le début de la guerre en Irak il y a trois ans (dont plus de 2800 pour les troupes américaines), 655 000 Irakiens ont péri entre mars 2003 et juillet 2006 alors que les attentats meurtriers et les affrontements entre fractions chiites et sunnites n’ont fait depuis que s’intensifier. Ce sont 160 000 soldats d’occupation qui sont présents sur le sol irakien sous le haut commandement des Etats-Unis et qui se retrouvent incapables"d’assurer leur mission de maintien de l’ordre" dans un pays au bord de l’éclatement et de la guerre civile. Non seulement les milices chiites et sunnites s’affrontent entre elles avec violence depuis des mois mais des bandes rivales locales chiites s’entre-déchirent et sèment la terreur, notamment entre le gang sous les ordres de Moqtada al-Sadr (auto-proclamé "armée du Mehdi" et celui des brigades Al-Badr (lié au parti dominant au gouvernement) principaux responsables des tueries à Amara, Nasiriyya, Bassorah où ils tentent d’imposer leur loi. Au sud du pays, des activistes sunnites qui revendiquent fièrement leurs liens avec les talibans et Al Qaïda viennent d’auto-proclamer une"république islamique" tandis que, dans la région de Bagdad, la population est exposée aux voitures, bus ou même vélos piégés, ainsi qu’aux exactions des bandes de pillards. La moindre sortie isolée des troupes américaines s’expose à tomber dans un guet-apens.

L’Irak a plongé dans un inextricable chaos sanglant

Les guerres en Irak et en Afghanistan engloutissent en outre des sommes colossales qui creusent toujours davantage la dette budgétaire et précipitent les Etats-Unis dans un endettement faramineux. La situation en Afghanistan n’est pas moins catastrophique. La traque interminable contre Al Qaïda et la présence, là aussi, d’une armée d’occupation redonnent du crédit aux talibans (chassés du pouvoir en 2002 mais réarmés par l’Iran et plus discrètement par la Chine) qui multiplient les embuscades et les attentats. Les"démons terroristes" que sont Ben Laden ou le régime des talibans sont d’ailleurs l’un comme l’autre des"créatures" des Etats-Unis pour contrer l’ex-URSS à l’époque des blocs impérialistes après l’invasion des troupes russes en Afghanistan. Le premier est un ancien espion recruté par la CIA en 1979 qui, après avoir servi d’intermédiaire financier d’un trafic d’armes de l’Arabie Saoudite et des Etats-Unis à destination du maquis afghan devient"naturellement" dès le début de l’intervention russe l’intermédiaire des Américains pour répartir le financement de la résistance afghane. Les talibans, quant à eux, ont été armés et financés par les Etats-Unis et leur accession au pouvoir s’est accomplie avec l’entière bénédiction de l’Oncle Sam.

Il est aussi patent que la grande croisade contre le terrorisme loin d’aboutir à son éradication n’a débouché au contraire que sur la démultiplication des actions terroristes et des attentats kamikazes où le seul objectif est de faire le plus de victimes possibles. Aujourd’hui, la Maison Blanche reste impuissante face aux pieds-de-nez les plus humiliants que lui lance l’Etat iranien. Cela donne d’ailleurs des ailes à des puissances de quatrième ou de cinquième ordre comme la Corée du Nord qui s’est permis de procéder le 8 octobre à un essai nucléaire qui en fait le 8e pays détenteur de l’arme atomique. Ce gigantesque défi vient mettre en péril l’équilibre de toute l’Asie du Sud-Est et conforter à leur tour les aspirations de nouveaux prétendants à se doter de l’arme nucléaire. La remilitarisation et le réarmement rapide du Japon et son orientation vers la production d’armes nucléaires viennent de trouver leur prétexte pour faire face aux voisins immédiats.

Il faut aussi évoquer la situation de chaos effroyable qui sévit au Moyen-Orient et en particulier dans la bande de Gaza. A la suite de la victoire électorale du Hamas fin janvier, l’aide internationale directe a été suspendue et le gouvernement israélien a organisé le blocus des transferts de fonds des recettes fiscales et douanières à l’Autorité palestinienne. 165 000 fonctionnaires ne sont plus payés depuis 7 mois mais leur colère ainsi que celle de toute une population dont 70% vit en dessous du seuil de pauvreté, avec un taux de chômage de 44%, est aisément récupérée dans les affrontements de rue qui opposent à nouveau régulièrement depuis le 1er octobre les milices du Hamas et celles du Fatah. Les tentatives de gouvernement d’union nationale avortent les unes après les autres. Dans le même temps, après son retrait du Sud-Liban, Tsahal réinvestit les zones frontalières avec l’Egypte à la limite de la bande de Gaza et a repris ses bombardements de missiles sur la ville de Rafah sous prétexte de traque aux activistes du Hamas.

La population vit au milieu d’un climat de terreur et d’insécurité permanente. Depuis le 25 juin, 300 morts ont été recensés dans ce territoire.

Le fiasco de la politique américaine est donc patent. C’est pourquoi on assiste à une large remise en cause de l’administration Bush, y compris dans son propre camp, celui des républicains. 60% de la population américaine pense que la guerre en Irak est une"mauvaise chose", une majeure partie d’entre eux ne croit plus à la thèse de la détention de potentiel nucléaire et aux liens de Saddam avec Al Qaïda et jugent qu’il s’agissait de prétexte pour justifier une intervention en Irak. Une demi-douzaine de livres récents (dont celui du journaliste-vedette Bob Woodward qui avait soulevé le scandale du Watergate à l’époque de Nixon) dresse des réquisitoires implacables pour dénoncer ce"mensonge" d’Etat et pour réclamer le retrait des troupes d’Irak. Cela ne signifie nullement que la politique militariste des Etats-Unis peut se saborder mais le gouvernement est contraint d’en tenir compte et d’étaler ses propres contradictions pour tenter de s’adapter.

La prétendue dernière"gaffe" de Bush admettant le parallèle avec la guerre au Vietnam est concomitante avec les "fuites"… orchestrées par les interviews accordées par James Baker. Le plan de l’ancien chef d’Etat-major de l’ère Reagan, puis secrétaire d’Etat à l’époque de Bush père, préconise l’ouverture du dialogue avec la Syrie et l’Iran et surtout un retrait partiel des troupes d’Irak. Cette tentative de parade limitée souligne le niveau d’affaiblissement de la bourgeoisie américaine pour qui le retrait pur et simple d’Irak serait le camouflet le plus cinglant de son histoire et qu’elle ne peut pas se permettre. Le parallèle avec le Vietnam est à vrai dire une sous-estimation trompeuse, car à l’époque, le retrait des troupes du Vietnam avait permis aux Etats-Unis une réorientation stratégique bénéfique de ses alliances et d’attirer la Chine dans son propre camp contre l’ex-URSS tandis qu’aujourd’hui le retrait des troupes américaines d’Irak serait une pure capitulation sans aucune contrepartie et entraînerait un discrédit complet de la puissance américaine. Ces contradictions sont des manifestations criantes de l’affaiblissement du leadership américain et de l’avancée du"chacun pour soi". Un changement de majorité au prochain Congrès ne saurait apporter d’autre"choix" qu’une fuite en avant dans des aventures militaires de plus en plus meurtrières qui expriment l’impasse du capitalisme.

Aux Etats-Unis, le poids du chauvinisme étalé partout au lendemain du 11 septembre a en grande partie disparu avec l’expérience du double fiasco de la lutte anti-terroriste et de l’enlisement de la guerre en Irak. Les campagnes de recrutement de l’armée peinent à trouver des candidats prêts à aller se faire trouer la peau en Irak tandis que les troupes sont gagnées par la démoralisation. Malgré les risques encourus, des milliers de désertions se produisent sur le terrain. On a enregistré que plus d’un millier de déserteurs se sont réfugiés au Canada.


Cette situation laisse entrevoir une toute autre perspective. Le poids de plus en plus insupportable de la guerre et de la barbarie dans la société est une dimension indispensable de la prise de conscience par les prolétaires de la faillite irrémédiable du système capitaliste. La seule réponse que la classe ouvrière puisse opposer à la guerre impérialiste, la seule solidarité qu’elle puisse apporter à ses frères de classe exposés aux pires massacres, c’est de se mobiliser sur son terrain de classe pour en finir avec ce système.


W (21 octobre)