Déchets toxiques en Côte-d'Ivoire : c'est le capitalisme qui pollue la planète

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Dans la nuit du 19 au 20 août, le Probo Koala, navire aux dimensions colossales spécialisé dans le transport de pétrole, s’est allègrement délesté dans la ville d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, de plusieurs centaines de tonnes de déchets toxiques. La société hollandaise Trafigura, employeur du cargo, parlera quant à elle "d’eaux usées"… La population d’Abidjan, ses 8 morts et ses 7000 victimes d’intoxication, appréciera sans nul doute la formule !

Ainsi, à son réveil, la ville était garnie d’une douzaine de nouvelles décharges, en plein air et à proximité des habitations, accueillant les "slops" (déchets maritimes) du Probo Koala. Des "slops" particulièrement gratinés puisque composés de sulfure d’hydrogène dont la forte concentration est mortelle pour tout être vivant.

Devant ce crime, la bourgeoisie évidemment se scandalise et s’agite sous le regard des caméras pour nous promettre de faire le ménage et nous débarrasser de ces "pollueurs d’Afrique", ces "entrepreneurs sans scrupules qui prennent le monde pour une poubelle et n’ont aucune considération pour les vies humaines".

"La justice est en route…". Pour preuves, pas moins de trois enquêtes sont en cours : celles du parquet et de la ville d’Amsterdam en plus de celle diligentée par le ministre néerlandais des Transports.

"…Et les responsables seront châtiés !", puisque d'ores et déjà deux dirigeants de Trafigura ont été interpellés à l’aéroport d’Abidjan.

Mais derrière tout ce cirque et ces belles paroles, se cache le véritable coupable, celui que la bourgeoisie cherche désespérément à planquer et qui n’est autre que son "propre" monde.

Finalement, le périple et la destination macabre du navire hollandais ne sont qu’une illustration, à la fois frappante et quotidienne, de la logique meurtrière d’un système capitaliste en faillite. En effet, pour rivaliser dans une situation de concurrence exacerbée et pouvoir espérer réaliser des profits, chaque entreprise se doit d’être la plus compétitive sur le marché ; "être compétitif ou périr !" … il n’y a pas d’autre choix. Il faut donc réduire les coûts de production par tous les moyens, même si c’est au prix de la destruction de l’environnement et de vies humaines.

C’est ainsi que le Probo Koala commence sa course, le 2 juillet, dans le port d’Amsterdam avec l’annulation des opérations de nettoyage de ses "eaux sales". L’explication du porte-parole de Trafigura, Jan Maat, sera sans détours : "Nous avons d’abord décider d’en traiter la moitié à Amsterdam et la moitié à Rotterdam, mais les délais nous auraient fait perdre beaucoup d’argent, 35 000 dollars par jour de retard au port d’Amsterdam et 250 000 dollars de pénalités au port suivant. Nous avons alors repompé les déchets à bord du navire et cherché un autre port." Par la suite, le navire fera escale en Estonie pour charger une cargaison de pétrole. Selon le quotidien néerlandais De Volkskrant, ce pétrole brut aurait été transformé en essence à bord même du navire par l’addition de soude et de naphta. Ce raffinage sauvage, qui évite des procédés de transformation trop coûteux à terre, a aussi le mérite de produire des déchets extrêmement toxiques, ceux-là mêmes qui finiront leur voyage au beau milieu de la population d’Abidjan !

La bourgeoisie a vite fait de montrer du doigt les entrepreneurs "sans foi ni loi" ainsi que les Etats corrompus du tiers monde, "tous prêts au pire pour quelques dollars de plus". Ainsi, le problème ne se résume plus qu’à un simple jeu entre "corrupteurs et corrompus" violant la législation vertueuse des saintes démocraties. "Les habitants d’Abidjan vivent un drame exemplaire… Et, une fois de plus, ce sont les habitants d’un pays d’Afrique noire, maillon faible par excellence en raison de turbulences politiques internes, qui trinquent. Chaque fois qu’un Etat baisse la garde, ou pire, se livre au plus offrant, des flibustiers des temps modernes se précipitent et y déversent les rebuts de la partie la plus développée de la planète." (Libération du 14 septembre).

Et pourtant, faire des économies, rogner sur tous les postes de dépenses (salaires, effectifs, normes de sécurité, etc…) au nom de la rentabilité et du profit n’est certainement pas l’apanage de quelques brebis galeuses du capitalisme, les "flibustiers des temps modernes", mais bien la règle général du système. En effet, les largages de déchets toxiques ou les explosions d’usines lâchant sur des dizaines de milliers de personnes leurs nuages toxiques ou radioactifs n’ont pas seulement lieu à la périphérie du système comme à Bhopal en 1984 ou Tchernobyl en 1986 mais aussi en plein cœur de cette "partie développée" et "vertueuse" du capitalisme. Il suffit de se souvenir de l’explosion en 1976 d’un réacteur chimique à Seveso déversant des tonnes de dioxine sur les populations alentour en Italie, de la fusion d’un réacteur nucléaire en 1979 sur l’île de Three Mile Island aux Etats-Unis, de l’explosion de l’usine chimique AZF à Toulouse en 2001 ou encore des innombrables marées noires sur les côtes françaises ou espagnoles. Ce florilège de catastrophes industrielles est la preuve que derrière les patrons et les Etats véreux que la bourgeoisie cloue au pilori, se cache le vrai responsable, le système capitaliste.

Le pavillon traditionnel de la piraterie, tête de mort et sabres croisés, est aujourd’hui l’emblème le plus approprié pour symboliser le capitalisme, flottant comme une menace au-dessus de l’humanité.

Jude (26 septembre)