Grève aux usines SEAT en Espagne : Notre intervention face au sabotage de la lutte par les syndicats

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Nous publions ici un bilan de notre intervention dans la lutte des travailleurs de SEAT contre les licenciements ([1]). Cette intervention a eu comme axe principal celui de soutenir le début d’une lutte ouvrière authentique et de dénoncer le sabotage syndical de cette manifestation de combativité et de solidarité ouvrières. Si nous publions un compte-rendu de ce qui a été défendu par notre organisation aux portes des usines de SEAT, lors des assemblées, dans les manifestations, c’est justement pour montrer que l’alternative : ou bien on accepte ce que les syndicats organisent ou bien on reste, démoralisés, à ruminer notre impuissance, est une alternative fausse. Une autre idée fausse est celle qui prétend que l’activité d’une organisation révolutionnaire serait celle d’une espèce de club organisant des débats stériles et distants. Notre intervention chez SEAT a montré que nos positions politiques, fruits des leçons de plus de 200 ans de luttes ouvrières contre l’exploitation, peuvent et doivent se concrétiser en propositions et en orientations pour renforcer la lutte des travailleurs d’aujourd’hui et de demain, et les mettre en garde contre les pièges de leurs ennemis. Nous sommes allés dire aux travailleurs : "Faites des assemblées pour diriger vous-mêmes votre lutte", "Ne vous laissez pas diviser" "Ne laissez pas casser votre combativité avec des mobilisations qui vous affaiblissent et vous isolent, à travers lesquelles ceux qui vous ont trahi essaient de récupérer votre confiance", …

Ainsi, nous avons dit à haute voix ce qu’un bon nombre de travailleurs de SEAT ou de n’importe quel autre secteur ou n’importe quel pays pensent sans oser l’exprimer ouvertement. Et nous continuerons à le faire parce que ce sont les bases de la véritable lutte ouvrière, celle du 23 décembre chez SEAT, dans l’automobile en Allemagne en 2004, en Argentine l’an dernier,… C’est la seule manière pour que la classe exploitée gagne en solidarité, en force, en confiance en elle-même pour s’opposer au capitalisme.

Voici ce que nous avons défendu dès le premier moment de notre intervention comme l'exprime le premier communiqué que nous avons réalisé dans les premiers jours de janvier et dont nous reproduisons ici quelques extraits :

Intervention du CCI en solidarité avec les travailleurs de SEAT

Avec nos forces limitées, nous nous sommes mobilisés pour soutenir les travailleurs de SEAT. Lundi 2 janvier, à 5h30 du matin, premier jour après la parenthèse des vacances, nous sommes allés aux portes de SEAT pour y distribuer notre tract "Pour lutter il faut affronter le sabotage syndical"[2].

Cette action est en continuité avec notre présence active dans la lutte chez SEAT : aux portes de l’usine d’abord depuis le mois d’octobre, dans les manifestations par la suite (voir notre tract : "SEAT: Sauver l’entreprise veut dire : licenciements et contrats poubelle. La réponse c’est la lutte ouvrière !"[3] et le 23 décembre, lorsque la grève spontanée a éclaté.

Aux portes de l’usine il y avait un groupe de licenciés de SEAT. C’est une initiative très positive de ne pas rester chez soi, de s’adresser aux camarades qui tôt ou tard pourront être eux aussi victimes de licenciement. Ils scandaient : "Non aux licenciements", "Aujourd’hui c’est nous, demain ça pourrait être vous", ils dénonçaient les syndicats signataires du pacte des 660 licenciements. Il est important d'éviter la séparation entre les camarades licenciés et ceux qui restent. L’unité est nécessaire et cette action va dans le sens de la défendre. Les licenciés ne doivent pas rester isolés, il faut rejeter fermement toutes les mesures qui vont dans le sens de l’isolement, du chacun pour soi, comme celle de se présenter devant les tribunaux pour exiger le licenciement individuel, cas par cas.

Nous soutenons les camarades : REINTEGRATION DES LICENCIÉS. AUCUN LICENCIEMENT. Une idée qui pourrait être utile : organiser des délégations vers les autres usines, les quartiers, les autres lieux de travail, poser le problème des licenciements chez SEAT, demandant la vraie solidarité : aujourd’hui pour moi, demain pour toi. Lutter aujourd’hui pour empêcher les licenciements chez SEAT c’est développer les forces pour lutter contre de futurs licenciements dans d’autres entreprises, dans d’autres secteurs. Beaucoup de travailleurs sont attentifs à ce que font les camarades de SEAT et ils se sentent stimulés par leur lutte.

D’autres camarades se joignent à notre intervention

Nous avons reçu des lettres de soutien de la part des camarades qui ont montré leur disposition à nous aider dans notre intervention solidaire. Il y a des camarades qui collaborent avec nous dans la distribution des tracts dans les usines et les quartiers. Un camarade nous a envoyé la prise de position suivante :

"Chers camarades : je viens de recevoir aujourd’hui même, 28 [décembre], votre courrier avec votre tract sur SEAT, et je vous répond de suite et brièvement :

Le tract résume, à mon avis, d’une façon approfondie les événements de SEAT. C’est une analyse parfaitement juste, surtout en ce qui concerne l’importance qualitative de la tentative des travailleurs pour entreprendre leur lutte autonome en brisant les brides syndicales et le reste de l’appareil d’Etat et du patronat qui sont derrière les syndicats. Je salue donc votre intervention, je me solidarise avec son contenu et avec les travailleurs qui, malgré la police syndicale, se sont mis en grève spontanée, c’est cela qui est vraiment significatif. Je ne pense pas que la CGT[4] s’en tire, de ce rapport de force, aussi renforcée que certains le prétendent, étant donné que les illusions non seulement sur les syndicats mais aussi sur le syndicalisme sont en train de tomber chez les travailleurs. Etre affilié à un syndicat ne sert même pas de garantie pour ne pas être inclus dans la charrette du dernier "plan social". Il va y avoir une réflexion chez les ouvriers sur cet aspect. Il faut dénoncer très spécialement le syndicalisme radical, proposant même aux travailleurs de demander la démission des délégués du comité d’entreprise et de la table de négociation, etc. Signé : German".

Cette mobilisation de nos camarades est une grande satisfaction pour nous et renforce notre détermination à continuer le combat.

Nous avons pris position sur la "Lettre" que les licencié(e)s de SEAT ont adressée au PDG de l’entreprise :

"Camarades :

Nous voulons d’abord vous exprimer notre solidarité sans faille et ajouter notre voix pour que le cri "réintégration des licenciés, aucun licenciements de plus", se fasse entendre le plus fort possible.

En deuxième lieu, nous vous proposons ceci : Pourquoi ne pas faire une lettre adressée à tous les travailleurs ? Voilà ce que faisaient d’habitude les licenciés lors des luttes des années 70 : c’est une bonne tradition que nous devrions reprendre. Une lettre montrant que les licenciements de SEAT sont le couronnement de bien d’autres qui s’étaient produits auparavant : par exemple chez Gearbox, ou à Unidad Hermética, ou dans Papelera etc., et l’annonce de beaucoup d’autres dans bien d’autres entreprises, SEAT elle-même y incluse, comme le PDG l’a lui-même annoncé avec toute son arrogance hypocrite, une fois signé l’accord de la honte de ce 15 décembre. Une lettre pour dire qu’aujourd’hui c’est vous, mais demain ce sera peut-être le tour de beaucoup d’autres. Une lettre pour demander la solidarité de tous les travailleurs, dans le sens de la vrai solidarité : aujourd’hui pour toi, demain pour moi, aujourd’hui pour les camarades de SEAT de sorte que demain ils aient de la force face aux nouveaux licenciements. Cette solidarité aurait pu se concrétiser dans la convocation d’une manifestation au centre de Barcelone où des travailleurs de toutes les entreprises sans distinction de secteur, sexe ou nationalité, puissent se rendre. Une manifestation unitaire pour dire clairement au patronat, au Gouvernement et aux deux syndicats majoritaires que les ouvriers en ont marre et qu’ils ne se laisseront plus agresser, une manif pour pouvoir sentir dans la pratique la force des travailleurs.

Dans votre lettre apparaît l’idée suivante : "…et laissez [s’adressant au PDG] que SEAT continue à être ce quelle a toujours été, une entreprise espagnole, vraiment compétitive, avec ses problèmes mais sans licenciements.". Nous vivons dans une société où la concurrence est la loi. Les nations se font une concurrence à mort entre elles pour le partage du marché mondial. Le slogan hitlérien "Exporter ou mourir" pourrait être le leur. De la même façon, les entreprises se font une concurrence féroce dans leur secteur. Dans cette concurrence il y a des Etats qui gagnent et d’autres qui perdent, des entreprises qui s’imposent au détriment des autres. Cependant, aussi bien chez les gagnantes que chez les perdantes, il y a ceux qui perdent toujours : les travailleurs et la plupart des humains. Chez les gagnants parce que pour être compétitifs ils vont licencier, étendre la précarité, baisser les salaires, imposer des horaires d’enfer, avec des trucs comme les "bourses d’heures". Chez les perdants, parce qu’on ferme les usines, ils licencient des gens pour se maintenir un peu hors de l’eau. C’est la compétitivité qui est à la base des licenciements, de la précarité, de l’attaque contre nos conditions de vie. Nous, les travailleurs, comme le reste des êtres humains, avons besoin de nous nourrir, nous habiller, de vivre sous un toit, digne d’un avenir pour nos enfants, des nécessités que nous ne pouvons pas faire dépendre du fait que l’Espagne ou l’entreprise soient compétitives. Le capitalisme est un système où la vie est sacrifiée à la production, alors que la société à laquelle les travailleurs aspirent est une société où la production sera au service de la vie. A leur compétitivité nous devons opposer notre solidarité.

Salut, camarades. Solidarité et lutte !"

Dans un autre article : "Leçons de la lutte chez SEAT,..."[5], nous mettons en avant que les syndicats ont tout fait pour retarder et escamoter la vraie lutte et cela depuis septembre, comptant sur la démobilisation des vacances de Noël pour que l’indignation et la combativité du 23 décembre se dilue. La CGT qui avait assumé le "parrainage" des licenciés, s'est arrangée pour que n'ait lieu en tout et pour tout qu'un seul rassemblement des travailleurs de SEAT dans les 10 jours suivant le 23 décembre. Et encore s'agissait-il d'une réunion éloignée de l’usine où ne pouvaient participer que les licenciés. Nous y sommes allés quand même, nous avons diffusé nos tracts, nous avons discuté avec les présents à l’assemblée, et nous avons de suite rédigé un deuxième communiqué sur notre intervention que nous résumons ci-dessous.

L'assemblée du 2 janvier

Ce court texte n’a pas la prétention de faire une analyse, mais d’informer sur comment nous avons continué notre intervention face à la situation générée par les licenciements chez SEAT.

Le 3 janvier une Assemblée de Licencié(e)s de SEAT était convoquée. Elle était organisée par la CGT et elle a été perçue ainsi : "La CGT nous a informé hier que ce sont les camarades licencié(e)s qui assisteront à l’assemblée et c’est eux qui décideront le type d’action à mener. Les autres camarades de la CGT ou d’autres syndicats et organisations anti-capitalistes comprenons que nous devons être présents à l’extérieur du lieu de l’assemblée, pour montrer notre soutien à ces camarades et pour bien monter que, bien que ce soit eux qui doivent mener la lutte, ils ne sont pas seuls… La majorité des camarades consultés pensent qu’une fois que l’assemblée aura décidé des actions à mener, nous pourrons montrer notre solidarité" (Kaosenlared 2-1-06[6]). Dans le forum Internet Alasbarricadas une personne qui signait "Cegetero" (Cégétiste) signalait : "Attention : la convocation à l’assemblée de SEAT n’est pas claire. Sur l’affiche en tête et autour du dessin y est écrit : contre les licenciements de SEAT, sois présent ! Mais sur l’en-tête de la nouvelle dans Rojo y negro[7] il y est dit : Assemblée des licencié(e)s de SEAT. Autrement dit, on ne fait pas appel à tous les effectifs de SEAT, mais seulement aux personnes licenciées. Plus bas il est écrit qu’on ne laissera pas entrer les affilié(e)s de la CGT qui n’appartiennent pas à SEAT".

Il faut que les travailleurs décident par eux-mêmes. Mais cela ne veut pas dire du tout qu’ils ne puissent pas compter sur la participation, l’aide et le soutien d’autres secteurs ou sur les apports de militants organisés etc. La présence d’autres secteurs de la classe ouvrière est encourageante, elle permet d’oser entreprendre des actions dont on ne se sentirait pas capables si on était seuls et isolés. De plus, les affaires d’un secteur de la classe ouvrière sont les affaires de toute la classe ouvrière, parce que ce sont des problèmes qui touchent tout le monde : licenciements, précarité, bas salaires etc.

Et voilà qu’on ne permet même pas l’entrée aux travailleurs de SEAT qui n’ont pas été licenciés ! Quelle unité peut se développer dans de telles conditions ? Et, par ailleurs, même les affilié(e)s d’autres secteurs et d’autres entreprises ne sont pas autorisés à entrer.

L’argument peut paraître très "démocratique" : seuls ceux qui sont touchés doivent décider. Mais, est-ce que les travailleurs n’ont pas la capacité de jugement pour savoir quelles sont les propositions qui leur conviennent ? Pourquoi faut-il les "protéger d’influences extérieures" ?

Tout cela ne conduit qu'à l’enfermement et à l’isolement des licenciés, leur séparation par rapport au reste de la classe ouvrière, en commençant par leurs propres camarades de SEAT. Ceci ne peut que les entraîner vers un sentiment d’impuissance, d’abandon, vers cette idée si répendue dans cette société d’individualisme et de concurrence, comme quoi chacun doit "se débrouiller comme il le peut", vers la méfiance vis-à-vis du "reste du monde" qui ne "devrait pas s’immiscer".

Aux portes de la salle et sur les différents lieux où les ouvriers se réunissaient, nos militants ont distribué notre tract et ont défendu que la seule possibilité pour développer la lutte était que tous les licenciés, ensemble et en bloc, aillent aux portes de l’usine et affirment devant les autres ouvriers (qui demain peuvent aussi subir le chômage) la nécessité d’une lutte commune autour de l’objectif "Réintégration des licenciés. Aucun licenciement". C’était le point de départ de la grève le 23 décembre et c’était la seule possibilité valable pour continuer le combat.

Comment se sont posés les problèmes lors de l’Assemblée ? "En deuxième partie, il a été fait un exposé juridique de la situation et sur comment , d’un point de vue légal, il faudrait mener la lutte pour la défense des postes de travail" (texte relatant l’Assemblée, paru sur Kaosenlared 3-1-06). Ça veut dire quoi ça ? La meilleure réponse est donnée par un camarade qui signe "Travailleur de SEAT" dans un commentaire où il répond au document précédent : "Et maintenant, la CGT fait une assemblée, amène une avocate (qui va être payée comme tout le monde, ce qui est juste car les avocats mangent aussi), accepte les conditions signées par l’UGT et les CO[8] (même si elles sont très mauvaises), en conseillant de s’inscrire à une réadmission qui, selon la CGT, n’existe pas. Là, ou il a quelqu’un qui est dans l’incohérence, ou on veut nous faire avaler des couleuvres. La seule alternative est la mobilisation permanente" (Kaosenlared 3-1-06).

Ce qui a été proposé à l’Assemblée n’était pas du tout de lutter en commun, mais sauve qui peut ! C’est ce qu'exprime parfaitement un commentaire signé, où il est très clairement écrit en majuscule : "Quelle honte !!! Tout ça n’est qu’une manipulation. Epouse d’un ouvrier licencié, je n’ai qu’une chose à dire : Honte à tous les syndicats, UGT, CCOO et CGT. Mon mari était affilié à cette dernière et maintenant il est à la rue parce qu’il est à la CGT. J’aimerais voir plus d’actions de la part de ce syndicat, parce que la réunion d’hier m’a paru un mensonge de plus. La vérité c’est qu’il y a 660 personnes à la rue et les autres sont dedans et il est très facile de parler de l’intérieur, et il est très triste qu’on jette quelqu’un dehors soi-disant par manque de "polyvalence"… !! MENSONGE !!! et maintenant SEAT qui fait des appels à des entretiens pour y être engagé, celui qui comprendra ça peut-il me l’expliquer ?. Arrêtez de profiter des licenciés, arrêtez votre pub et luttez vraiment pour tous ces gens qui sont dans la rue" (Kaosenlared 3-1-06).

Cette camarade a tout a fait raison et elle dit les choses haut et clair. Parce que, à part les réclamations légales, quel genre de mobilisation a été proposé ? Le texte cité plus haut dit que "La troisième partie a été consacrée à préparer la mobilisation ; le débat a été profond et on a décidé de continuer le 12 janvier, même lieu. Les propositions ont été très variées, très suggestives et déterminées. Elles seront rendues publiques au moment approprié" (Kaosenlared 3-1-06). Autrement dit, rien. Attendons donc au 12 janvier. Et, si par hasard on a toujours envie de faire quelque chose, "il a été décidé de participer à la manifestation et à la journée de lutte des travailleurs européens de l’automobile qui aura lieu à Saragosse le 20 janvier".

On nous dit d’impulser une alternative au syndicalisme traître des CO et l’UGT. Mais est-ce vraiment une "alternative" ? N’est pas un peu la même soupe ?

Les travailleurs doivent tirer une leçon claire de cette histoire : aucun syndicat va nous défendre, ni le jaune genre CO-UGT ni le plus ou moins rose genre CGT, ni aucun autre, la seule alternative est : ou bien on organise la lutte nous-mêmes avec des assemblées et des comités élus et révocables, ou, si on laisse nos affaires aux mains de ces "spécialistes", c’est la démobilisation et la défaite.

Notre intervention qui, rappelons-le, proposait des réponses concrètes à la lutte, paraissait avoir gêné un petit cercle de syndicalistes qui se sont avancés vers un de nos camarades nous, ont pris et jeté ses tracts en l’appelant "vendu au patronat" ; après, face au calme du camarade, qui n’est pas tombé dans leurs provocations, ils se sont adressés à une camarade. Celle-ci n’est pas non plus tombée dans leur petit jeu et leur a demandé des arguments pour démonter en quoi nos tracts, nos propositions montreraient que nous étions à la solde du patronat. Finalement, ils ont préféré s’éclipser.

Nous déclarons notre plus totale solidarité avec nos camarades et dénonçons ce comportement de provocation grossière. Nous n’allons pas reculer apeurés. Nous sommes ouverts à la discussion avec des camarades qui ne partagent pas nos positions, mais nous répondrons fermement à toute tentative d’insulte, de calomnie ou de nous faire taire[9].

Avec "l’assemblée" du 3 janvier, la lutte a reçu un coup mortel. On a spolié les licenciés de leur véritable force, c'est-à-dire de la mobilisation unitaire de tous les travailleurs contre les licenciements et, par contre, on va les attacher à une noria "d’actions" plus apparentes qu’efficaces, qui vont permettre à la CGT et ses compères de se présenter comme les champions de la lutte, quand, en fait, ils ont consacré leur temps à la saboter. C’est pour cela que face à l’assemblée convoquée pour le 12 janvier, véritable acte de "liquidation" définitive de la lutte, notre organisation a décidé de ne pas intervenir pour les raisons que nous avons expliqué dans un troisième communiqué que voici :

Pour quoi nous ne sommes pas allés intervenir à "l’Assemblée de Licenciés" du 12 janvier ?

Nous avons été présents lors des manifestations de novembre, nous avons été avec vous le 23 décembre quand on vous a communiqué les 660 licenciements et que vous avez débrayé spontanément (personne ne vous a convoqué, personne ne vous a "organisé") en solidarité avec les licenciés et en révolte contre l’accord signé par l’UGT, les C.O. et le patron. Nous avons été présents le 2 janvier pour voir s’il était possible de continuer avec la même dynamique de lutte. Nous sommes aussi allés à l’Assemblée du 3 dans un local d’Hostafranchs[10]. Nous sommes allés cette même semaine aux portes de l’usine de la Zona Franca de Barcelone et celle de Martorell[11] pour vous montrer encore et toujours notre solidarité face à une attaque contre vos conditions de vie qui nous touche tous, et pour expliquer quelles sont les raisons qui, à notre avis, ont rendu possible ce coup de hache sur les travailleurs. Nous avons assisté à toutes les concentrations et les réunions où il pouvait exister un minimum de dynamique de lutte collective des ouvriers, avec l’objectif de l’impulser comme on peut le voir dans nos communiqués précédents. Par contre, nous ne voulons pas devenir complices d’une réunion dont le but est de renforcer la défaite et l’enterrement qui ont été imposés le 3 janvier.

Le syndicalisme agit de telle manière que, lorsque la force et la combativité des travailleurs sont présentes, toute excuse est bonne pour retarder la lutte, diluer la combativité, l’affaiblir en fin de compte. Par contre, quand la lutte se termine, quand les ouvriers sont abattus et ressentent la réalité de la défaite, alors le syndicalisme devient "radical", lançant des propositions ultra-combatives dont le seul but est, en réalité, d’accroître la démoralisation et l’humiliation des travailleurs.

Le 23 décembre, il y a eu une explosion de solidarité et de combativité des travailleurs contre les 660 licenciements. Qu’est-ce que les syndicats ont fait ? Ne parlons pas de l’UGT et des CO qui se sont évaporées. Mais la CGT elle-même qui prétend "s’engager" dans la lutte contre les licenciements ne voyait que des inconvénients partout : les arrêts de travail sont illégaux, on ne peut rien faire jusqu’au 3 janvier et patati et patata,...

Le 2 janvier il y a toujours dans l’air l’inconnu de savoir si les travailleurs vont poursuivre ce qu’ils ont laissé le 23, ou si, au contraire, ce qui va peser c’est la démobilisation de Noël organisée avec la complicité des syndicats qui, évidemment, se sont bien gardés de convoquer la moindre action ces jours-là. Et que trouvent les ouvriers de SEAT ? Une convocation de la CGT non pas à se rendre aux portes des usines, mais dans un local dans Barcelone. Les syndicats affirment être nécessaires à notre lutte parce qu’ils possèdent une "capacité d’appel", parce qu’ils disposent des locaux et des moyens organisationnels pour les ouvriers. Lors de la lutte chez SEAT, il a été une fois de plus démontré que cet appareil syndical n’est pas au service des travailleurs, mais il est surtout là pour empêcher une véritable lutte.

L’assemblé du 3 janvier fut un coup de massue brutal. Les licenciés ont dû aller aux bureaux de l’entreprise pour y signer le récépissé de leur licenciement En attendant, le nouvel appel à se réunir ce sera pour…dix jours plus tard !, le 12 janvier…Et pendant ce temps ? Nada, rien de rien, mais la CGT présente tout ça, avec le plus grand des cynismes, comme "une forte ambiance de lutte".

Du 3 au 12 janvier, on parcourt le chemin du néant à la misère. Le 12, un mois après l’accord qui jette dehors 660 camarades à la suite du pacte signé par le patron, les syndicats (CO et UGT) et le Gouvernement tripartite[12] de Catalogne, avec le soutien de la plupart des organisations gauchistes, ont fait une grande proposition de solidarité avec les licenciés : la création d’un Comité de Solidarité avec les licenciés de SEAT "unitaire, ouvert aux réseaux, plateformes, organisations, mouvements et entités sociales, syndicales, politiques et citoyennes, avec l’objectif d’organiser la solidarité vis-à-vis des licencié(e)s de SEAT, de se mobiliser pour leur réintégration et s’opposer à l’offensive patronale qui cherche à rendre encore plus précaire l’emploi et meilleurs marchés les licenciements" (publié dans Kaosenlared). À cela s’ajoutent des propositions aussi ridicules que stériles, telles que des "actions" contre les concessionnaires de la marque,…

Bref, éteindre par tous les moyens tout ce qui pourrait rester de la véritable riposte massive et unitaire des travailleurs, et essayer d’enterrer sous une couche de sable les véritables leçons de la lutte de SEAT. Les ouvriers ont pu vérifier avec les 660 lettres de licenciement du 23 décembre, que les "mobilisations" (les manifestations de novembre) pour sensibiliser l’opinion publique n’avaient servi à rien. Eh bien, maintenant ce qu’on leur propose c’est tout simplement un peu plus de la même soupe. Le 23 décembre ou le 2 janvier les travailleurs ont pu se rendre compte par eux-mêmes qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes, sur leur lutte, sur leur solidarité de classe d’abord ; et voilà que maintenant on veut encore leur vendre la même camelote frelatée selon laquelle la médiation des citoyens, des organes politiques et syndicaux, pourraient faire réintégrer les gens licenciés. Et le comble c’est qu’ils prétendent le faire en se ventant d'avoir été au sein de la lutte des ouvriers de SEAT contre les licenciements.

Entre la lutte ouvrière du 23 et la gesticulation du Comité citoyen de Solidarité c’est le jour et la nuit. La première était une tentative authentique et solidaire des travailleurs avec leurs camarades licenciés, la deuxième est une cynique plaisanterie contre la solidarité de classe.

C’est pour cela que nous n’avons pas voulu participer à ce simulacre de solidarité. C’est pour cela que nous défendons que la vraie solidarité avec les licenciés de SEAT consiste à faire en sorte que les travailleurs puissent tirer les véritables leçons de cette défaite. Ces leçons vont nous servir pour préparer de nouvelles luttes, parce qu’il ne faut pas se faire d’illusion : les licenciements vont pleuvoir sur le textile, sur l’automobile, et, entre autre, sur la SEAT encore ; la précarité va se renforcer avec la nouvelle "reforme" du travail. Nous serons obligés de lutter avec force en luttant tout d’abord contre le sabotage syndical.

 

CCI, 14 janvier 2006.



[1] Faute de place, nous ne publions ici que de larges extraits. La version intégrale en français est reproduite sur notre site.

[2] Lire l’article “Grève spontanée des ouvriers de SEAT en Espagne : Pour développer la lutte, il faut affronter le sabotage syndical” (R.I. nº 365, février 2006)

[3] Ce tract peut être lu en espagnol sur http://es.internationalism.org/AP/185_SEAT.htm

[4] La CGT (Confédération Générale du Travail) est une centrale de tendance "syndicaliste révolutionnaire" issue d’une scission "modérée" d’avec la CNT (Confédération Nationale du Travail) anarcho-syndicaliste (NDR)

[5] Cet article « Leçons… » a été  publié dans le même numéro de AP que ce « Bilan… » (Acción Proletaria 187, janvier-mars 2006:“Lecciones de la huelga de SEAT: No a las «movilizaciones» sindicales, Sí a la lucha obrera” et “Balance de nuestra intervención en SEAT

[6] Kaosenlared et Alasbarricadas : Forums alternatifs sur Internet

[7] Rojo y negro est le journal de la CGT.

[8] L’Union Générale des Travailleurs est le syndicat « socialiste » et les Commissions Ouvrières c’est le syndicat lié historiquement au PC et à ses variantes et avatars.

[9] Nous voulons remercier par leur importance, les manifestations de solidarité comme celle exprimée par quelqu’un qui se fait connaître comme “Germán”. La voici : «Solidarité active avec les militants et les sympathisants du « Courant Communiste International » (CCI) et contre les provocations et les menaces de la « pieuvre syndicalei».

Aujourd’hui même je reçoit l’information via Internet, des provocations à l'encontre des militants du CCI de la part d’éléments syndicalistes essayant de réprimer par la force la diffusion d’un tract sur le conflit chez SEAT, un tract que j’ai pu lire et avec lequel je suis d’accord parce qu’il cadre bien les choses, et boycottant, en plus, les interventions orales de ces camarades.

C’est une honte que les « forces spéciales » du syndicalisme aient recours à ces viles méthodes pour faire taire des militants ouvriers. Ceux-ci voulaient se solidariser avec les camarades licenciés et discuter avec eux sur comment lutter contre ces licenciements et contribuer ainsi à la nécessaire clarté devant permettre aux travailleurs de prendre conscience qu’on ne peut pas avec des représentants et des fondés de pouvoir sortis d’élections syndicales convoquées et réglementées par l’Etat capitaliste. Au contraire, nous ne pouvons compter que sur nos propres forces, sur notre auto-organisation, sur l’extension de la lutte, étant donné que l’isolement veut toujours dire défaite et triomphe du patronat et de ses fidèles serviteurs, les syndicats, même ceux qui se prétendent ultra-révolutionnaires. Qu’est-ce qu’ils se croient ces petits messieurs ? Qu’ils ont le monopole et l’exclusivité de la mobilisation ? Pas du tout ! Bien au contraire, il sont les spécialistes émérites dans l’anesthésie des luttes, dans l’enfermement de celles-ci dans une légalité imposée par les capitalistes et leur État totalitaire et dont le premier objectif est de créer chez les ouvriers un sentiment d’impuissance et, en même temps, de dépendance vis-à-vis des syndicats. Je n’ai aucune certitude pour affirmer que les provocateurs soient des dirigeants de la CGT ou d’un autre syndicat, mais je pense que chez les ouvriers en général, y inclus chez ceux qui sont syndiqués, il commence à se faire jour l’impression comme quoi le syndicalisme n’est plus une arme des ouvriers mais du patronat. C’est pour cela que les bonzes syndicaux deviennent nerveux quand des camarades, non seulement ne veulent pas éviter la discussion mais, au contraire, la recherchent parce la discussion ouverte est une arme de la classe ouvrièr. Les bonzes syndicaux craignent, comme le système dans son ensemble, la réflexion des ouvriers. Pourquoi les chefs syndicaux ont si peur qu’on parle publiquement de syndicalisme ? Dorénavant et suite à la lutte dans SEAT, je propose un débat dans tous les forums sur la nature des syndicats aujourd’hui, c'est-à-dire : sont-ils des organes de la classe ouvrière ou bien de l’Etat et du capital ?

Excusez la brièveté de mon intervention. Je voulais faire une prise de position rapide à cause de mon irritation causée par les comportements des chefs syndicaux  vis-à-vis des militants qui ont subi ces provocations. Soit dit en passant, est-ce qu’on va voir ce même « courage » de la part des chefs syndicaux pour défendre les travailleurs face au patronat ?

J’envoie ma plus chaleureuse solidarité à tous les camarades de SEAT licenciés et aux militants et sympathisants du CCI provoqués et/ou menacés.

Barcelone, 5/1/2006. German

[10] Quartier de Barcelone

[11] Usines de SEAT

[12] Le gouvernement catalan (Généralité) est dirigé par une coalition « de gauche » : PS, PC (avec une étiquette plus « moderne » et catalaniste) et ER (gauche indépendantiste catalane)