Journées d'action à répétition : Les syndicats organisent la dispersion des luttes

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Depuis le début de l’année, le gouvernement accélère ses attaques contre toute la classe ouvrière. Sur le terrain de la précarisation des conditions de vie de la classe ouvrière, après le contrat nouvelle embauche de l’automne dernier, Villepin nous a sorti le contrat première embauche, destiné plus spécialement à imposer aux moins de 26 ans des conditions d’exploitation aggravées. Dans la fonction publique, ce sont entre 20 000 et 25 000 emplois qui vont sauter. France Telecom va licencier 17 000 employés et, dans l’ensemble du secteur privé, les fermetures d’entreprises et les licenciements qui les accompagnent sont en constante augmentation. Pendant ce temps, le gouvernement veut faire croire qu'il fait baisser le chômage alors qu'il ne fait qu'accentuer la pression sur les chômeurs et éjecter des milliers d’entre eux des listes de l’ANPE.

Face à cette offensive en règle du capital français, les syndicats sont montés au créneau et ont organisé toute une série de journées d’action, alors qu’ils étaient restés particulièrement silencieux depuis le mois d’octobre.

Le 2 février, nous avons eu droit au spectacle de "l’unité syndicale", CGT, FO, FSU, CFDT, UNSA, CGC, etc. appelant à manifester contre les accords salariaux passés dans la fonction publique… accords déjà entérinés quelques jours auparavant par des négociations entre la CFDT, la CFTC, l’UNSA et le gouvernement.

Le 7, l’ensemble des syndicats ainsi que les organisations lycéennes et étudiantes appelaient à manifester contre le CPE, en pleines vacances scolaires, ce qui n’empêchait pas que le texte soit voté au parlement dans la nuit du 8 au 9 février. Le 16, le 20 puis le 23 février, les appels à des manifestations sur tout le territoire se répétaient, de la part des organisations de jeunesse et de la CGT en particulier. Et c’est encore pour le 7 mars que FO, rapidement suivie par l’ensemble des syndicats, proposait une journée d’action interprofessionnelle pour le retrait du CPE.

Tout cela donne ainsi l’impression d’une riposte en règle de la part des syndicats pour contraindre Villepin à retirer le CPE, pendant que ce dernier multiplie les déclarations provocatrices du type : "Le CPE, c’est plus de chance sur le marché du travail et plus de sécurité dans l’emploi." Il est évident qu’il n’en est rien et que ce "contrat" est un marché de dupes, mais il s’agit de donner du grain à moudre aux syndicats pour mieux donner l’illusion qu’ils se mobilisent pour défendre les intérêts de la classe ouvrière.

En effet, ces journées d’action n’ont aucunement pour objectif de pousser le gouvernement à retirer ses mesures anti-ouvrières mais, tout au contraire, à les faire passer en déboussolant la classe ouvrière et en défoulant une partie de la combativité comme on l’a vu lors de certaines manifestations lycéennes et étudiantes en province.

La multiplication de ces mobilisations syndicales, cet éparpillement d’une prétendue riposte sont des manœuvres de sabotage de la lutte. En mettant en avant des revendications particulières à tel ou tel secteur de la classe ouvrière, les syndicats organisent la division voire l’opposition des ouvriers entre eux. Et même lorsqu’ils font semblant de mobiliser les ouvriers "tous ensemble", c’est pour mieux mettre en avant dans les manifestations des intérêts catégoriels et spécifiques. Les ouvriers ne peuvent rien en retirer qu’un sentiment d’impuissance, de lutte stérile et sans lendemain qui débouche sur la démobilisation et la démoralisation. C’est ce que cherchent les syndicats, qui en rajouteront une couche en cherchant de surcroît à culpabiliser les ouvriers eux-mêmes en les rendant responsables de leurs conditions de misère, parce qu'ils ne se mobiliseraient pas assez dans les journées d'action à répétition.

Le but recherché aujourd’hui est de créer une fausse impression de riposte qui serait menée par les organisations syndicales et de faire barrage à des initiatives de la part de la classe ouvrière. Ceci afin de mieux saboter la prise de conscience de la nécessité pour les ouvriers de prendre leurs luttes en main et que c’est réellement tous ensemble qu’il faut lutter, que l’on soit du privé ou du public, jeunes ou vieux, au chômage ou au travail.

Cependant, cette nécessité commence de plus en plus clairement à germer dans les rangs ouvriers, bien que la réflexion soit encore embryonnaire et limitée à une minorité dans la classe ouvrière.

Ainsi, lors des interventions du CCI dans certaines de ces mobilisations, nous avons eu de nombreuses discussions avec des manifestants. Lors de la manifestation du 2 février à Paris en particulier, dans une ambiance d’encadrement syndical sinistre et apathique, soigneusement organisée par des syndicats qui avaient fait en sorte de saucissonner le défilé en paquets bien encadrés par les différents services d’ordre derrière les banderoles de chaque chapelle syndicale, les critiques fusaient de la part d’ouvriers (dont des syndicalistes) qui suivaient le cortège sur les trottoirs. "On est là mais ça ne sert à rien" "Ce type de manif ne sert à rien." "C’est du sabotage." Ou encore plus précisément : "Ce qu’il faut, c’est la révolution." De telles réflexions sont exemplaires d’un état d’esprit qui se développe dans la classe ouvrière, celui du besoin de lutter pour ne pas se faire avoir, mais pas n’importe comment, ainsi que d’une certaine prise de conscience que les syndicats ne font que nous balader.

Bien qu’elle ne soit que naissante, cette dernière est significative du tournant qui s’opère depuis quelques années dans la classe ouvrière. Et c’est pour cette raison que les gauchistes, trotskistes en tête, montrent autant de dynamisme dans le recrutement de jeunes lycéens et étudiants, comme on a pu le voir dans la manifestation du 7 février, car toute une réflexion en profondeur se développe dans la tête de ces futurs exploités. En particulier, quand une réelle méfiance par rapport aux centrales syndicales existe chez les jeunes, les trotskistes se chargent de la récupérer, non pas pour développer une conscience claire de la nécessité de détruire le capitalisme, mais pour mieux les rabattre dans le carcan du syndicalisme, avec l’illusion mortelle qu’on peut réformer le capitalisme.

Les syndicats et les gauchistes ne sont nullement les ennemis du gouvernement et du patronat, ils sont au contraire les meilleurs alliés de la bourgeoisie et les meilleurs défenseurs de ses attaques anti-ouvrières.

Mulan (25 février)

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