L'explosion du chômage signe la faillite du capitalisme

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L’ensemble de la classe ouvrière, dans tous les pays, tous les secteurs, toutes les entreprises, vit aujourd’hui avec cette inquiétude obsédante: comment échapper à la menace du chômage? Quel avenir la société actuelle réserve-t-elle à nos enfants? Que peut-on faire pour sortir de cette situation ?

Jamais depuis la dernière guerre mondiale le monde capitaliste n’avait connu un degré de misère et de barbarie tel que celui d’aujourd’hui. Les guerres ne cessent de se développer et le chômage croît sans fin. Dans les pays sous-développés, les massacres, les épidémies, les famines sont le lot quotidien de centaines de millions d’êtres humains ; dans les pays les plus industrialisés, une masse croissante d’ouvriers est jetée sur le pavé à chaque nouvelle vague de licenciements. Ainsi des Etats, tels l’Allemagne, qui nous avaient été présentés pendant des décennies comme des modèles de prospérité, ne sont plus épargnés par le développement du chômage massif.

Le capitalisme fait subir le chômage à toute la classe ouvrière

Ce ne sont pas seulement les jeunes, à l’issue de leur scolarité, qui se retrouvent sans emploi ou avec un travail de misère, mais l’ensemble des prolétaires intégrés dans le système productif qui se retrouvent chaque jour, par milliers, brutalement licenciés sans aucune perspective de pouvoir retrouver un emploi durable.

Cette aggravation de la misère et du chômage, ce sont tous les ouvriers qui la subissent de plein fouet, dans tous les secteurs, tous les pays. Toute la classe ouvrière est aujourd’hui directement concernée par cette attaque du capital. Non seulement les prolétaires exclus de la production, mais aussi ceux qui ont encore un emploi.

Dans toutes les usines, les ateliers, les bureaux, chacun redoute d’être inscrit sur la liste noire des prochaines charrettes de licenciements. Partout, règne la même atmosphère d’inquiétude et d’insécurité.

Mais le chômage n’est pas seulement une situation que les ouvriers "actifs" redoutent pour l’avenir. Cette attaque, ils la subissent déjà dans la réalité quotidienne de toutes leurs conditions de vie.

De plus, l’ensemble de la classe ouvrière voit après chaque vague de licenciements, chaque nouvelle suppression d’emplois, ses conditions de travail empirer, notamment à travers les augmentations de cadences dues aux baisses d’effectifs.

Enfin, l’Etat ne se contente pas seulement de faire peser ainsi le poids du chômage sur le dos des travailleurs. Il exerce encore un chantage crapuleux sur les ouvriers en semant l’illusion que s’ils acceptent les baisses de salaires sans broncher, ils pourront participer à améliorer la compétitivité de leur entreprise et donc s’éviter de nouvelles vagues de licenciements.

Voilà la situation intolérable que subissent les ouvriers au travail, auxquels l’Etat, le patronat, la maîtrise, cherchent en permanence à faire courber l’échine en leur répétant sans cesse: "Si tu n’es pas content, fous le camp. Il y en a cent, il y en a mille dehors qui attendent ta place."

Non seulement les ouvriers au travail sont contraints de faire les frais de la crise du système qui les exploite, mais c’est par centaines de milliers qu’ils sont amenés à subvenir, avec leurs revenus de plus en plus maigres, aux besoins élémentaires des membres de leurs familles déjà au chômage, en particulier de leurs enfants qui ne trouvent pas de travail à la fin de leurs études.

Le seul avenir que peut promettre le capitalisme aux nouvelles générations de prolétaires, c’est la misère absolue, une misère encore plus terrible que celle que subissent aujourd’hui les ouvriers au chômage, ­condamnés à vivre au jour le jour, à courir des journées entières après des offres d’emplois toujours plus rares et pour lesquelles 10, 100, 1000 personnes se déplacent en pure perte.

L’Etat et le patronat obligent ces ouvriers au chômage à accepter n’importe quel petit boulot précaire et sous-payé, amputent régulièrement leurs allocations, voire les suppriment tout simplement. De plus en plus d’ouvriers licenciés sont ainsi réduits au désespoir, parce qu’ils ne trouvent plus les moyens de se loger, se vêtir, se nourrir, eux et leur famille tandis que dans les cités ghettos, un nombre croissant de jeunes chômeurs sont menacés par la délinquance, la drogue, la criminalité.

Ces prolétaires que le capitalisme a définitivement rejetés de la production viennent chaque jour grossir les rangs des indigents que la classe dominante, ses médias aux ordres et ses curés baptisent "nouveaux pauvres" ou "exclus", leur enlevant ainsi toute leur identité de classe afin de les séparer du reste de la classe ouvrière, de les isoler, et d’empêcher une lutte commune entre chômeurs et ouvriers au travail.

De même, toute la bourgeoisie, à travers un matraquage médiatique permanent, cherche à culpabiliser les ouvriers au travail, à les opposer aux chômeurs en les présentant comme des "privilégiés", dont "l’égoïsme" serait responsable de cette situation alors que c’est elle, la classe exploiteuse et son système en crise, qui sont les seuls responsables de la misère et du chômage.

Ceux qui nous gouvernent, ceux qui exploitent la force de travail, ceux qui veulent nous faire payer toujours plus le prix de la faillite de leur système, répètent depuis des années que c’est un mauvais moment à passer, que les sacrifices d’aujourd’hui sont destinés à préparer des lendemains meilleurs. Ils mentent !

Aujourd’hui, comme hier, ils veulent nous faire croire que ce sont les travailleurs "immigrés" qui sont responsables de l’augmentation du chômage. Depuis des années, en France comme dans la plupart des pays industrialisés, on verrouille les frontières, on organise la chasse aux "clandestins", on expulse manu militari des familles entières vers leur "pays d’origine" qu’elles n’ont souvent même pas connu et où les conditions économiques et sociales sont encore plus catastrophiques qu’ici. Malgré ces mesures policières, le chômage n’a cessé de croître inexorablement, frappant aussi bien les travailleurs immigrés que les ouvriers autochtones. Et le langage ne cesse de s’adapter, mais les mensonges restent. Aujourd’hui par exemple, il faudrait croire que toutes les mesures prises – attaque contre les retraites, la santé, les réductions d’allocations aux chômeurs – seraient des réformes nécessaires qui ne pénaliseraient pas ou seulement ceux qui "abusent" !

Tous les gouvernements d’Europe et d’Amérique, de droite et de gauche, prétendent aujourd’hui faire de la lutte contre le chômage la priorité numéro 1. Tous nous racontent que la reprise économique, même si elle n’est pas encore à l’ordre du jour, ne saurait tarder. Ils mentent ! Mensonges aussi que ceux des "alter-mondialistes" qui cherchent à nous faire croire que le chômage ainsi que les autres fléaux pourraient trouver une solution dans un capitalisme bien géré et qui rejetterait le soi-disant libéralisme. Ces mystificateurs nous présentent un capitalisme sans contradictions dans lequel l’Etat, s’il le voulait bien, pourrait être le garant du bonheur de tous et de chacun ! Tous ces menteurs patentés veulent nous faire oublier que les fléaux de la société d’aujourd’hui ne sont que la dramatique illustration de la faillite du capitalisme.

La vérité, c’est que la crise de l’économie mondiale n’a pas d’issue. Quelles que soient les mesures que prendra la bourgeoisie, quels que soient les partis au gouvernement, le système capitaliste ne peut que continuer à s’effondrer. La classe ouvrière ne doit se faire aucune illusion: les sacrifices d’aujourd’hui ne font que préparer des sacrifices encore plus douloureux demain.

Les patrons, les Etats licencient, suppriment les emplois, réduisent les salaires parce qu’ils n’arrivent pas à vendre en quantité suffisante les marchandises produites par les ouvriers. Ils n’arrivent pas à écouler ces marchandises parce que le marché mondial est devenu trop étroit pour absorber l’ensemble de la production de tous les pays. Face à la guerre commerciale à laquelle se livrent tous les requins capitalistes qui se disputent les parts de plus en plus restreintes du marché mondial, toutes les bourgeoisies nationales sont obligées de "rationaliser" leur production.

Pour cela, elles doivent fermer des usines, augmenter la productivité du travail, diminuer les effectifs, accélérer les cadences, baisser les salaires.

Le chômage signe aujourd’hui la faillite du capitalisme

Depuis ses origines, notamment au xixe siècle, le capitalisme a connu des crises qui, à chaque fois, se traduisaient par une poussée du chômage et une dégradation des conditions d’existence du prolétariat. Mais les crises qui accompagnaient régulièrement, de façon cyclique, l’expansion du capitalisme au siècle dernier ne sont nullement comparables à celle que nous vivons aujourd’hui.

En effet, au xixe siècle, à l’époque où le capitalisme était un système en plein développement qui n’avait pas encore conquis toute la planète, les crises de surproduction finissaient toujours par se résoudre grâce à la découverte de nouveaux débouchés dans les régions du monde où prédominaient des modes de productions plus archaïques. C’est par le feu et par le sang que la bourgeoisie naissante qui avait succédé aux seigneurs féodaux, partait à la conquête de nouveaux marchés. Elle a chassé sauvagement les paysans de leurs terres afin de les obliger à vendre leur force de travail au capital. Elle s’est lancée dans les conquêtes coloniales en exterminant des populations entières afin de piller les matières premières et s’ouvrir de nouveaux débouchés.

C’est au prix d’une barbarie inconnue jusque là dans l’histoire de l’humanité que cette nouvelle classe exploiteuse pouvait non seulement écouler le surplus de ses marchandises dans les zones pré-capitalistes, mais aussi étendre son mode de production à toute la planète. C’est au prix de souffrances effroyables que les anciens producteurs de la société féodale sont devenus des prolétaires contraints par la force à se soumettre à l’esclavage de l’exploitation capitaliste.

Mais la situation des premières générations de prolétaires, durant cette période ascendante du capitalisme, malgré son caractère particulièrement inhumain, n’avait pas une signification aussi tragique, une perspective aussi catastrophique que celles auxquelles sont confrontés les ouvriers en ce début du xxie siècle.

Dans la période ascendante du capitalisme, le chômage, même lorsqu’il explosait massivement dans les moments de crise aiguë, n’était jamais de très longue durée. Dès que la crise était résorbée avec l’ouverture de nouveaux marchés, il y avait pour les ouvriers une nouvelle perspective de retrouver rapidement un travail.

Par ailleurs, les chômeurs étaient d’une grande utilité pour la bourgeoisie. Ils constituaient une "armée industrielle de réserve" qu’elle exploitait également dans les périodes de ralentissement économique pour faire baisser les coûts de production et améliorer la compétitivité de ses marchandises. Grâce à cette réserve de main d’oeuvre qui crevait de faim, la classe dominante pouvait faire pression sur les salaires et entraver le développement des luttes ouvrières.

Ainsi, le chômage était à cette époque un phénomène que la classe exploiteuse entretenait et contrôlait parfaitement pour les besoins de l’accumulation du capital.

Pour les prolétaires, malgré la misère et la surexploitation qu’ils subissaient, les conditions de développement du capitalisme leur permettaient non seulement de vendre leur force de travail, mais encore de se constituer en classe, de s’organiser, de développer leur unité, et d’arracher aux exploiteurs des améliorations substantielles et durables de leurs conditions d’existence.

Les crises cycliques du 19ème siècle étaient donc des étapes par lesquelles le système capitaliste devait passer pour continuer sa marche en avant vers l’accroissement des forces productives de la société.

Lorsque le capitalisme atteint son apogée à la fin du xixe siècle, en ayant soumis toute la planète à ses lois économiques, il n’existe plus de zones extra-capitalistes capables d’absorber la surproduction des marchandises des pays industrialisés. La classe dominante se trouve alors confrontée à une saturation du marché mondial. C’est l’ouverture d’une nouvelle période dans l’histoire de l’humanité: celle de la décadence du capitalisme.

Désormais, ce système est gangrené par une crise de surproduction permanente qui, lorsqu’elle se manifeste de façon ouverte, ne peut aboutir qu’à un affrontement armé entre les grandes puissances pour le repartage du marché mondial. C’est ainsi que la Première Guerre mondiale a marqué l’entrée du mode de production bourgeois dans sa période de déclin historique.

Aujourd’hui avec le développement du chômage massif, de plus en plus d’ouvriers se retrouvent dans une situation de dénuement total, sans maison, n’ayant pas les moyens de se vêtir, se nourrir. Un nombre croissant d’entre eux, réduits à l’état d’indigents, lorsque l’Etat leur supprime jusqu’au minimum vital, ne peut survivre que grâce aux associations caritatives et à la mendicité. Si l’on se contentait d’une vision photographique, cette situation ne manquerait pas d’évoquer un retour aux conditions de la classe ouvrière à l’aube du capitalisme.

Cependant, il existe une différence fondamentale entre la situation présente et celle de la période ascendante du capitalisme.

Depuis 80 ans, ce système a atteint ses limites historiques. Il n’a pu se maintenir en vie, de façon artificielle depuis le début du xxe siècle, qu’au prix d’une destruction toujours plus massives des richesses de la société, à travers un cycle infernal de crise-guerre mondiale-reconstruction - nouvelle crise - nouvelle guerre mondiale... En ce sens, les conditions de vie misérables du prolétariat ne sont nullement comparables à celles des ouvriers au siècle dernier.

Alors que le capitalisme avait pour raison d’être essentielle de développer les forces productives en généralisant le salariat comme c’était le cas dans le passé, son incapacité évidente à donner aujourd’hui du travail à des dizaines de millions d’ouvriers signifie que ce système est arrivé au bout du rouleau. Il ne peut prolonger son agonie qu’en continuant à plonger toute la société humaine dans une paupérisation absolue et une barbarie sans nom.

De même, c’est encore l’incapacité du système à surmonter sa crise de surproduction qui est à l’origine des famines dans les pays du tiers-monde car le capitalisme ne produit pas pour satisfaire les besoins humains mais pour vendre ses marchandises. Et lorsqu’il ne peut pas écouler ses stocks, il les détruit. Il est hors de question pour le capitalisme de les distribuer gratuitement car une telle mesure provoquerait nécessairement un effondrement des cours sur le marché. En réalité, un capitalisme qui donnerait ce qu’il produit ne serait plus du capitalisme.

Ainsi, l’absurdité de ce système se traduit par une destruction massive de richesses à un pôle de la société tandis qu’à l’autre pôle, la misère, la pénurie, la faim laminent des millions d’êtres humains.

De l’unification des luttes ouvrières dépend l’avenir de l’humanité

En rejetant de la production des masses sans cesse croissantes de prolétaires, le capitalisme mondial dévoile son vrai visage: celui d’un système qui n’a plus rien à proposer à l’humanité qu’une misère et une barbarie toujours plus effroyables. Il fait la preuve de sa faillite historique.

Ce système ne peut donner un travail et un salaire aux ouvriers, se servir de leurs bras et de leur cerveau, que lorsqu’il a les moyens de surmonter ses crises. Aujourd’hui, s’il plonge des dizaines de millions de prolétaires dans le dénuement le plus total, s’il condamne les deux tiers de l’humanité à la famine, c’est justement parce qu’il n’est plus capable de résoudre les contradictions qui l’assaillent.

Les ouvriers doivent oser regarder la réalité en face: un système qui menace la survie de l’espèce humaine, non parce qu’il ne produit pas assez, mais parce qu’il produit trop, est une absurdité.

Ce système moribond, la classe ouvrière mondiale a la responsabilité de le détruire avant qu’il n’entraîne dans son agonie toute la société. Ce n’est qu’en s’attaquant aux fondements mêmes du capitalisme, en développant et unifiant partout ses luttes contre la misère et l’exploitation, que le prolétariat pourra accomplir sa tâche historique. C’est pour cela que ses luttes immédiates pour la défense de ses conditions de vie portent avec elles une perspective plus globale, celle du renversement du capitalisme, pour la construction d’une autre société sans crise, sans exploitation, sans famines, sans guerres. Une société dont l’activité économique sera déterminée non par la recherche du profit, non par les contraintes du marché, mais par la satisfaction des besoins de toute l’humanité.

Seule cette transformation du monde par le prolétariat pourra mettre définitivement un terme au fléau du chômage car elle nécessitera le concours de tous à la production. L’activité productive, source de richesses pour l’ensemble de l’humanité, ne signifiera plus contrainte et abrutissement, mais au contraire travail propice à l’auto réalisation de tous et de chacun. Tels sont les véritables enjeux des combats de la classe ouvrière. En engageant et développant la lutte contre le chômage sous toutes ses formes, le prolétariat ne s’attaque pas seulement à un aspect de la barbarie capitaliste. Il attaque cette barbarie à sa racine.

A la différence des émeutes sans lendemain dans les pays du tiers-monde ou dans les banlieues des grandes métropoles industrielles, cette lutte est d’emblée un combat à l’échelle de toute la société. Un combat qui porte avec lui, non seulement la défense immédiate du niveau de salaire, mais l’abolition du salariat.

C’est à travers le développement de l’unité et de la solidarité de tous les ouvriers en lutte que le prolétariat prendra conscience de son être en tant que classe révolutionnaire. Cette unité et cette solidarité constituent une nécessité vitale pour le renversement du capitalisme. C’est bien cette unité et cette solidarité qui seront, demain, une des bases sur lesquelles la classe exploitée devra édifier une véritable communauté humaine mondiale. C’est uniquement dans la lutte que les ouvriers au travail pourront affirmer leur solidarité vis-à-vis des chômeurs en comprenant que ces derniers n’ont, s’ils restent isolés, aucune possibilité de s’en sortir.

Les ouvriers au travail doivent se situer aux avant-postes du combat. Participant à une vie collective avec leurs camarades de travail, ils sont, de ce fait, moins exposés que les chômeurs au danger de "lumpénisation" résultant de la décomposition de la société capitaliste (drogue, prostitution, trafic de toutes sortes, débrouille individuelle, délinquance...). Ils ont les moyens de bloquer la production, de paralyser toute l’activité économique capitaliste, et par conséquent d’exercer une pression sur la bourgeoisie, de montrer au grand jour la force du prolétariat.

 

CCI