Licenciements massifs en Allemagne : Le capitalisme dévoile sa faillite

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Dans le n° 360 de Révolution Internationale, dans la deuxième partie de l’article "Plus de trente ans d’aggravation de la crise économique", nous avions mis en évidence que le capitalisme entrait dans une nouvelle phase de récession. En conclusion, nous écrivions : "Alors que la très courte reprise économique de ce début des années 2000 s’est traduite par une accélération massive du chômage et la paupérisation de la classe ouvrière, nous pouvons alors imaginer l’ampleur de l’attaque que le capitalisme tentera d’infliger au prolétariat".

L’Allemagne au cœur  de la tourmente économique mondiale

Depuis quelques semaines, les chiffres tombent comme un couperet, la liste des entreprises qui licencient s’allonge. La bourgeoisie allemande aura profité de la polarisation autour du "suspense" électoral puis sur les choix de la future coalition gouvernementale pour faire passer les attaques et porter les coups les plus durs au prolétariat. Le 28 septembre, la direction de Mercedes-Daimler-Chrysler annonce 8500 suppressions de postes (ce qui représente près d’un emploi sur dix !), plus les 700 envisagés dans sa filiale Smart dès avril. Chez Opel, la direction se prépare à licencier 9100 personnes ; dans la foulée, la maison-mère General Motors annonçait la suppression de 25 000 emplois (sur 180 000) en Amérique du Nord d'ici à 2008 ainsi que la réduction drastique des prestations sociales (retraites et dépenses de santé) versées aux 750 000 salariés et retraités installés aux Etats-Unis, à la suite de la faillite de l'équipementier automobile Delphi qui alimentait un des principaux fonds de pension du pays. Quant à Volkswagen, le plus gros constructeur en Allemagne (345 000 personnes), la presse allemande évoque une fourchette de 10 000 à 14 000 postes menacés. D’autres secteurs sont aussi sur la sellette, par exemple, Siemens, qui emploie 164 000 personnes dans les télécommunications ou le matériel informatique, prévoit 7000 licenciements. L’entreprise américaine, Hewlett-­Packard, a programmé 4500 suppressions de postes en Grande-Bretagne et en Allemagne (en plus des 1240 en France). D’autres entreprises risquent de rallonger la liste des licenciements. Que le capital allemand soit un des plus touchés par cette nouvelle récession, dans ce qui constitue son fleuron, l’industrie de l’automobile, est significatif de l’état dans lequel se trouve le capitalisme mondial. Malgré la modernité de son appareil productif, la qualification très élevée de sa main d’œuvre, le degré de concentration de ses entreprises, la troisième puissance économique mondiale commence à s’essouffler par rapport à ses concurrents. Alors que ses principaux rivaux comme les bourgeoisies française ou japonaise taillaient dans le vif en licenciant à tour de bras à la fin des années 1990, l’Allemagne a mis du temps à faire de même, tablant sur des produits de haute qualité pour tenter de résister. Mais la réalité l’a vite rattrapée. L’Allemagne et son secteur automobile ne sont pas les seuls touchés, des entreprises technologiques de pointe le sont aussi : Hewlett Packard prévoit le 12 septembre de se délester de 14 500 emplois dans le monde, alors que son rival, IBM, avait décidé en mai de licencier 13 000 personnes, le fabricant italo-français de puces électroniques, ST-Microelectronics, va mettre plus de 3000 salariés à la rue, et tout récemment au Japon, Sony annonce la suppression de 10 000 postes et la fermeture de 11 sites sur 65 ! Et dans l’aéronautique, la Compagnie américaine Delta Airlines prévoit d’ici 2007 de se séparer de 7000 à 9000 personnes. Tous ces chiffres donnent le vertige ! Et cela ne peut aller qu’en s’aggravant.

La bourgeoisie fait payer la crise à la classe ouvrière

Face à un marché mondial saturé de marchandises de toutes sortes, la concurrence devient de plus en plus féroce. Pour la bourgeoisie il s’agit d’une guerre commerciale sans merci. Et pour être plus compétitif, il faut baisser les coûts de production, fermer des usines c'est-à-dire s’attaquer à la classe ouvrière. Voici ce que disait le PDG de Volkswagen à l’ouverture du salon automobile de Francfort le 11 septembre dernier : "La vérité, c’est que les coûts salariaux par voiture sont trop élevés. Il faut les réduire, soit en abaissant le salaire horaire, soit en augmentant la productivité ou en réduisant le nombre de salariés". Mais ce que ne dit pas ce grand représentant de la bourgeoisie allemande c’est qu’il a fait tout cela : il a baissé le salaire horaire, avec l’accord du syndicat IG- Metall, faisant passer le temps de travail de 35 à 40 heures, en novembre de l’année dernière, sans compensation salariale avec la promesse de ne pas licencier. On voit ce que valent les promesses de la bourgeoisie car des licenciements sont prévus, et pour ceux qui restent, le taux de productivité va augmenter ! Un exemple : la production d’un monospace, la Touran, est effectuée avec une organisation du travail qui fait tourner les machines jour et nuit. Dans la détermination des salaires n’est pas pris en compte le travail de nuit, l’expérience et la spécialité des ouvriers. Pour faire passer ces mesures auprès des ouvriers, toujours avec l’accord du syndicat, le PDG de Volkswagen a utilisé le chantage de la délocalisation. La direction veut maintenant étendre une telle expérience sur d’autres chaînes de montage. Le futur 4X4 Golf sera ainsi produit avec une économie de 850 euros par véhicule. Le même chantage est exercé envers les salariés de Thyssen/Krupp. Comme beaucoup d'entreprises, le groupe se prépare à exiger une baisse du temps de travail avec une amputation correspondante des salaires en contrepartie "d'un maintien des emplois". Toutes les expériences précédentes -à commencer par celle des salariés de Volkswagen il y quelques années- démontrent que ce "sacrifice" n'empêche nullement les licenciements de tomber quelques mois plus tard !

Ce n'est pas seulement l'ampleur et la gravité de la crise économique mondiale que révèle l'élimination massive et quasi-simultanée de centaines de milliers d'emplois industriels dans les pays qui constituent le cœur du capitalisme, plongeant de nouvelles centaines de milliers de prolétaires dans l'enfer du chômage et de la misère. C'est la faillite du système capitaliste qu'elle met à nu.

Antoine (19 octobre)