Retrait israélien de Gaza : une logique guerrière

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Le 17 août dernier a commencé, à grands renforts de publicité, le retrait israélien de la bande de Gaza. Pour l'occasion, les médias bourgeois nous ont abreuvés de reportages. Aux Palestiniens en liesse étaient opposés des colons israéliens effondrés de devoir quitter leurs lieux d’habitation. Malgré des intérêts impérialistes et guerriers différents, le message que veut faire passer la bourgeoisie des grandes puissances est clair : "C’est un pas vers la paix."

Le plan de désengagement de la bande de Gaza est l’œuvre du premier ministre israélien, le général Ariel Sharon. Celui-ci ne cesse de recevoir des louanges et des félicitations de la part de toutes les grandes capitales du monde : de Bush à Schröder, de Chirac à Blair. Chacun cache ses propres intérêts impérialistes derrière des discours hypocrites sur la paix. De fait, rien ne pourrait freiner la politique israélienne en matière de retrait de la bande de Gaza. L’aile la plus radicale du Likoud, les extrémistes religieux et même Netanyahou qui vient de démissionner du gouvernement Sharon pour exprimer ses divergences, n’étaient en mesure de l’empêcher. Car contrairement à ce qu’affiche publiquement la bourgeoisie, le retrait de la bande de Gaza correspond au mieux aux intérêts guerriers de l’impérialisme israélien.

Le désengagement israélien sur cette minuscule bande de terre que représente Gaza, où vivent parqués plus d'un million et demi de Palestiniens, concerne le départ de 7000 colons. L’Etat israélien payait extrêmement cher jusqu’à présent, en termes économiques et militaires, sa présence sur un petit morceau de territoire qui ne possède pas d’intérêts stratégiques particuliers. De fait, le retrait va simplement transformer la bande de Gaza en une immense prison. Dans la plus grande des misères et dans un chaos généralisé, ce sont dorénavant les différentes fractions armées bourgeoises palestiniennes y compris, l’Autorité palestinienne en pleine crise, ainsi que le Hamas, qui vont y faire régner leur loi. Quant à l’armée israélienne, elle y interviendra si nécessaire, gardant ce territoire sous haute surveillance. La population de Gaza ne peut que se retrouver plongée dans des conditions de vie toujours plus effroyables. Instabilité, violences, révoltes et désespoir vont encore gagner du terrain, faisant le lit du radicalisme religieux et du terrorisme.

Ce pseudo-pas vers la paix du capitalisme, se traduit dans la politique de la "terre brûlée" qui consiste à tout détruire avant de se retirer : habitations, cultures, irrigations etc….

La fuite en avant impérialiste de l’Etat d’Israël

L’objectif essentiel du plan de retrait de Sharon a pour destinée, sous couvert de paix et de bonne volonté israélienne dont le retrait de la bande de Gaza serait une concrétisation historique, de masquer l’offensive que cet Etat mène en Cisjordanie. En vingt cinq ans, le rythme d’augmentation de la population israélienne dans les territoires occupés a plus que triplé, atteignant actuellement environ 250 000 personnes. Le nombre d’Israéliens qui se sont installés dans des quartiers construits sur le territoire municipal annexé de Jérusalem-Est, a été multiplié par cinq depuis la même époque, pour monter à plus de 200 000 aujourd’hui. Mais ce rythme s’est particulièrement accéléré au cours de la dernière période. Le Gouch Etzyon est ainsi le premier bloc que le gouvernement Sharon essaie de placer du bon côté de la clôture de séparation. Depuis, les villes de Kafr Abbouch et Naplouse au Nord, en passant par Jérusalem Ouest et Est, jusqu’à Hébron et Rihiya au sud, la Cisjordanie est aujourd’hui recouverte de murs censés protéger, en les séparant, les populations israélienne et palestinienne. Tout ceci, n’est qu’un mensonge, ayant pour objet de cacher la réalité de la politique expansionniste de l’Etat d’Israël. Tout en reconnaissant à la demande expresse de l’administration Bush l’existence de "centres israéliens de population" en Cisjordanie, cela permettait à Sharon d’affirmer ouvertement le réel sens de sa politique : "Le gouvernement fera tout pour renforcer le contrôle israélien sur tout le territoire destiné à être intégré à l’Etat d’Israël, dans le cas d’un accord diplomatique…". Encore aujourd’hui, derrière l’écran de fumée idéologique du retrait de Gaza, dans l’implantation de Bata-Illit, en Cisjordanie, ce sont quelques 640 unités de logements qui viennent d’obtenir un permis de construire, tandis qu’en Gival Tal, une petite colonie proche d’Alfei Menaske, ce ne sont pas moins de 1000 unités qui sont en chantier. (Courrier international, 28/07/05). La bourgeoisie israélienne, dans son offensive impérialiste, se doit nécessairement de contrôler la Cisjordanie, quelles que soient par ailleurs les conséquences en terme de développement du chaos et de la barbarie. La Cisjordanie s’avère être une plaque tournante géostratégique de première importance. Cette région est en effet frontalière avec la Jordanie, mais surtout avec le Liban et la Syrie. La confrontation impérialiste permanente entre la Syrie et Israël place donc la Cisjordanie au centre d’enjeux vitaux, que la montée des tensions entre l’Iran, Israël et les Etats-Unis ne fait qu’exacerber.

De son côté, la bourgeoisie palestinienne, même au sein d’une Autorité particulièrement affaiblie et plus divisée que jamais depuis la mort de son leader historique Arafat, ne peut que réagir de plus en plus violemment pour défendre ses propres intérêts. Les mouvements les plus radicaux de la bourgeoisie palestinienne, tels le Hamas, par delà les discours idéologiques apaisants de circonstance, vont être poussés eux-mêmes dans une fuite en avant guerrière. La Cisjordanie aujourd’hui est une véritable poudrière, où populations israélienne et palestinienne maintenant séparées par des murs et des barbelés, seront exposées au même développement de la misère, aux explosions de frustration et de colère, creusant le lit du radicalisme et du terrorisme le plus aveugle. La Cisjordanie, transformée en gigantesque ghetto abritant une population désespérée, encore beaucoup plus nombreuse et privée de tout que dans la bande de Gaza, est vouée à s'enfoncer dans un chaos sanglant.

Un pas de plus dans la décomposition

Au Moyen-Orient, la montée de la guerre et du chaos s’accélère, et les discours sur la paix tenus par les grandes métropoles capitalistes et les bourgeoisies israélienne comme palestinienne ne pourront rien y changer. L’hypocrisie de la politique des bourgeoisies locales ne peut que provoquer une accélération de la décomposition dans toute la région. Le prolétariat n’a rien à attendre des mensonges de la bourgeoisie sur la paix. Dans le capitalisme, il ne peut exister que la paix des tombes. Les poisons nationalistes et religieux qui prolifèrent tout particulièrement dans cette région, que ce soit du côté palestinien ou israélien ne peuvent conduire qu’à l’enfoncement dans une barbarie croissante.

Tino (24 août)