Centenaire du journal L'Humanité : Comment le PCF falsifie sa longue histoire au service du capital

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Le 17 avril de cette année, le PCF a fêté le centenaire de la naissance du journal L'Humanité. Cet anniversaire, particulièrement marqué par un numéro spécial censé retracer la vie de ce journal, avait été lancé depuis près d'un an à coups de forums et de débats, agrémentés d'articles rassemblés sous une même rubrique appelant à "des futurs d'humanité". Prenant des poses "communistes" et "révolutionnaires", le PCF s'y vautre dans un de ses exercices préférés : la falsification de l'histoire du prolétariat et de la sienne propre. Il serait fastidieux et inutile de reprendre l'ensemble des exemples qui montrent qu'il s'agit d'une nouvelle tentative du PCF de détruire la conscience ouvrière et toute réflexion sur ce qu'est le PCF : un parti bourgeois à part entière.


Il suffit de citer par exemple l'interview de Marc Ferro, prétendu historien du mouvement ouvrier, dont L'Humanité utilise la "compétence" pour faire passer l'idée crapuleuse et propre à tous les mensonges bourgeois que la Révolution russe aurait été le résultat d'un coup d'Etat fomenté par le cerveau "génial" d'un Lénine manipulateur des masses et soutenu d'une poignée d'individus à sa botte. Par contre, pas un mot du PCF dans cette grande fresque "historique" sur le fait qu'il a soutenu la politique de Staline et les exactions commises en URSS et dans le monde contre la vieille garde bolchevique et les ouvriers révolutionnaires, dénoncée dans les colonnes de L'Humanité de l'époque comme traîtres à la "patrie" soviétique. Pas un mot sur les dénonciations aux nazis et à l'Etat pétainiste des éléments de la Gauche communiste au moment du pacte germano-soviétique. Pas un mot sur la contribution du PCF au déboussolement de la classe ouvrière et à son embrigadement vers la Seconde Guerre mondiale dans les années 1930. Pas un mot sur les mots d'ordre "A chacun son boche" faisant la Une de L'Humanité à la Libération. Pas un mot encore sur Thorez appelant les ouvriers à "retrousser les manches" pour la reconstruction de l'économie française, c'est-à-dire à leur faire accepter l'exploitation la plus forcenée. Le PCF fait encore bien des impasses qu'on ne pourrait citer sur sa véritable histoire (Voir notre brochure : "Comment le PCF est passé au service du capital"). Un des clous de cet anniversaire révélateur de l'entreprise crapuleuse qu'il constitue se trouve, dans son éditorial du 17 avril, où le PCF, porté par son élan de magouilleur patenté, va jusqu'à rassembler l'authentique socialiste Jean Jaurès, fondateur du journal en 1904, et… Nelson Mandela[1] (1) !

Mais au-delà même de cet effort du PCF pour prouver à la bourgeoisie toute sa fidélité, cette mise en scène autour de la création de L'Humanité s'intègre dans les différentes tentatives du PCF visant à ravaler sa façade rongée par plus de soixante ans de soutien indéfectible aux pires horreurs du stalinisme en opérant un énième lifting "communiste", version plus "humaniste".
Dans les années 1990, suite à l'effondrement du bloc de l'Est et devant la faillite ouverte historique du capitalisme stalinien, le PCF avait cherché à se refaire une santé en se prévalant d'un "nouveau projet communiste", d'une "mutation" en son sein, pour tenter de se laver de l'image stalinienne qui lui collait à la peau dans la classe ouvrière. Il avait tenté en l'occurrence de faire croire à un retour aux sources, à ce qui avait été un moment de ses origines, à savoir la constitution en 1920, sous la poussée de la Révolution russe et du mouvement ouvrier mondial, d'un parti authentiquement prolétarien, expression véritable de la vague révolutionnaire internationale de 1917 et du début des années 1920. Dans ce but, on avait vu l'apparition d'une "Gauche communiste", issue du PCF et se réclamant des acquis de la Révolution russe mais aussi et surtout mettant l'accent sur l'apport des groupes révolutionnaires qui cherchèrent à tirer les leçons de 1917 et qui poussèrent à une réflexion de fond sur la dégénérescence des années 1920-1930. Il s'est avéré que la tentative a fait long feu car elle n'a pas permis au PCF de se doter d'une virginité révolutionnaire à travers la mise en place de cette prétendue "Gauche communiste" née du PCF, et non pas l'expression vivante de la réflexion issue du camp révolutionnaire suite à la dégénérescence de l'Internationale communiste dès les années 1920[2] (2).
Alors que le PCF a passé le plus clair de son existence à combattre les héritiers de la social-démocratie, on le voit à présent s'en prévaloir et relier son "fil rouge" avec l'avant-Première Guerre mondiale et avec cette social-démocratie tant honnie, manière d'affirmer qu'il serait le représentant unique et authentique de la filiation entre le mouvement ouvrier du passé et celui d'aujourd'hui. Il y a deux raisons à cela. La première est une fois de plus d'éloigner le spectre du stalinisme qui plane peu ou prou encore sur lui en se faisant l'héritier de la période du mouvement ouvrier d'avant la Révolution russe, liée directement et de façon profondément mensongère par les médias bourgeois au stalinisme. C'est d'ailleurs pour cela que le PCF s'efforce d'en salir et d'en dénaturer la vraie signification, pour mieux s'en démarquer et du même coup se démarquer du stalinisme lui-même. Le PCF révèle donc ici une nouvelle fois le caractère profondément bourgeois de sa nature.
La deuxième raison est de contribuer à faire oublier que la social-démocratie a trahi le prolétariat en 1914 par l'union sacrée aux côtés de la bourgeoisie dans la guerre mondiale et que c'est même la SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière), représentée par le journal L'Humanité, qui a directement envoyé des millions de prolétaires à la mort jusqu'en 1916 sous les différents gouvernements Viviani.
Lorsque le PCF se constitue en 1920 à Tours, ce sera avec nombre d'anciens sociaux-démocrates qui, s'ils n'avaient pas tous trahi en 1914, étaient très fortement gangrénés par l'opportunisme. Ce fut d'ailleurs un signe manifeste de cet opportunisme congénital du PCF qu'il reprenne le titre du journal de Jaurès. Ce dernier, s'il était sans conteste un socialiste convaincu et un ardent et authentique défenseur des intérêts ouvriers, était tout autant plutôt un socialiste "humaniste" sans attache profonde avec le marxisme, et s'il était un pacifiste des plus militants, il n'en était pas moins un patriote parmi les plus ardents.
Il faut répéter ici que le PCF, ainsi que tous les partis staliniens, qu'ils aient disparu ou qu'ils soient encore actifs, n'est plus depuis le début des années 1930 une organisation de défense des intérêts ouvriers.
Depuis plus de soixante-dix ans, le PCF a été un défenseur inconditionnel du capital national et un des plus dangereux et pernicieux ennemis de la classe ouvrière, un des pires représentants de la contre-révolution stalinienne en France et dans le monde.
Rappelons qu'il a été un des fers de lance de l'opposition au mouvement de Mai 68 en France, dénonçant et attaquant physiquement nombre de grévistes.
Et c'est au travers de sa participation active au gouvernement, au début des années 1980 et dans les années 1990, qu'il a encore assumé sa fonction de parti anti-ouvrier.

Mulan (21 mai)

[1] Nelson Mandela, présenté (et pas seulement par le PCF !) comme l'exemple vivant du vieux lutteur héroïque n'est qu'un ancien petit chef mafieux et nationaliste, longtemps à la solde du bloc russe. Ce récent ex-chef de l'Etat sud-africain a été avant tout un des plus féroces responsables de la répression anti-ouvrière et contre les populations noires ou blanches, après comme pendant "l'apartheid". On est bien loin de la continuité avec Marx et Engels !

[2] Même le "Mouvement pour la paix" qui restait son seul fonds de commerce est parti en lambeaux avec sa participation au gouvernement de la gauche plurielle qui a lui-même voté comme un seul homme la participation de l'impérialisme français aux expéditions guerrières en Afrique comme derrière les Etats-Unis en Irak en 1991 ou contre la Serbie en 1999.