Histoire du mouvement ouvrier - Lénine : un grand combattant du prolétariat mondial
Le 21 janvier
1924 mourait un des plus grands combattants du prolétariat. Quatre
vingt ans après, plus que jamais, il importe de rétablir
la vérité sur le rôle véritable de Lénine
et du parti bolchevik. Les révolutionnaires d'aujourd'hui se
doivent de mettre en évidence que toute sa vie fut consacrée
à la lutte pour l'émancipation de la classe ouvrière
et non à l'établissement sur celle-ci d'une des formes
les plus barbares d'exploitation et d'oppression capitaliste comme l'a
été le stalinisme.
Avant même que de se faire connaître par l'établissement d'une terreur policière sans aucune mesure dans l'histoire, le stalinisme a commencé sa carrière comme défenseur de la thèse de la "construction du socialisme dans un seul pays". Dès 1925, Staline se fait le porte-parole de cette conception qui s'inscrit complètement en faux avec toute la vision qui avait été défendue auparavant dans le mouvement ouvrier. En effet, dès ses origines, celui-ci se présente comme un mouvement international dans la mesure où, comme l'écrivait Engels dès 1847 : "La révolution communiste (...) ne sera pas une révolution purement nationale ; elle se produira en même temps dans tous les pays civilisés (...) Elle exercera également sur tous les autres pays du globe une répercussion considérable et elle transformera complètement et accélérera le cours de leur développement. Elle est une révolution universelle ; elle aura, par conséquent, un terrain universel." (Principes du Communisme).
Lénine, défenseur exemplaire de l'internationalisme prolétarien
C'est pour cela que la thèse du "socialisme en un seul
pays" constitue une véritable trahison des principes de
base de la lutte prolétarienne et de la révolution communiste.
En particulier, cette thèse, présentée par Staline
comme un des "principes du léninisme", constitue l'exact
contraire de la position de Lénine :
- "La révolution russe n'est qu'un détachement de l'armée socialiste mondiale, et le succès et le triomphe de la révolution que nous avons accomplie dépendent de l'action de cette armée. C'est un fait que personne parmi nous n'oublie (...). Le prolétariat russe a conscience de son isolement révolutionnaire, et il voit clairement que sa victoire a pour condition indispensable et prémisse fondamentale, l'intervention unie des ouvriers du monde entier." ("Rapport à la conférence des comités d'usines de la province de Moscou", 23 juillet 1918).
L'internationalisme intransigeant de Lénine, marque de son adhésion
totale au combat du prolétariat pour son émancipation,
est une constante de toute sa vie. Il s'exprime en particulier en 1907,
lors du congrès de Stuttgart de l'Internationalisme socialiste,
lorsque, en compagnie de Rosa Luxembourg, le plus grand nom du prolétariat
d'Allemagne et de Pologne durant tout le début du 20e siècle,
Lénine mène le combat pour faire adopter par les délégués
un amendement durcissant la résolution contre la guerre impérialiste.
De même, Lénine participe activement au combat de la gauche
de l'Internationale pour faire du congrès extraordinaire de Bâle
en 1912 une manifestation retentissante contre la menace de guerre.
Mais c'est au cours de la Première Guerre mondiale que l'internationalisme
de Lénine trouve toute sa mesure. Sa dénonciation des
"social-chauvins", mais aussi des "centristes" qui
ne savent opposer à la boucherie impérialiste que des
gémissements pacifistes, fait partie des pages les plus lumineuses
de l'histoire du mouvement ouvrier. En particulier, à Zimmerwald,
en septembre 1915, Lénine est l'animateur de la gauche de la
conférence rassemblant les délégués des
différents courants socialistes qui, en Europe, s'opposent à
la guerre. Sa position se distingue de celle du "Manifeste"
adopté par la conférence en affirmant clairement que "la
lutte pour la paix sans action révolutionnaire est une phase
creuse et mensongère" et en appelant à la "transformation
de la guerre impérialiste en guerre civile", mot d'ordre
précisément indiqué par les résolutions
de Stuttgart et de Bâle.
L'internationalisme de Lénine ne s'éteint pas avec la
victoire de la révolution en Octobre 1917. Au contraire, il conçoit
celle-ci uniquement comme premier pas et marchepied de la révolution
mondiale. C'est pour cela qu'il prend un rôle déterminant,
en compagnie de Trotski, dans la fondation de l'Internationale Communiste,
en mars 1919. En particulier, c'est à Lénine qu'il revient
de rédiger un des textes fondamentaux du congrès de fondation
: les "Thèses sur la démocratie bourgeoise et
la dictature du prolétariat".
Du temps de Lénine, l'I.C. n'avait rien à voir avec ce
qu'elle est devenue par la suite sous le contrôle de Staline :
un instrument de la diplomatie de l'Etat capitaliste russe et le fer
de lance de la contre-révolution à l'échelle mondiale.
Mais la vie militante de Lénine ne saurait se résumer
à son internationalisme inflexible. Sur pratiquement toutes les
questions importantes qui se posaient à la classe ouvrière,
les positions de Lénine figuraient parmi les plus claires et
intransigeantes.
Les combats de Lénine pour la révolution
Dès le début de son activité militante, à
la fin du XIXè siècle, Lénine se distingue dans
le mouvement socialiste en Russie par son combat en profondeur contre
le "populisme" et le "socialisme agraire". Pendant
des années, ce courant avait fait reposer l'élimination
du joug tsariste sur l'action de petites minorités d'intellectuels
révoltés adeptes de l'action terroriste, et avait idéalisé
la paysannerie comme agent de la régénération de
la société en Russie. Aux billevesées d'un mouvement
qui, en 1917-18, allait se retrouver, avec les "socialistes révolutionnaires",
aux côtés de la bourgeoisie, Lénine oppose la vision
marxiste qui fait du prolétariat la seule classe capable, non
seulement de conduire le renversement du tsarisme, mais aussi de réaliser
la seule alternative possible au capitalisme, la révolution socialiste.
Durant la même période, Lénine est également
à l'avant-garde de la lutte contre le "marxisme légal"
qui, au nom de la nécessité du développement du
capitalisme en Russie comme condition de la constitution d'un prolétariat
fort, conduit à se mettre à la traîne et à
la solde de la bourgeoisie libérale.
Cette action déterminée en faveur du combat de classe,
Lénine la poursuit au début du siècle lorsqu'il
oppose (en particulier dans Que faire ?) à l'opportunisme des
"économistes" (qui préconisent de se mettre
à la queue des illusions réformistes pesant sur les ouvriers)
la vision d'une lutte politique pour la prise de conscience dans le
prolétariat de ses objectifs révolutionnaires. Cette même
détermination, nous la retrouvons, lors du 2ème congrès
du Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie en 1903, dans la
défense par Lénine et les bolcheviks du parti révolutionnaire
en tant qu'organisation de combat composée de militants convaincus
et déterminés. En cette circonstance, Lénine s'oppose
aux mencheviks qui proposent une conception floue et opportuniste du
parti et qui véhiculent, en réalité, l'idéologie
petite bourgeoise caractéristique des éléments
intellectuels pour qui l'action révolutionnaire est conçue
comme une sorte de "hobby". Ce combat contre les mencheviks
se poursuit lors de la révolution de 1905, en Russie. Ces derniers,
considérant que les conditions de la révolution prolétarienne
ne sont pas encore mûres dans ce pays, n'ont rien d'autre à
proposer aux ouvriers que de constituer une force d'appoint pour la
bourgeoisie "démocratique", c'est-à-dire à
renoncer à la défense de leurs intérêts de
classe. En revanche, même s'ils ne sont pas tout à fait
clairs sur la nature de la révolution de 1905 (révolution
démocratique bourgeoise contre le tsarisme ou "répétition
générale" de la révolution prolétarienne),
Lénine et les bolcheviks ont le mérite de mettre en avant
la nécessité pour le prolétariat de préserver
et défendre fermement son indépendance et ses intérêts
de classe. De plus, au cours de cette révolution, Lénine
est un des premiers (avec Trotski) à avoir compris, contre la
majorité des bolcheviks (et notamment Staline) que les "soviets",
c'est-à-dire les conseils ouvriers, que s'était donnés
la classe ouvrière dans son combat, constituaient l'organe de
sa prise de pouvoir, "la forme enfin trouvée de la dictature
du prolétariat".
Après l'écrasement de la révolution, alors que
la démoralisation et le désarroi pèsent sur la
classe ouvrière et son avant-garde, alors que se développe
dans le parti le courant des "liquidateurs" qui tend à
renoncer à la nécessité d'une organisation politique
du prolétariat, Lénine se retrouve de nouveau aux avant-postes
dans le combat pour la défense de l'organisation. Ainsi, comme
en 1903, sa lutte pour la construction d'une organisation militante
constitue le complément indissociable de la lutte pour l'indépendance
de classe du prolétariat, pour sa prise de conscience des buts
et des moyens de son combat.
Cette lutte permanente de Lénine, nous la retrouvons, comme nous
l'avons vu, tout au long de la guerre mondiale qu'il analyse comme la
manifestation de l'entrée du capitalisme dans sa période
de décadence mettant à l'ordre du jour la révolution
prolétarienne internationale. Elle va s 'intensifier encore,
évidemment, lorsque éclate la révolution de février
1917, en Russie. Dès que Lénine réussit à
retourner dans ce pays, il mène le combat pour la préparation
de la révolution communiste. En particulier, ses "thèses
d'Avril" constituent le véritable programme de la révolution
: aucun soutien, même "critique", de la guerre impérialiste
et du gouvernement provisoire bourgeois qui s'est mis en place suite
à la révolution de février ; seul le renversement
du capitalisme peut mettre fin à la guerre ; contre la république
parlementaire : tout le pouvoir aux soviets ; nécessité
d'une propagande patiente du parti auprès des masses ouvrières
pour les convaincre de ces nécessités ; prendre l'initiative
de la création d'une Internationale révolutionnaire, d'une
Internationale contre les social-chauvins et le "centre".
Ce combat, Lénine doit le mener d'abord au sein du parti bolchevik
qui, sous la conduite de Staline et de Kamenev, s'était retrouvé
aux côtés des socialistes révolutionnaires et des
mencheviks dans le soutien au gouvernement provisoire. S'appuyant sur
la base ouvrière du parti, il réussit à le gagner
à ses positions et à l'armer politiquement pour la révolution.
Ensuite, toute l'action de Lénine consiste à préparer
les conditions d'une insurrection victorieuse, y compris en s'opposant
à une insurrection prématurée, en juillet. Mais,
lorsque la situation est mûre, il mène un nouveau combat
déterminé en faveur de la prise du pouvoir immédiat
par les soviets. En même temps, il rédige un de ses livres
fondamentaux, L'Etat et la révolution, dans lequel il rétablit
la conception marxiste de l'Etat, falsifiée par les opportunistes.
Il insiste sur le fait que la classe ouvrière ne peut, en aucune
façon, utiliser l'état bourgeois pour ses propres desseins
; qu'elle doit le détruire de fond en comble et mettre en place
la dictature du prolétariat organisé en conseils ouvriers
! Cette dictature de classe doit s'exercer sur l'Etat de la période
de transition. "Semi-état" au sens d'Engels, celui-ci
est voué non à son renforcement, mais à son extinction
à mesure que la révolution avancera. Le prolétariat
organisé de façon autonome veillera à ce que les
fonctionnaires élus soient contrôlés en permanence,
afin de pouvoir les révoquer immédiatement s'ils s'écartent
du mandat reçu. Jamais le prolétariat ne tolérera
au sein de cet état de privilège particulier. On est là
aux antipodes de l'état policier, de la terreur sur les masses
exploitées, des privilèges pour les apparatchiks sur lesquelles
s'est établi le stalinisme. En fait, il existe autant de différence
entre Lénine et le stalinisme qu'entre Lénine et la contre
révolution.
D'ailleurs, après la prise du pouvoir par les soviets, en octobre
1917, Lénine va être conduit à mener le combat contre
les premières manifestations de ce qui allait devenir le stalinisme.
La lutte de Lénine contre l'essor du stalinisme
La guerre civile déchaînée par les "blancs"
avec le soutien de toute la bourgeoisie mondiale, l'effondrement économique
et la famine qui en résultent, l'isolement tragique dans lequel
la défaite du prolétariat mondial plonge la révolution
en Russie ne peuvent que mener celle-ci dans une impasse. L'Etat qui
a surgi après la révolution échappe de plus en
plus au contrôle d'une classe ouvrière désarticulée
par la guerre civile et la catastrophe économique. Il tend à
absorber de façon croissante le parti bolchevik au sein duquel
le poids des bureaucrates se fait sentir toujours plus. Staline est
justement le représentant le plus éminent de cette couche
de bureaucrates dont le pouvoir et les privilèges naissants entrent
en opposition avec la révolution à l'échelle mondiale.
C'est pour cela qu'il se fait le porte-drapeau du "socialisme en
un seul pays" : il ne s'agit plus de faire de l'URSS un levier
de la révolution internationale, mais de se replier sur le renforcement
de l'économie nationale et de son état. Et dans un monde
dominé par le capitalisme, l'une et l'autre se développent
nécessairement sur le terrain capitaliste. La défaite
internationale du prolétariat ne pouvait conduire qu'à
la contre-révolution bourgeoise en Russie même. Staline
et sa clique se sont faits les agents de cette contre-révolution.
Et si, en Russie, celle-ci a pris les formes les plus barbares qu'on
puisse imaginer : la terreur policière, les déportations
massives, les "procès de Moscou" contre les anciens
dirigeants du parti, l'extermination de toute la génération
de 1917, c'est justement qu'il fallait extirper jusqu'à la moindre
trace tout ce qui pouvait rappeler l'esprit et la grandeur d'Octobre.
Avant sa mort, en janvier 1924 ( en fait, il était impotent depuis
1923), Lénine, pas plus que n'importe quel révolutionnaire,
ne pouvait imaginer ce que serait le stalinisme. Cependant il est conscient
d'un certain nombre des dangers qui se profilent. C'est ainsi que, dès
1920, dans le débat au sein du parti bolchevik à propos
des syndicats, Lénine affirme que : "Notre Etat est tel
aujourd'hui que le prolétariat totalement organisé doit
se défendre, et nous devons utiliser ces organisations ouvrières
{les syndicats} pour défendre les ouvriers contre leur Etat..."
("Les syndicats, la situation actuelle et les erreurs de Trotski",
30/12/1920). Jusqu'à la fin de sa vie, Lénine a mis en
garde contre le danger de la gangrène bureaucratique, même
s'il était incapable de proposer une parade efficace contre un
phénomène inéluctable. De même, dans les
derniers jours de sa vie active, il tente (notamment dans son "testament"
du 4 janvier 1923) d'écarter Staline du poste de secrétaire
général où il est en train d'accumuler un pouvoir
énorme dont il abuse de façon brutale. Mais cette tentative
est vaine : Staline contrôle déjà la situation,
même s'il n'est pas encore le satrape, le tyran sanguinaire qu'il
deviendra par la suite.
Aujourd'hui, la plupart des plumitifs de la bourgeoisie, en établissant
une identité entre le stalinisme et le communisme, rangent dans
le même sac Staline, Lénine et Marx. Comme tous les révolutionnaires,
comme Marx lui-même, Lénine a commis des erreurs. Mais
de la même façon qu'on ne peut critiquer les erreurs de
Marx qu'en se situant dans le cadre du marxisme, on ne peut faire la
critique de celles de Lénine qu'en partant des apports considérables
qu'il a donnés au mouvement ouvrier, tant sur le plan théorique
que sur le plan pratique. Ces apports, en même temps que l'ensemble
du marxisme, le prolétariat devra les refaire siens s'il veut
être en mesure de mettre fin à la barbarie capitaliste
et de s'acheminer vers la société communiste.





