Editorial

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Les bruits de bottes guerrières de la bourgeoisie des pays développés résonnent de plus en plus brutalement sur la planète. La fameuse promesse de 1990 faite par Bush père, et relayée par les médias bourgeois, d'un "nouvel ordre mondial" s'est révélée n'être qu'un cynique mensonge masquant l'ouverture d'une période où c'est la guerre qui est plus que jamais devenue permanente et menaçante pour toute l'humanité. Ce sont ceux qui n'ont dans la bouche que les mots de "paix", "d'humanitaire", de "lutte contre le terrorisme international" et autres vocables lénifiants pour justifier leurs exactions guerrières qui sont en réalité les dignes défenseurs d'un système résolument dirigé vers la destruction de masse d'êtres humains, un système pris dans une fuite en avant inexorable vers la barbarie sans fin. Chaque "règlement" d'un conflit en amène un autre, à une vitesse sans cesse accélérée. Ainsi, la terrible démonstration de force américaine en Afghanistan a eu pour résultat immédiat la déstabilisation aggravée des pays alentour, avec la menace permanente d'un conflit entre deux puissances nucléaires, l'Inde et le Pakistan. A peine cette intervention meurtrière, à laquelle se seraient jointes volontiers les autres puissances occidentales si les Etats-Unis leur en avaient laissées le loisir, est-elle terminée que c'est l'Irak qui est visé, ouvrant la voie à de nouveaux massacres. Car si les grandes puissances sont pour l'instant divisées sur la nécessité de cette intervention, ce n'est nullement de leur part par souci de préserver des vies humaines, mais parce que les intérêts de ces vautours sont de plus en plus aiguisés, irréconciliables et porteurs de nouveaux champs de bataille, même si c'est par puissances secondaires interposées.

Ce sont tous des barbares !

Barbares sont les Bush et Blair qui appellent une nouvelle fois à la croisade anti-Saddam Hussein, onze ans après les massacres en Irak qui ont vraisemblablement fait un demi-million de morts (plus de 200 000 sont officiellement reconnus) dans la population irakienne. Mais tout aussi barbares sont les Etats qui, au sein de l'ONU, n'ont à la bouche, comme la France, que le prétendu respect de la "légalité internationale" pour s'opposer à l'intervention militaire américaine en Irak. Il n'y a dans cette opposition aucune volonté d'éviter à la population irakienne une nouvelle plongée dans l'horreur, mais l'expression des luttes intestines auxquelles se livrent tous ces rapaces. Rappelons-nous qu'à l'époque, avant de participer pleinement et sans réserve à la boucherie, la France, par la voix de Mitterrand, avait été récalcitrante à se plier aux plans américains. De même que, afin de mieux légitimer a posteriori la guerre contre le "sanguinaire tyran" de Bagdad, tous les alliés de la coalition se sont retrouvés d'accord et sans état d'âme pour précipiter les minorités chiite et kurde dans une rébellion qui sera écrasée dans le sang par les troupes d'élite de Saddam Hussein, soigneusement épargnées par les "alliés". Ce dernier n'a en effet rien à leur envier comme massacreur mais son régime de terreur et d'exactions de tous ordres sur la population sert d'autant mieux de justification à l'offensive et aux pressions de l'Amérique en vue d'une intervention "préventive".

Moins de six mois après la fin des bombardements sur l'Irak en mars 1991, ce sont les mêmes requins que l'on a retrouvé aux prises dans le conflit instigué en ex-Yougoslavie par les appétits impérialistes grandissants de l'Allemagne réunifiée qui appelait la Croatie (après la Slovénie) à proclamer son indépendance vis-à-vis du pouvoir de Belgrade. C'est au nom du "droit d'ingérence" et de "l'humanitaire" qu'on pouvait voir France, Grande-Bretagne, Etats-Unis, et Allemagne en catimini, armer et avancer leurs pions locaux respectifs, pendant que se déroulait un génocide dont ces infâmes hypocrites se moquaient éperdument mais sur lequel tous s'appuyaient pour "justifier" leur présence militaire. Pendant huit ans, ils n'ont fait que semer la désolation, la misère et provoquer la mort de centaines de milliers de personnes pour achever leur "œuvre" dans la guerre au Kosovo et en Serbie en 1999, destinée à "sauver" les populations albanaises d'un autre "tyran" tout trouvé, Milosevic, que les Etats-Unis eux-mêmes et surtout la France avaient activement soutenu pendant la "purification ethnique" contre la population bosniaque.

Le Proche-Orient est une autre région mise à feu et à sang. On nous parle du conflit irréductible entre Juifs et Arabes, de la folie aventurière de Sharon et de celle des fractions islamistes radicales comme les "martyrs" d'Al Aqsa, le Hamas ou le Djihad. Bien sûr, autant les uns que les autres sont des crapules cyniques qui embrigadent et fanatisent des prolétaires pour les envoyer au massacre : soldats de Tsahal terrorisés, abreuvés de discours nationalistes, qui tirent même sur des enfants ; kamikazes palestiniens qui se font exploser au milieu de la foule. Mais une fois encore, les premiers responsables du déchaînement de cette horreur quotidienne qui a fait 2500 morts depuis le déclenchement de la deuxième Intifada en septembre 2000, ne sont autres que ceux qui composent le "quartet" (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, ONU) censé servir d'interlocuteur diplomatique entre les différentes fractions en présence pour "trouver une issue" au conflit.

En Afrique, les monstrueux massacres de 1994 au Rwanda, perpétrés sous la houlette de l'Etat français aux prises avec l'avancée des Etats-Unis via le Burundi dans la région des Grands Lacs, ont été le signe indubitable de la plongée définitive de ce continent dans une décomposition irrémédiable. La barbarie sous toutes ses formes constitue le lot commun de tous les pays, comme viennent encore l'illustrer les récents affrontements en Côte d'Ivoire. L'avenir de ce pays c'est la RDC (ex-Zaïre) qui l'indique, la désagrégation totale de toute la société.
Sur toute la planète s'étend le "war game" capitaliste, décadent, décomposé. Massacres innombrables d'êtres humains, déchaînement de la fureur guerrière, montée des pires fanatismes religieux et des haines raciales, misère galopante sur tous les continents, voilà la seule perspective que le capitalisme et sa bourgeoisie qui le défend bec et ongles peuvent offrir aux six milliards d'êtres humains qui peuplent le monde.

Et seul le prolétariat international peut y mettre fin. C'est lui qui a pu mettre fin à la Première Guerre mondiale par le développement de luttes révolutionnaires de même que c'est l'ouverture de ses combats de classe qui, depuis 1968, a empêché le déclenchement d'une troisième guerre mondiale entre les blocs de l'Est et de l'Ouest. C'est la classe ouvrière qui, plus que toute autre partie de la population, paie dans sa chair le prix de la guerre. Des prolétaires sont embrigadés de gré ou de force dans les boucheries auxquelles se livrent les nations capitalistes. Tous subissent l'aggravation de l'austérité et la dégradation des conditions de travail qui sont le prix à payer pour le renforcement des budgets militaires.

C'est en luttant pied à pied contre les attaques de la bourgeoisie, pour la défense de ses conditions de vie et de travail, sur son terrain de classe, celui de la défense de ses revendications en tant que classe exploitée, que le prolétariat prendra conscience de sa force. Et ce n'est qu'en développant son unité internationale et la conscience de sa responsabilité historique face à la guerre et à la barbarie capitaliste qu'il pourra préparer la seule réelle solution aux maux actuels de l'humanité : la destruction du capitalisme par la révolution communiste mondiale.

Mulan (28 septembre)