Contre les attaques c'est tous unis qu'il faut lutter

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Si le mois de mars a été celui des élections municipales, celui d'avril a montré quels étaient la préocupation principale des prolétaires et leur véritable centre d'intérêt : la défense de leurs conditions de vie et de travail contre la violence des attaques capitalistes. Les journées d'action syndicales organisées en janvier puis, au lendemain des élections municipales, dès la fin mars n'ont pas suffi à enrayer la montée de la combativité. Comme la presse bourgeoise l'a souligné à plusieurs reprises, c'est le "réveil du social" qui est de plus en plus clairement au coeur de l'actualité. Finis les discours sur le "tout-va-bien" ouvrant un avenir radieux au capitalisme et aux ouvriers, enfoncés les bla-bla affirmant que les problèmes sociaux ne concernaient que quelques "exclus de la croissance" et balayés encore les mensonges sur la fin de la classe ouvrière : le développement actuel de ses luttes, en dépit de leurs limites, vient porter un coup brutal à toute cette propagande mensongère.

Pas un secteur n'est épargné par cette riposte ouvrière, sur fond de revendications répondant à toutes les attaques du patronat, qu'il s'agisse de celles du patronat privé comme de l'Etat-patron. Et il y a de quoi !

Alors que la bourgeoisie française ne cesse de s'enorgueillir des bons résultats de son économie et d'une prétendue baisse du chômage, les licenciements tombent sans répit (voir article page 2). Quant au budget annoncé par Jospin dans toute la fonction publique, c'est-à-dire des augmentations de salaires de 0,5% -largement au-dessous de l'augmentation réelle du coût de la vie- et un niveau d'embauches dérisoire dans la perspective du passage aux 35 heures, il prépare une aggravation de la charge de travail chez tous ces "nantis" de fonctionnaires.

Tout cela n'empêche pas les statistiques gouvernementales de se prévaloir d'un million de chômeurs en moins et de la création de 888.000 emplois entre 1998 et 2000. En réalité, le travail précaire n'a jamais autant augmenté, "malgré la croissance" comme le dit la presse aux ordres. Alors que les emplois dits stables ont augmenté de moins de 2%, les CDD ont connu une croissance de 65%, le travail par intérim de 130%, les stages et autres contrats-aidés (CES par exemple) de 65%. Et, parmi ce petit 2% d'emplois stables, 40% sont rémunérés à peine un tiers au-dessus du SMIC. Chez les jeunes, qui sont deux fois plus nombreux à être au chômage que le reste de la population, si l'embauche en contrat court concerne 30,7% d'entre eux en 1997, le pourcentage était en 2000 de 36,3% ; tandis que la majorité des 50-59 ans qui trouve du travail effectuent des CDD. Pour clôre ces résultats pharamineux de la politique sociale et plurielle de gauche, et malgré les innombrables traficotages des chiffres auxquels elle s'exerce, le taux de pauvreté n'a pas bougé d'un pouce entre 1997 et 2000.

C'est à cet enfoncement dans la misère et l'exploitation aggravées que la classe ouvrière réagit aujourd'hui de façon ouverte, sur le terrain de la lutte. Et l'expression de cette volonté de ne plus se laisser attaquer sans réagir n'est pas limitée à quelques-uns, comme dans la période passée, mais c'est simultanément dans tous les secteurs qu'elle apparaît clairement, qu'il s'agisse du public comme du privé. Ces divers éléments marquent indéniablement un changement de la situation dans laquelle se trouve l'ensemble de la classe ouvrière en France.

Et, bien que les syndicats fassent leur possible pour bloquer la poussée ouvrière dans certains secteurs en organisant des journées d'action comme ils l'ont fait dans l'armement dans l'Ouest de la France, à l'ANPE en avril, ou des grèves-bidon d'une heure ici et là, ce changement les contraint à adopter un profil plus combatif pour ne pas risquer d'être débordés. Ainsi, aux mouvements les plus médiatisés des conducteurs de train de la SNCF, des sages-femmes, de Danone-Lu et de Marks & Spencer, il faut ajouter les grèves à répétition dans les transports publics de province (avec la grève de trois semaines des traminots à Rennes), celles à La Poste (comme celle du 19e arrondissement parisien), à Moulinex, à l'URSSAF de Toulon, dans les musées nationaux, chez les internes de Franche-Comté, chez Rivoire et Carret, dans les cliniques privées du Sud-Est après celle nationale du mois de mars, ou encore chez Fauchon, etc. Toutes ces luttes ont été et restent marquées d'emblée par une détermination à entrer en grève, non pas pour quelques heures ou une journée, pour "marquer le coup", mais de façon illimitée, avec pour objectif de reconduire la grève en fonction de l'évolution des négociations.

Comment lutter ?

La simultanéité des attaques qui tombent et celle des luttes ouvrières, qu'il s'agisse des salaires, des licenciements ou des conditions de travail, est en train de créer une situation nouvelle. Dans cette situation, les ouvriers doivent se dire qu'ils ne sont plus seuls à se battre. Et c'est là que la faiblesse principale qui sévit dans les rangs ouvriers, celle du corporatisme, est exploitée avec force par la bourgeoisie. Cela a été évident lors de la grève à la SNCF qui, alors qu'elle avait démarré de manière unitaire, s'est prolongée dans une grève dure et de plus en plus isolée des seuls agents de conduite (voir notre article sur le sujet page 3) comme dans le déroulement de la grève des sages-femmes complètement séparées des autres catégories du personnel hospitalier. Ainsi, alors que leurs revendications initiales pour les salaires et le manque d'effectifs étaient une base pour offrir un front commun avec l'ensemble des autres catégories hospitalières (dont beaucoup sont actuellement en lutte), les sages-femmes ont vu leurs revendications dévoyées vers la fausse question de la reconnaissance de leur statut particulier.

L'enfermement et l'épuisement dans des grèves longues et isolées auxquelles conduit le corporatisme sont des dangers qui grèvent l'avenir des luttes ouvrières. L'enjeu n'est pas de se lancer dans des grèves qui durent en étant de plus en plus minoritaires avec la perspective illusoire d'avoir le patron ou l'Etat "à l'usure", mais au contraire de faire de l'élargissement de la lutte la condition de sa prolongation. Les conditions pour le faire sont présentes aujourd'hui. Mieux vaut arrêter une grève avec la conscience claire qu'on est pour le moment trop isolés et qu'on ne pourra pas gagner mais en sachant qu'on pourra bientôt reprendre la lutte dans de meilleures conditions permettant d'instaurer un rapport de forces plus favorable. De même, la mise en place d'une réelle solidarité en vue de l'établissement d'un tel rapport de forces ne se trouve pas dans la pseudo-solidarité du boycott des produits du méchant patron comme à Danone-Lu et autres pétitions populaires comme chez Marks & Spencer. Elle se trouve dans la mise en commun des revendications avec d'autres secteurs, de façon à réaliser l'extension de la lutte avec ces derniers et à former l'unité la plus large, sur le terrain de la classe ouvrière.

Le développement de l'unité et de l'extension ouvrières les plus larges nécessitent encore de ne pas laisser la maîtrise du combat aux mains des prétendus spécialistes de la lutte que sont les syndicats. Les ouvriers doivent tout au contraire nécessairement organiser et diriger eux-mêmes leur lutte à tous les niveaux à travers des assemblées générales souveraines qui prennent toutes les décisions en élisant leurs propres délégués, révocables, et leurs propres comités de grève.

Et il faut encore ouvrir les assemblées générales et toutes les réunions à tous les autres ouvriers, actifs et chômeurs, poussant à l'entrée en lutte du maximum de secteurs, orientant ainsi toute leur activité vers l'extension de cette lutte. C'est la seule façon de créer un rapport de forces en faveur de l'ensemble de la classe ouvrière. 

KW (27 avril)