Les "Motivé-e-s"... surtout pour défendre la gauche et la démocratie bourgeoise

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Non content de nous écorcher copieusement les oreilles avec leur chanson "Motivés", remake du très stalinien "Chant des Partisans", diffusé en boucle dans toutes les manifs syndicales, le groupe toulousain Zebda s'est cru autorisé à s'ériger en guide spirituel de tous ceux qui veulent "rester motivé-e-s" et faire de la politique "autrement" à l'occasion des élections municipales. A cette fin, il a parrainé la liste "Motivé-e-s" montée par l'association Tactikollectif à Toulouse. Tous au départ sont proches de la LCR trotskiste, avec qui ils avaient pensé présenter une liste commune, mais cela aurait nui à la dimension citoyenne et prétendument a-politique des "Motivé-e-s" et donc à leur capacité de rabattage vers les urnes. Car il ne faut pas chercher plus loin la fonction n°1 de ces listes "alternatives" qui à Toulouse, mais aussi à Lyon, Nantes, Rennes, Dreux, prétendent apporter aux attentes des "citoyens" une solution radicale, hors du cadre de la classe politique traditionnelle.

On sait que ces élections municipales sont particulièrement chéries par la bourgeoisie pour vanter les mérites de la "démocratie de proximité". A tous ceux, toujours plus nombreux, qui sentent qu'ils n'ont plus aucune prise sur l'évolution du monde, de la crise et des attaques qu'elle leur fait subir, la bourgeoisie aime à présenter ces élections comme le moyen pour malgré tout changer sa vie au quotidien, essayer de mieux vivre. C'est finalement l'autre face de la médaille de l'idéologie anti-mondialiste : se réfugier dans la démocratie locale, faire bouger les choses "à la base". C'est dans cette porte - ô combien étroite ! - que s'engouffrent les listes alternatives comme "Motivé-e-s".

Les ouvriers, et plus encore les jeunes ouvriers, tendent de plus en plus à déserter massivement les urnes (pour ceux qui sont encore inscrits sur les listes électorales !) et à se défier du PCF (dont l'influence électorale est en chute libre), comme nous avons pu le vérifier lors de ces élections dans les quartiers dits "populaires" des grands centres urbains, à Marseille, dans la couronne parisienne, etc. Face à ce rejet, les "Motivé-e-s", tout comme leurs grands frères trotskistes de LO et de la LCR, présentent les élections comme une arme pour la classe ouvrière (Zebda est allé chanter pour soutenir les ouvriers de Job en grève), pour le " petit peuple ", pour les quartiers, pour telle ou telle cité (en s'appuyant sur leur implantation locale comme association " sociale "), n'hésitant pas à faire preuve du plus lamentable esprit de clocher, comme dans la présentation de leur tête de liste, Salah Amokrane : "Né en 1964 à Bordeaux, il n'en demeure pas moins, et quoi qu'on en dise, un Toulousain. Il n'y a en tout cas pas que fait ses études commes d'autres candidats à la mairie" 1. Ces groupes qui éclosent comme par miracle sont là pour entretenir le cirque électoral, en semant l'illusion que leur participation au conseil municipal changera radicalement la vie des "citoyens", alors même que la situation économique générale se dégrade significativement. Ce faisant, ils détournent les ouvriers du combat de classe, de la lutte contre les attaques économiques, contre l'Etat, pour les enfermer dans le cadre mesquin de l'isoloir et de la gestion locale. Car derrière leurs litanies sur la "démocratie participative", sur la nécessité d'un "budget participatif" 2, c'est bien cela qu'ils nous concoctent : faire gérer la misère par ceux qui la subissent ! Voici le budget pour le mois, débrouillez-vous entre vous pour vivre avec ça ! Car si, de leurs fonts baptismaux trotskistes, les "motivé-es" restent très marqués par le gauchisme 3, c'est beaucoup plus dans la mouvance associative anti-mondialiste, sauce Bové et ATTAC, que s'inscrit ce mouvement dont le programme annonçait que "Toulouse préparera, bien sûr, le Forum Social Mondial de Porto Allegre en 2002", ville dont ils ne cessent de chanter les louanges 4.

Quant à la politique "autrement" des "Motivé-e-s", on a vu ce qu'elle voulait dire lorsqu'ils se sont hâtés de fusionner, le soir du premier tour, avec la gauche plurielle PS-PCF-Verts, avec pour objectif de "battre la droite". Rabatteurs, non seulement vers le cirque électoral mais tant qu'à faire vers la gauche plurielle et sa politique antiouvrière au gouvernement.

Le soir des résultats du second tour, les bastons place du Capitole 5, où Douste-Blazy a été chaudement pris à parti, sont la preuve que cette liste n'a pas rameuté que des petits bourges (les "bobos" dont parlait Chevènement) en mal de radicalisme, mais aussi des jeunes des cités qui n'ont pas compris de ne pas avoir "gagné"? puisqu'ils avaient voté.

C'est vrai que la classe ouvrière vit une situation de plus en plus misérable. C'est vrai qu'il n'y a pas de perspective pour les jeunes, qui pour la plupart n'ont toujours pas eu leur premier boulot. C'est vrai que la présence et l'attitude des flics sont insupportables. C'est vrai qu'il est tout à fait légitime de vouloir des transports gratuits, des logements décents, de meilleures chances d'éducation pour les gamins, une culture plus collective qui ne soit pas réservée à une coterie, etc. C'est vrai qu'il y a de quoi vomir cette société tous les jours. Mais s'attacher à la remorque de la démocratie bourgeoise est le plus sûr moyen que tout continue comme avant ! Changer pour de gentils élus ne changera rien quant à l'exploitation capitaliste qui est à la racine de la pauvreté, de la dégradation des conditions de vie, et du caractère de plus en plus inhumain de la vie sociale. S'engager dans le combat de classe en rejetant tout compromis avec l'électoralisme, voilà la seule perspective vraiment radicale.


BTS (22 mars)

1 Le Journal n°4

2 Ibid.

3 Mairie de Toulouse

4 Le Journal n°4

5 Mairie de Toulouse

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