Le chômage, expression de la faillite du capitalisme

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Raffarin avait promis qu'en 2005 le chômage allait baisser de 10 %. Dernièrement, il vient cependant de déclarer que "le choc pétrolier (allait) décaler cette ambition de quelques mois", alors que le chômage passait la barre symbolique des 10% de la population active. Depuis plus de trente ans, ce genre de promesses remises aux calendes grecques est monnaie courante de la part des gouvernements, toutes couleurs politiques confondues. Il serait d'ailleurs difficile d'accorder le prix à la meilleure déclaration du genre, où le cynisme et le mensonge se mêlent au plus grand mépris des ouvriers massivement frappés non seulement par le chômage massif mais par une précarité grandissante de toutes leurs conditions de vie, qu'ils aient ou non du travail.

Les méthodes de la bourgeoisie pour abaisser le nombre de chômeurs… indemnisés

Le chômage, avec tout ce que cela entraîne, est devenu une source d'angoisse majeure au sein des familles ouvrières. Tous les plans gouvernementaux depuis vingt ans se sont efforcés d'en masquer l'importance par des traficotages en tous genres, tout en s'acharnant à attaquer résolument les chômeurs. Plans emploi-jeunes par-ci, flexibilité et baisse ou blocage des salaires avec les 35 heures par là, contrats d'avenir, RMI, RMA, PARE, etc., ont fait travailler les spécialistes en fumisterie de la bourgeoisie. S'il n'y aura pas de baisse du chômage dans les années qui viennent, par contre, une politique qui va vers encore plus de contrôle et de répression se prépare. Pour ce faire, les services de l'Etat, l'ANPE et les Assedic (1) vont être rationalisés pour mettre en place les dispositifs des lois Borloo.

L’ANPE met ainsi en service, cette année, un nouveau système d’information appelé Géode qui devrait permettre un meilleur flicage des demandeurs d’emplois, qui devront s’adapter aux offres et aux conditions des entreprises sur le marché de l’emploi. L’objectif officiel d’une telle démarche est d’être plus efficace dans le placement des chômeurs, mais le but le plus important est la surveillance des chômeurs en vue de leur radiation et la suppression de leur indemnisation en lien avec les Assedic et l’Unedic (2) .

L’Unedic, aux déficits abyssaux, veut diminuer et rationaliser à outrance tous ses coûts. Sur le plan interne, les départs à la retraite ne seront pas tous remplacés et tout le fonctionnement des services va être restructuré de manière à faire plus avec moins de personnel. Le gouvernement fait passer ces mesures "internes" comme autant des mesures positives pour les chômeurs, appelés dorénavant "clients". Elles doivent en fait servir à mettre en place toute une panoplie de mesures de contrôle par le biais d'un fichier unique des entreprises en France. Les Assedic doivent tout faire pour qu'un chômeur reste le moins possible au chômage, non pas à travers l’embauche effective, mais surtout en les rayant des allocations. S'il est inscrit sur un poste de travail "porteur", c'est-à-dire pour lequel il y a de la demande (maçon, boucher...), il ne doit pas rester plus de quelques semaines au chômage. Et pas question qu'il fasse des formations. C'est gaspiller de l'argent ! Le calcul de l'Assedic est simple : un salarié qui cotise à l'Assedic rapporte en moyenne 1500 € par an ; un salarié au chômage coûte à l'Assedic en moyenne 14700 € par an. Il faut que le chômeur cesse de l'être, en acceptant n'importe quoi, n'importe où, à n'importe quelles conditions, sinon il sera rayé de la liste des demandeurs d’emploi. Jusqu'à présent, les chômeurs étaient convoqués pour un entretien tous les 6 mois, maintenant, il y aura d'autres entretiens périodiques, en coordination avec l'ANPE.

Pour faire passer les nouvelles normes, l'article le plus controversé de la loi Borloo stipulant qu'un chômeur perdrait ses indemnités s'il refusait plusieurs propositions d'emploi a été retiré à grands renforts de publicité. Mais cette disposition revient hypocritement par la fenêtre, puisque l'Assedic se réserve le droit de signaler pour sanction à la Direction Départementale du Travail tout chômeur ayant refusé de prendre un emploi qui lui a été proposé. Et l'Unedic demande que les Assedic puissent elles-mêmes sanctionner les chômeurs "récalcitrants". Une véritable pression va être mise sur ceux-ci pour qu'ils prennent l'emploi qui leur sera proposé, sous peine de sanctions. Comme le dit le directeur général de l'Unedic dans le quotidien économique La Tribune du 18 avril : "Quand on regarde comment les personnes privées d'emploi vivent les premiers mois de chômage, on constate une forte passivité. Il faut dégripper le marché du travail." Aussi, le remède appliqué contre cette grippe sociale sera plus fort que jamais et être administré à coups de contrôles toujours plus stricts, entraînant de nombreuses radiations à une échelle encore plus large.

Une aggravation sans fin

A côté du chômage, le sous-emploi est devenu la norme. Le travail à temps partiel ne cesse d'augmenter et les contrats à durée indéterminée (CDI) sont devenus une denrée rare. Aujourd'hui, 17,6 % des emplois sont à temps partiel, 4,7 % en CDD et 2,6 % en intérim, autant de chiffres qui ont doublé en vingt ans. Déjà, "sur les 90 000 emplois crées en 2004, plus de la moitié (50 000) est bien en dessous des 35 heures." (Insee). Depuis le début de l’année, la proportion des emplois à temps partiel et à très bas salaires est passé aux deux-tiers des emplois créés. 30 % du total national des embauches envisagées pour 2005 sont liés à des activités uniquement saisonnières.

Pourtant, les pouvoirs publics affichent cyniquement un prétendu "recul de la pauvreté" en France. Depuis trente ans, le taux de pauvreté aurait été divisé par deux et "seulement" 6,1 % de la population vivrait sous le seuil de pauvreté. Or, ce seuil a été ramené à 602 euros par mois contre 650 en 2003 (tandis que les prix à la consommation ont fortement augmenté depuis). En réalité, ce sont plus de 7 millions de gens qui constituent les "ménages pauvres", c'est-à-dire 12,4 % des familles.

Dans un tel contexte, la durée d'indemnisation du chômage, constamment réduite, s'est encore brutalement raccourcie depuis 2003. Conséquence : une véritable explosion des demandes du RMI, dont les "bénéficiaires" ont dépassé le million en 2004.

Les programmes de "lutte contre la pauvreté" n'ont pour but que d'essayer d'instaurer une situation de pauvreté "supportable" et d'y installer les "pauvres", qu'ils soient anciens, nouveaux ou futurs, tout en réduisant le coût financier de cette misère. Fin mars, Borloo lançait ainsi un nouveau gadget : le "contrat d'avenir" qui "offre" aux "bénéficiaires" des minima sociaux un travail, c'est-à-dire 26 heures par semaine payées au SMIC horaire afin, dit-il, de faire "retrouver le goût du travail". Dans la même veine, il fixe un "revenu de solidarité active" (RSA) pour "favoriser le retour à l'emploi", dans le cadre d'un combat contre la "notion de travailleur pauvre" et pour l'éradication de la pauvreté des enfants (un million en France !) d'ici 2020. En réalité, ces deux mesures visent à diminuer les aides sociales et à faire en sorte qu'une frange de plus en plus importante de la classe ouvrière s'englue définitivement dans le travail à temps partiel.

Tous ces saupoudrages sont présentés à grand renfort de propagande, dans laquelle "on institutionnalise le sous-emploi (…), une propagande agrémentée par un discours de culpabilisation, (…) comme la justification économique du travail ne fonctionne plus –on ne gagne pas sa vie à travailler à mi-temps- on la remplace par une justification morale et culpabilisante. "Il est obscène de ne pas travailler", assènent ces discours." (Robert Castel, sociologue, dans Libération du 4 avril)

La bourgeoisie veut anticiper la réaction de la classe ouvrière

Dans les mois à venir, il va y avoir des nouvelles vagues de licenciements dans un contexte social de plus en plus tendu. D'un coté, la bourgeoisie est obligée de rendre l'indemnisation du chômage moins chère et les conditions d'allocation plus dures. Ainsi, les organisations patronales et plusieurs syndicats, CFDT, CGC, CFTC ont signé un accord portant sur la "convention de reclassement personnalisée", la CGT et FO disant qu'elles réfléchissaient avant de le signer. Cette convention est une attaque supplémentaire qui prévoit d'indemniser les salariés licenciés pour motif économique à hauteur de 80% du salaire brut antérieur pendant 4 mois, et ensuite 65% pendant 2 mois. Le ministre Borloo lui-même, en prévision d'une situation de plus en plus catastrophique pour l'emploi dans les mois qui viennent, a demandé une étude sur les licenciements économiques en vue d'adoucir cette convention, en indemnisant les salariés licenciés pour motif économique à hauteur de 80% mais pendant 8 mois seulement ! Ceci signifie clairement deux choses : la bourgeoisie sait qu'il va y avoir une déferlante de licenciements dans les mois à venir. Elle sait aussi que dans le contexte actuel, elle doit se préparer à une réponse de la classe ouvrière, car quelque chose de profond est en train de mûrir au sein de celle-ci. Le chômage est l'expression la plus flagrante de la faillite du système capitaliste.

"En rejetant de la production des masses sans cesse croissantes de prolétaires, le capitalisme mondial dévoile son vrai visage : celui d'un système qui n'a plus rien à proposer à l'humanité qu'une misère et une barbarie toujours plus effroyables. Il fait la preuve de sa faillite historique.

Ce système ne peut donner un travail et un salaire aux ouvriers, se servir de leurs bras et de leur cerveau, que lorsqu'il a les moyens de surmonter ses crises. Aujourd'hui, s'il plonge des dizaines de millions de prolétaires dans le dénuement le plus total, s'il condamne les deux tiers de l'humanité à la famine, c'est justement parce qu'il n'est plus capable de résoudre les contradictions qui l'assaillent.

Les ouvriers doivent oser regarder la réalité en face : un système qui menace la survie de l'espèce humaine, non parce qu'il ne produit pas assez, mais parce qu'il produit trop, est une absurdité." (3)

Pinto (23 avril)

1) Les Assedic s'occupent des indemnisations aux chômeurs.

2) Caisse nationale qui contrôle les Assedic.

3) "Le capitalisme n'a pas de solution au chômage", manifeste du Courant Communiste International, janvier 2004.

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