Ordonnances Macron : “réformistes” ou “contestataires”, les syndicats sont les chiens de garde du capital  !

Afficher une version adaptée à l'édition sur imprimanteEnvoyer cet article par mail
2.png

Après trois mois d'élaboration, le gouvernement a dévoilé, le 31 août dernier, ses ordonnances visant à réformer le Code du travail. Vis-à-vis de ses concurrents directs, le capitalisme français souffre encore de n'avoir pas su complètement libéraliser le marché du travail à l'image des réformes des lois Hartz en Allemagne ou celles de Blair au Royaume-Uni. Sans se hisser à la hauteur des enjeux et des annonces (Macron devant pulvériser les archaïsmes, libérer les énergies et révolutionner le rapport entre les employeurs et leurs “collaborateurs”), cette énième réforme n'en constitue pas moins une avancée majeure dans la précarisation et la dégradation des conditions de travail, dans la continuité directe de la loi El Khomri adoptée par le gouvernement prétendument socialiste de François Hollande.

Désormais les salariés pourront être mis à la porte de leur entreprise sans aucune véritable justification et avec des indemnités plafonnées, y compris en cas de licenciement abusif  ! De la même façon, les licenciements économiques de masse sont considérablement facilités pour les multinationales souhaitant liquider leur filiale sur le territoire français.

Mais que la classe ouvrière ne s'estime pas quitte de nouvelles attaques ; après les salariés du privé, le “Président jupitérien” Macron a promis les pires tourments aux fonctionnaires, aux retraités, aux chômeurs... Déjà durant l'été, le gouvernement, affichant son arrogance, diminuait les aides pour le paiement des loyers des plus démunis tout en réduisant de trois quarts les recettes de l’impôt de solidarité sur la fortune. On ne pouvait adresser message plus explicite  !

Les effets délétères de toutes ces mesures sur les conditions de travail et les salaires ne se feront évidemment pas attendre : si la menace de licenciement plane sur toutes les têtes, comment s'opposer aux exigences que la direction pourra imposer dans le cadre du “renforcement du dialogue social” prévus par les ordonnances ? En faisant confiance aux syndicats ? Sûrement pas  !

État et syndicats main dans la main contre la classe ouvrière

Un incroyable ballet syndical aux portes des ministères a précédé la publication des ordonnances, les “négociations avec les partenaires sociaux” s'étalant sur plus de cinquante réunions officielles en moins de trois mois  ! Fallait-il autant de négociations, pendant lesquelles les syndicats ont, affirment-ils, fait preuve de la plus grande fermeté et d'une vigilance de tous les instants, pour aboutir à l’une des pires attaques économiques que l’État français ait jamais porté à la classe ouvrière ces quarante dernières années ? Le secrétaire général de Force ouvrière (FO), Jean-Caude Mailly, s'est d'ailleurs ouvertement félicité de la méthode avec laquelle syndicats et gouvernement ont organisé, main dans la main, la précarisation généralisée des travailleurs : “Il y a eu un vrai dialogue social", ajoutant, les yeux pleins d'étoiles : “Ce n’est pas une négociation juridiquement, c’est une concertation. Mais cela ressemblait beaucoup à une négociation.1

Les syndicats ont donc pu négocier avec Macron-Jupiter et s'en frappent le ventre de satisfaction  ! Même le soi-disant contestataire, Philippe Martinez (CGT), n'est en désaccord qu'à… “99%”  ! Quel est donc ce point d'accord décisif ? Qu'a donc remporté le prolétariat par la grâce de la négociation syndicale en échange de ses “sacrifices” ? Seulement la possibilité pour un salarié syndiqué ou qui souhaite l’être d’obtenir des formations renforcées  ! C'est une nouvelle victoire sur le long chemin du renforcement de la bureaucratie syndicale et surtout... un arbre qui cache mal la forêt.

En effet, ces négociations de pacotille se sont surtout résumées à un partage en bonne et due forme de la gestion syndicale de l'exploitation : contrairement aux annonces initiales du gouvernement qui prévoyait de privilégier les négociations par entreprise, FO a obtenu un renforcement significatif des prérogatives des branches professionnelles, c'est-à-dire à l'échelon où ce syndicat est en position de force... En conséquence : “Force ouvrière a décidé “à l’unanimité” de ne pas participer à la journée d’action prévue le 12 septembre (…). Pourtant, en 2016, FO faisait partie du front syndical contre la loi El Khomri, qui assouplissait les règles du droit du travail dans une moindre mesure. Mais de cette loi travail, “on n’a jamais pu discuter (…), là, on est dans une situation différente", a assuré M. Mailly.”2 Quelle hypocrisie  !

Quant à la manifestation prévue le 12 septembre par la “radicale” CGT, elle ne relève ni plus ni moins que d'une classique manœuvre de division par un partage des tâches entre les syndicats “responsables et réformistes” et les syndicats “contestataires et radicaux”, ainsi qu'une manière d'encadrer et d'épuiser les quelques ouvriers les plus combatifs. La CGT a pour intention d'utiliser la manifestation du 12 septembre comme le marqueur d'un échec cuisant ; non seulement la presse annonce déjà, sous couvert de confidences faites au sein de la centrale, que la “journée d'action” risque de n'être qu'un baroud d'honneur, mais la CGT subit encore la concurrence opportune d'une manifestation organisée par le nationaliste hystérique de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, à laquelle la centrale appelle presque ouvertement à ne pas participer : “Le secrétaire général de la CGT s’est clairement démarqué de La France insoumise, qu’il n’a pas citée, par rapport à sa manifestation du 23 septembre. (…) Alors que Jean-Luc Mélenchon est soupçonné d’empiéter sur le terrain syndical, M. Martinez lui a décoché une flèche : “C’est bien de souligner l’indépendance de la CGT vis-à-vis des partis politiques.”"3

Les syndicats, un instrument du capitalisme d’État

Derrière les slogans et les positionnements de façade, l'intégration des syndicats à l'appareil d’État, c'est-à-dire à ce qui est devenu le centre hypertrophié et totalitaire de la classe dominante, est aujourd'hui moins masquée idéologiquement du fait des faiblesses actuelles de la classe ouvrière. En d'autres termes, ils sont officiellement associés à la gestion de l'économie nationale et à l'exploitation salariale à tous les niveaux : ils siègent dans les tribunaux du travail de l'État, dans les instances “paritaires” au sein des entreprises et de toutes les administrations, au sein des instances stratégiques de plus haut niveaux, etc. Cette réalité est le produit de leur intégration à l’État depuis l'entrée du capitalisme dans sa période de décadence. Désormais, le capital n'a strictement plus aucune véritable réforme durable positive à accorder à la classe ouvrière, il doit survivre à la concurrence extrême entre nations en portant toujours davantage d'attaques, ce que la bourgeoisie nomme officiellement “s'adapter au monde qui change”... Du fait de la crise chronique et de l'impasse historique du capitalisme, le syndicalisme a ainsi totalement perdu sa fonction traditionnelle de défense des intérêts des travailleurs en devenant un instrument de répression pur et simple, un outil privilégié de la réaction pour assurer un véritable contrôle social et un sabotage des luttes ouvrières.

Alors que faire ? Comment lutter ? Si la confrontation directe avec les syndicats est nécessaire pour mener à la révolution, il est clair que le prolétariat aura un chemin encore bien long à parcourir avant de pouvoir mettre en avant sa propre perspective et assurer un haut niveau de combativité et de conscience. Le discrédit des centrales syndicales est certes immense, comme en atteste, parmi d'autres exemples, la très faible participation aux élections professionnelles, du moins là où elles ne sont pas rendues obligatoires. Mais la distance entre la méfiance et la capacité de notre classe à développer une lutte unie et autonome, fondée sur les formes prolétariennes de la lutte, les assemblées ouvertes et souveraines, est gigantesque. Face à des “citoyens” atomisés, les syndicats ont les mains libres pour encadrer les rares luttes dispersées, voire les déclencher préventivement. Inversement, face à l'absence de perspective pour le futur, la capacité du prolétariat à imaginer d'autres formes de lutte que celles prônées par le syndicalisme reste très faible.

Dans ce contexte, la tâche essentielle des éléments les plus conscients de la véritable nature du système capitaliste, de son État et ses organes syndicaux, est de contribuer, partout où cela est possible, par la discussion et la clarification politique, au développement de la confiance et de la solidarité nécessaires à la lutte de la classe ouvrière pour le communisme. Se réapproprier les leçons du mouvement ouvrier et des luttes passées, approfondir la compréhension des rapports existant entre les classes et du rôle historique du prolétariat, c'est forger les armes politiques indispensables aux combats de demain  !

EG, 5 septembre 2017

 

1 Le Monde du 23 août 2017 : Réforme du code du travail : les syndicats “vigilants” avant la dernière phase de consultation.

2 Le Monde.fr du 30 août 2017 : Réforme du code du travail : Force ouvrière ne manifestera pas.

3 Le Monde du 30 août 2017 : La CGT souhaite installer le mouvement de contestation dans la durée.