La société bourgeoise est la principale responsable des catastrophes!

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Au mois de mai dernier, une partie de l’Europe a été marquée par de fortes précipitations. Ces intempéries ont touché essentiellement l’Allemagne, la France, la Belgique et une partie de l’Europe centrale, faisant au moins dix-neuf morts et causant d’importants dégâts matériels d’un montant de près d’un milliard d’euros.

Au début du mois de juin, lors d’un Conseil des ministres, le Premier ministre Manuel Valls et son ministre de l’Intérieur ont salué “l’intervention des services de l’État, totalement mobilisés pour venir en aide aux populations sinistrées” avant de mettre en œuvre une prétendue “solidarité” en débloquant “plusieurs millions d’euros” visant à aider les personnes “sans ressources ayant tout perdu”. On voit ici toute l’hypocrisie et le cynisme du gouvernement qui prétend racheter le malheur et le désarroi de ces populations qui, du jour au lendemain, perdent leur maison, leur voiture, leurs biens de première nécessité, mais surtout leurs amis ou des membres de leur famille. Car ce gouvernement a voulu nous faire croire que cette “catastrophe” a été maîtrisée, que les victimes ont bien été prises en charge, ce qui aurait permis de limiter le nombre de disparus. Mais dix-neuf morts dans des inondations touchant l’une des zones les plus développées du monde, c’est dix-neuf morts de trop !

Alors que les puissances capitalistes, comme la France ou l’Allemagne, sont capables de déployer des moyens technologiques inouïs dans le domaine militaire par exemple, elles ne voient aucun intérêt à prendre des mesures durables pour éviter de telles catastrophes, dès lors que ce n’est pas rentable. En Allemagne, où ces inondations ont fait le plus de morts (onze au total), les experts soulignent l’archaïsme des infrastructures berlinoises et la mise en œuvre d’un programme de protection rendue compliquée par des conflits d’intérêts entre les différents acteurs.1 Ce seul exemple montre le côté suicidaire de ce système, incapable de voir ce qui est bénéfique au développement de l’humanité.

Bien entendu, on ne peut pas rendre le capitalisme totalement responsable de la météo d’autant plus que le réchauffement climatique ne semble pas avoir joué un rôle primordial dans ces intempéries. En revanche, cet événement démontre une nouvelle fois “l’incapacité de la civilisation bourgeoise à organiser une protection efficace dans la mesure où la prévention n’est pas une activité rentable” (2). Le désintérêt du capitalisme envers tout ce qui ne génère pas du profit rend la société extrêmement vulnérable et démunie face à ce genre de catastrophes, beaucoup plus sociales que naturelles.

L’une des grandes tendances historiques du capitalisme réside dans l’urbanisation du monde. Désormais, des millions de personnes s’agglutinent dans de grandes agglomérations pour servir de main-d’œuvre. Cette concentration nécessite la construction effrénée de bâtiments et d’infrastructures (parking, lotissements, zones commerciales et industrielles, routes, zones de loisirs). Dès lors, cette “bétonisation” anarchique provoque l’imperméabilité des sols et accentue le ruissellement, ce qui accroît le débit de l’eau. La “canalisation” de certains fleuves, comme la Seine par exemple, ne permet plus au tissu végétal d’absorber les quantités d’eau qui peuvent tomber en quelques jours. Ce phénomène est aggravé par l’irresponsabilité des promoteurs immobiliers et des autorités publiques qui, obnubilés par les gains financiers, ne cessent d’ériger des logements, y compris sur des zones inondables, sans se soucier le moins du monde des répercussions que cela peut entraîner sur les populations.

Dans un précédent article,3 nous insistions sur la multiplication de ces catastrophes pseudo-naturelles ainsi que sur l’augmentation du nombre de victimes. Entre 1994 et 2013, environ 6800 catastrophes naturelles ont coûté la vie à 1,35 millions de personnes.

Si la fréquence des phénomènes géophysiques (séismes, éruptions volcaniques, tsunami, etc.) reste constante, celle des catastrophes liées au climat (inondations, tempêtes) ne cesse d’augmenter.4 Le GIEC5 souligne que l’augmentation de ces précipitations extrêmes et des inondations est causée en grande partie par le dérèglement climatique. L’actualité de ces dernières semaines voit ces assertions se vérifier. Le 23 juin, au moins 26 personnes ont trouvé la mort en Virginie-Occidentale. Quelques jours avant, au moins 22 personnes périssaient dans le centre de la Chine et près de 200 000 personnes ont dû être déplacées. Le séisme qui a dévasté l’Équateur en avril dernier a fait 646 morts et plus de 26 000 personnes sans logements.6 Ces quelques exemples montrent la contradiction de plus en plus flagrante entre la société capitaliste et la nature. Désormais incapable de favoriser le progrès général de l’humanité, la bourgeoisie gère ces catastrophes à la fois avec cynisme et impuissance.

Pour le moment, la classe ouvrière encaisse ces chocs avec fatalisme et désarroi. Son incapacité à identifier le vrai responsable de ces drames à répétition l’empêche de s’indigner et de transformer ces épreuves en un élan de combativité contre la société bourgeoise. Pourtant, la survie du capitalisme en décomposition ne peut rendre ces drames que plus fréquents et meurtriers et encourager la plongée de l’humanité dans le chaos. Seule l’instauration d’une société où le travail sera tourné vers les propres besoins de la communauté humaine mondiale pourra permettre un pas supplémentaire dans le développement de l’humanité, en harmonie avec la nature.

FP, 1er juillet 2016


1 “L’Allemagne face aux difficultés de prévenir les inondations”, La Croix, 2 juin 2016.

2) Amedeo Bordiga, Espèce humaine et croûte terrestre, Petite bibliothèque Payot, 1978.

3 “Intempéries, tremblements de terre, inondations... catastrophes “naturelles”  ? Non, catastrophes capitalistes  !”, Révolution internationale no 455.

4 D’après l’EM-DAT (la base internationale de données sur les situations d’urgence).

5 Groupe d’experts inter-gouvernemental sur l’évolution du climat.

6 Voir à ce sujet l’article écrit par nos camarades en Equateur sur notre site en espagnol : http ://es.internationalism.org/ccionline/201605/4159/la-solidaridad-no-es-una-cuestion-de-todos dont la traduction en français paraîtra prochainement également sur notre site.

 

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