Il y a 40 ans (1976), la démocratie espagnole naissante a fait ses débuts avec des assassinats d’ouvriers à Vitoria

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Il y a aujourd’hui 40 ans, se sont déroulés les événements de Vitoria de 1976, dans un contexte d’importantes mobilisations ouvrières partout en Espagne, pour la défense des conditions de vie face à la dévalorisation des salaires due à la crise économique. Les manifestations dans cette ville étaient devenues de plus en plus massives, s’unifiant dans des assemblées générales, en élisant un Comité de délégués révocables. Et justement c’est au moment où allait avoir lieu une assemblée générale dans l’église de San Francisco, que la répression policière s’est abattue sur les ouvriers. Le ministre de l’Intérieur d’alors, Fraga Iribarne, fondateur et président du parti de droite espagnol (Parti Populaire), jusqu’à son décès, et toujours salué comme un grand “démocrate”, donna l’ordre de tirer sur les travailleurs. Il y a eu 5 morts et beaucoup de blessés.

La réponse ouvrière fut très puissante, partout dans le pays il y a eu des manifestations de solidarité, des assemblées massives se sont organisées à l’échelle d’une ville entière comme à Pampelune, s’exprimant ainsi une dynamique de lutte de masses, unifiant les revendications et refusant tout retour au travail jusqu’à ce que ces revendications aient été satisfaites. L’État a dû céder partiellement.

Début mars dernier, dans son premier discours parlementaire lors du premier essai d’investiture de Pedro Sánchez (du Parti socialiste), Iglesias (chef de Podemos)  () a voulu s’appuyer sur cet anniversaire pour avaliser ses propositions d’un “renouvellement démocratique” et de “justice sociale”. Mais ce que les ouvriers, en 1976, avaient en face d’eux ce n’était pas tant un gouvernement post-franquiste agonisant, mais, justement, un projet de transition démocratique organisé avec le soutien international des vieilles démocraties européennes de ce qui était à ce moment-là le bloc américain (l’Allemagne et la France, en particulier), pour essayer de contenir le grand malaise existant en Espagne et les luttes. Les Pactes de la Moncloa, un an plus tard, montrèrent l’unité de toute la bourgeoisie pour attaquer le prolétariat sous le couvert idéologique de la réforme démocratique.

Par contre, Vitoria 76 a un rapport avec les assemblées massives du 15 M [pour 15 mai 2011], avec la dynamique de la lutte de masse (même si en 2011 n’a pas pu surgir clairement une identité prolétarienne) (; mais le parti d’Iglesias n’a rien à voir avec tout cela (). Pas plus que l’actuel mouvement Nuit debout en France qui continue à véhiculer, avec ses soi-disant “assemblées pour une résistance citoyenne”, toutes les illusions possibles sur un État bourgeois “plus démocratique”.

Pour que cette expérience demeure vivante dans les mémoires et serve de leçon pour les mouvements futurs, nous republions sur notre site Internet un article d’avril 1976 d’Acción Proletaria, petit noyau politique qui intégrera quelques mois plus tard, en septembre 1976, notre organisation, le Courant communiste international.

() Iglesias n’a pas été le seul à “rendre hommage” aux 5 ouvriers tués pour la “démocratie” et la “justice sociale”. Vitoria étant une ville basque, la représentante de la gauche nationaliste basque (suite “légale” de l’ETA) a lâché elle-aussi son laïus d’anniversaire, mettant ainsi les assassinats de ces prolétaires comme des sacrifiés sur l’autel de la “démocratie” pour l’un et, implicitement, de “la patrie basque” pour l’autre. Cette utilisation de l’assassinat des prolétaires par la démocratie naissante en Espagne et non pas pour ce régime d’exploitation, est exécrable. Ces événements sont lointains et ces vendeurs de la camelote faisandée du national-gauchisme en profitent. On peut par ailleurs lire “Podemos: des habits neufs au service de l’empereur capitaliste” (mars 2016).

() Voir notre tract international “2011 : de l’indignation à l’espoir”.

() Comme nous l’avons analysé dans un article de dénonciation de la mystification de Podemos que nous avons publié (en espagnol) dans Acción Proletaria (2014).