COP21: seule une révolution mondiale peut empêcher le capitalisme de détruire la planète

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Les changements climatiques représentent une menace immédiate et potentiellement irréversible pour les sociétés humaines et la planète (…). Ils nécessitent donc la coopération la plus large possible de tous les pays ainsi que leur participation dans le cadre d’une riposte internationale efficace et appropriée, en vue d’accélérer la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre (…)” 1. L’accord “historique” trouvé “à la dernière minute ne mâche pas ses mots : la planète est en danger, l’heure de la réaction internationale a sonné ! Et le Premier ministre anglais d’affirmer : “Cet accord sur le changement climatique est significatif. Nos petits-enfants sauront que nous avons fait notre devoir pour garantir l’avenir de notre planète”. Évidemment, la réalité est toute autre…

Un rideau de fumée toxique

Il est vrai que par le passé, les “décideurs” ont parfois pu se mettre d’accord ponctuellement. L’accord de Montréal en 1987 avait, par exemple, acté l’arrêt de l’utilisation des gaz fluorés stables et surtout peu coûteux qui avaient provoqué un trou dans la couche d’ozone. Cette décision fut efficace puisque, aujourd’hui, la couche d’ozone s’est renforcée.

La bourgeoisie a intérêt à avoir sous la main des ouvriers suffisamment en bonne santé pour être capables de travailler et de se reproduire ; comme elle a intérêt à avoir une nature sous contrôle qui peut lui livrer ses “marchandises” (matières premières, etc.) et ne surtout pas représenter un “surcoût inutile” (de par la multiplication des tempêtes et autres catastrophes 2). Accessoirement, la bourgeoisie elle aussi subit, même si souvent dans une bien moindre mesure, l’impact de la pollution, du réchauffement climatique 3… Pour toutes ces raisons, la classe dominante aurait intérêt à lutter réellement contre sa tendance à détruire l’environnement. Elle y parvient parfois ponctuellement, comme pour les gaz détruisant l’ozone. Nous pourrions également citer les grands travaux d’assainissement de la Tamise à Londres qui furent entrepris au xix siècle, alors que l’économie capitaliste était florissante et en pleine ascension, pour faire face à une épidémie de choléra devenue incontrôlable.

Seulement, de tels exemples sont rares pour une raison simple : la nature même du capitalisme est d’exploiter la force de travail comme la nature. Pour ce système, tout est objet, la vie sous toutes ses formes est méprisée, voire niée. Seul le profit compte pour lui. Cette course aux profits qui piétine tout sur son passage, sous les pieds de laquelle l’herbe ne repousse pas, est d’autant plus folle que les participants sont tous animés du même esprit de concurrence. “Exploite ou crève”, telle est l’impitoyable loi du Capital. C’est pourquoi l’histoire de ces sommets et conférences internationales sur le climat est dominée par des vœux pieux et des échecs lamentables.

Ainsi, à Berlin, en 1995, les États fixaient déjà “pour chaque pays ou région des objectifs chiffrés en matière d’émissions de gaz à effet de serre et de réductions correspondantes à atteindre”. Vingt ans après (vingt “COP” plus tard !) nous en sommes aux mêmes objectifs. A Copenhague en 2009, les États-Unis et la Chine avaient obtenu que leurs objectifs de réduction soient non contraignants.

Et cette fois alors ? Quel est le résultat concret de cet “accord historique” de Paris ? Eh bien, des jours et des nuits de “concertations” ont permis d’écrire un texte… “non contraignant”. Car au fond, chaque bourgeoisie nationale sait parfaitement que l’ensemble de l’infrastructure de son pays va inexorablement continuer à augmenter la production de gaz à effet de serre. La logique du capital est implacable. Juste un exemple. Au niveau des transports, l’augmentation des émissions de carbone ne peut que croître : “selon les professionnels, le trafic aérien de passagers devrait doubler, le fret aérien tripler et le trafic maritime de conteneurs quadrupler d’ici à 2030” 4. Cela, sans polluer ? Pendant la conférence même, la circulation automobile a été arrêtée à Pékin : “Le 1 décembre était un jour d’‘airpocalypse’ à Pékin. La nuit en pleine journée. Et des données plutôt alarmantes : un indice de la qualité de l’air (AQI) de 619 et un taux de particules fines de 680 microgrammes par mètre cube, soit près de 30 fois plus que le seuil maximal recommandé par l’OMS…” (le Monde du 2/12/2015). Le réchauffement climatique à cause de l’émission de CO² est aujourd’hui mis en exergue par la bourgeoisie mais la destruction de la planète est beaucoup plus globale : déforestation, pillage des océans, disparition massive d’espèces, poisons de toutes sortes dans l’eau et dans l’air, bétonnage, etc. Ainsi, alors que nous écrivons ces lignes, une gigantesque fuite sur une exploitation gazière au large de la Californie déverse entre 30 et 58 tonnes de méthane par heure, et ce depuis le 23 octobre !

Il faut être clair : au-delà d’éventuelles mesures et avancées technologiques qui permettront peut-être de faire face à telle ou telle partie du problème, l’état général de la planète ne va cesser de se dégrader. Pire, le capitalisme en décadence va détruire l’environnement de manière de plus en plus massive, en particulier par la guerre, jusqu’à mettre en péril toute forme de vie… s’il n’est pas renversé à temps.

Du réchauffement climatique à l’enfer capitaliste

La réalité n’est pas celle proférée dans les beaux discours de tous ceux qui se sont auto-congratulés d’avoir “garanti l’avenir de la planète” pour leurs “petits-enfants”. Non ! La réalité, c’est la situation toujours plus dramatique que vivent des parties croissantes de l’humanité. La pénurie des ressources planétaires pousse déjà à l’exode des millions d’hommes, femmes et enfants. Dans toute la Corne de l’Afrique et autour de l’Himalaya, l’eau potable est de plus en plus rare. Surtout, cette “crise écologique” va aussi entraîner une compétition militaire exacerbée. Comme le pétrole aujourd’hui, l’eau devient un enjeu géostratégique majeur, source de nouvelles tensions et de nouvelles guerres impérialistes. Ce qui détruira un peu plus la planète et accentuera encore le réchauffement climatique. L’engrenage infernal et destructeur du capitalisme apparaît-là crûment.

D’ailleurs, la bourgeoisie voit même dans cette catastrophe quelques “opportunités”. La fonte des glaces aux pôles, sur la toundra (au nord de la Russie) ne va-t-elle pas faciliter l’accès à de nouvelles ressources naturelles exploitables ? L’exploitation du gaz de schiste représente un autre exemple des contradictions insolubles dans lesquelles le capitalisme s’enfonce : d’un coté le gaz de schiste tend à diminuer l’émission de gaz à effet de serre, de l’autre, il pollue les sols comme jamais et engendre des déstabilisations géopolitiques à travers le monde susceptibles de déclencher de nouveaux conflits armés. Il est vrai que les principaux dirigeants des pays industrialisés se sont mis d’accord pour ne pas se disputer les ressources du sous-sol de l’Antarctique lors de l’accord de Madrid en 1991. Mais ces mêmes dirigeants se disputent déjà les ressources de l’Arctique. La perspective n’est pas à la “coopération internationale et désintéressée” pour “sauver la planète” mais bien à la lutte de tous contre tous pour accaparer les ressources. Avec l’aggravation inexorable de la crise économique mondiale, cette lutte se fera toujours plus acharnée et ravageuse.

La responsabilité historique du prolétariat

Le capital détruit l’environnement, parce qu’il doit croître pour croître ; la seule réponse est donc de supprimer le principe même de l’accumulation capitaliste, de produire non pas pour le profit, mais pour satisfaire les besoins humains. Le capital ravage les ressources du monde parce qu’il est divisé en unités nationales concurrentes, parce qu’il est fondamentalement anarchique et produit sans penser au futur ; la seule solution consiste par conséquent dans l’abolition de l’Etat national, la mise en commun de toutes les ressources naturelles et humaines de la terre, et l’établissement de ce que Bordiga appelait “un plan de vie pour l’espèce humaine”. Bref, le problème ne peut être résolu que par une classe ouvrière consciente du besoin de révolutionner les bases mêmes de la vie sociale, détenant les instruments politiques pour assurer la transition vers la société communiste. “À chaque pas il nous est rappelé, qu’en aucune façon, nous ne régnons sur la nature comme un conquérant sur un peuple étranger, comme quelqu’un étant en dehors de la nature, mais que nous, avec notre chair, notre sang et notre cerveau, appartenons à la nature, existons en son sein, et que toute notre supériorité consiste dans le fait que nous avons l’avantage sur toutes les autres créatures d’être capables d’apprendre ses lois et de les appliquer correctement” (Engels).

Organisé à l’échelle mondiale, amenant dans son sillage toutes les masses opprimées du monde, le prolétariat inter­national peut et doit mettre en oeuvre la création d’un univers où une abondance matérielle sans précédent ne com­promettra pas l’équilibre de l’environnement naturel, où l’une sera la condition de l’autre ; un monde où l’homme, enfin libéré de la domination du travail et de la pénurie, pourra commencer à jouir de la planète sans la détruire. C’est cela sûrement le monde que Marx a entrevu, à travers l’épais brouillard d’exploitation et de pollution dans lequel la civili­sation capitaliste a plongé la terre, quand il prévoyait, dans les Manuscrits de 1844, une société qui exprimerait “l’unité de l’être de l’homme avec la nature – la véritable résurrection de la nature, la naturalisation de l’homme et l’humanisation de la nature enfin accomplies”.

Révolution communiste ou destruction de l’humanité et de la planète. Socialisme ou barbarie.

LD, 9 janvier 2016

1 Texte de la Convention-cadre sur les changements climatiques (Framework Convention on Climate Change).

2 Des membres de l’Initiative du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) pour les institutions financières – partenariat unique en son genre entre le PNUE et 295 banques et compagnies d’assurance et d’investissement – affirment que les conséquences économiques des catastrophes naturelles induites par le changement climatique pourraient ruiner les marchés boursiers et les places financières du monde”.

3 Depuis le Moyen-Age, les quartiers chics de la région parisienne sont situés à l’Ouest alors que les quartiers “populaires” sont à l’Est, pour la simple raison que les vents dominants vont de l’Ouest vers l’Est et que les odeurs suivent.

4 Revue Nature Climate Change. Pour rappel : le trafic maritime représente 90 % du trafic mondial (8,2 milliards de tonnes en 2011) !

 

 
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