Pérou: la loi Pulpin est une attaque de plus contre la classe ouvrière!

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Nous publions ci-dessous la traduction d’un tract diffusé par nos camarades du Pérou en janvier dernier contre une nouvelle loi sur l’emploi des jeunes qui permet au gouvernement, comme dans de nombreux autres pays, de faciliter le recrutement de jeunes prolétaires en les payant le moins possible. Cette attaque a provoqué une forte mobilisation qui s’est traduite par cinq manifestations à Lima et en province. Le mouvement a permis que se développent des discussions et des assemblées dans la rue avant d’être rapidement récupéré par les gauchistes et d’autres organisations bourgeoises (1.

Camarades, la scélérate “loi Pulpin” sur l’emploi des jeunes est un pas de plus dans la politique de l’Etat et de la bourgeoisie pour faire payer aux travailleurs la chute des bénéfices et la récession de l’économie. Avec les mesures de “relance” du président Humala et la bande des députés, on veut nous faire payer les pots cassés de la crise mondiale du capitalisme qui a éclaté en 2008 et dont les vagues ont frappé de plein fouet le Pérou et d’autres pays latino-américains (Brésil, Chili, Argentine, Venezuela).

Et comme cela s’est produit aux Etats-Unis, en Europe, au Japon ou en Chine, la formule appliquée est toujours la même : attaquer les conditions de vie des ouvriers, facilitant les licenciements massifs, le gel des salaires, l’augmentation des cadences, les heures supplémentaires non payées et maintenant le recrutement d’une main-d’œuvre jeune et bon marché.

Mais il ne faut pas croire que cette offensive vient à peine de commencer. Elle provient de tous les gouvernements passés. Ce gouvernement a commencé en 2012 à attaquer les enseignants avec la loi sur l’enseignement à laquelle on a répondu par un mois de grève, finalement sabotée et vendue par le syndicat SUTEP et le parti Patria Roja (). Ont suivi la réforme sur la santé ciblée contre le secteur médical et infirmier et la nouvelle loi sur l’université principalement dirigée contre les étudiants. Aujourd’hui sous la forte pression accrue de la crise économique, l’Etat a abaissé les impôts au profit des capitalistes (670 000 entreprises en ont bénéficié !) avec le coup de main donné par les députés qui ont voté les lois qui favorisent encore plus les licenciements. Comme nous le voyons, l’offensive anti-ouvrière marche à plein régime et nous devons sortir dans la rue pour nous y opposer.

Crise, décadence et décomposition sociale

Comme nous l’avons dit plus haut, les lois contre les travailleurs peuvent seulement s’expliquer dans le cadre d’une crise du capitalisme mondial. Le capitalisme est un système entré en décadence il y a un siècle et depuis les années 1980, il est entré dans sa phase terminale de décomposition avec les pires manifestations que nous pouvons voir aujourd’hui : phénomène de bandes, insécurité des quartiers, narcotrafic, augmentation des agressions et de la criminalité, actes terroristes politiques ou religieux, catastrophes pour l’environnement, meurtres de masse (comme les 43 étudiants massacrés au Mexique), guerres impérialistes (Syrie, Irak, Ukraine), corruption généralisée. Le capitalisme, dans sa phase de décomposition, représente le règne absolu de l’amoralité dont le poids idéologique contamine même les rangs de la classe ouvrière. Mais nous, les prolétaires, sommes les seuls qui pouvons changer cette situation avec notre vision morale de la lutte et de la solidarité de classe.

Nous sommes (ou serons) tous des esclaves salariés

A toi qui dois lutter de manière associée, nous te disons que la “dignité dans le travail” ou le “je ne veux pas être exploité” est impossible à l’intérieur du système capitaliste pour la simple raison que tout travail en échange d’une rémunération ou d’un salaire repose sur une exploitation et que toute exploitation est une atteinte à la dignité. Parce que le travail salarié signifie l’extorsion d’une plus-value au profit des chefs d’entreprise ; parce que le capitaliste est un vampire qui suce le sang et aspire la sueur des travailleurs. Dans ce système, notre force de travail est transformée en une simple marchandise de plus qui s’achète ou se vend au prix du marché au gré des capitalistes. Nous, les travailleurs, jeunes ou non, sommes en conséquence obligés et contraints par nécessité de consacrer 8 ou 10 heures par jour au travail, ou même davantage. Comment cela s’appelle-t-il ? De l’esclavage salarié !

Attention : quand nous parlons de capitalistes ou de chefs d’entreprise, nous ne nous référons pas seulement aux patrons des grandes entreprises et des usines regroupés dans les organismes patronaux comme la CONFIEP ou l’ADEX mais aussi aux entreprises du secteur public ou nationalisées qui n’appartiennent nullement au peuple comme on nous le raconte et toutes les autres PME : boutiques, galeries, ateliers, restaurants, bureaux, imprimeries, boulangeries, collèges, cliniques et bien d’autres… partout où il y a un chef d’entreprise et des travailleurs à son service, il y a exploitation !

Cette fameuse “loi Pulpin” est une façon de faire prospérer le chef d’entreprise avec ton travail et tes droits réduits le plus possible mais qui cherche en même temps à te faire plier à la discipline de l’esclavage salarié, à te faire entrer dans la tête que travailler au profit de quelqu’un d’autre, qu’être exploité, doit être considéré comme une chose “normale”. Le “Nous devons tous travailler” fait partie intégrante de la morale et du bon sens commun inculqués dans le cerveau des gens par la bourgeoisie et son Etat depuis l’école. Et quand, en tant que travailleurs qui subissons la rigueur et cette exploitation, nous brisons cette “normalité” avec des grèves ou des manifestations, alors l’Etat et la démocratie se mobilisent tous avec leurs gestionnaires successifs (Fujiimori, Garcia, Toledo, Humala et tous ceux à venir) pour lâcher leurs meutes des forces de répression en faisant usage de leurs bâtons, de leurs balles ou de leur prison contre les “révoltés”.

Que pouvons-nous faire?

L’Etat et les capitalistes jouent leur jeu pour nous maintenir divisés (les “jeunes” contre les “vieux”, les ouvriers de base contre les ingénieurs ou les techniciens hautement spécialisés, les cols bleus contre les cols blancs). Nous devons briser le carcan du localisme, de l’isolement et de la lutte chacun de son côté par entreprise, corporation ou secteur. Nous devons coordonner nos luttes avec tous ceux qui se battent comme nous. Les récentes grèves à Antamina  (), à la SERPOST (employés de la poste), dans ESSALUD (le secteur de la santé), dans le secteur bancaire, ne font-elles pas partie de nos luttes ? N’en font-elles pas aussi partie les récentes mobilisations aux Etats-Unis, en Belgique ou en Italie contre les mesures d’austérité et les licenciements ? Bien sûr que si ! Parce que nous sommes une classe mondiale, notre lutte dépasse le cadre des frontières, elle est internationale.

Nous devons nous mobiliser mais aussi nous devons nous réunir, nous connaître, parler entre nous, discuter et débattre des moyens de la lutte entre tous sans en laisser les rênes à une camarilla qui prend les décisions dans notre dos. Formons des assemblées de lutte ouvertes à tous les exploités pour réfléchir et faire un bilan quotidien de la situation et donnons-nous les moyens pour faire appliquer nos propres décisions,.

Ouvriers, étudiants, retraités, sans emplois, saisonniers, nous avons tous quelque chose à dire et à apporter à la lutte.

Camarades, commençons à forger l’unité des exploités en rupture avec les divisions imposées et faisons reculer ce système inhumain. Prenons conscience une fois pour toutes que nous appartenons à la classe des prolétaires, à une armée d’esclaves obligée de vendre sa force de travail. Nous ne sommes pas des machines au travail, “du capital humain” comme aiment le dire les économistes à la solde de la bourgeoisie.

Non ! Nous sommes une classe historique qui a derrière elle une expérience de 150 ans de luttes et qui porte un projet de libération pour toute l’humanité exploitée  ! Nous formons la communauté humaine mondiale.

Assurons la continuité de ceux qui nous ont précédés et luttons aussi pour une société différente organisée par les travailleurs du monde entier dans laquelle n’existera plus d’exploitation, ni de classes sociales ni de frontières et dans laquelle la socialisation de la production à l’échelle mondiale, où la satisfaction des besoins de l’humanité seront primordiaux et où le travail serait une activité humaine pour le bénéfice de tous.

Le capitalisme est aujourd’hui un système décadent dont l’enfoncement dans la dynamique de décomposition nous entraîne vers une barbarie généralisée, vers un désastre écologique et accélère le processus d’extinction de notre propre espèce. Organisons-nous dès maintenant et unissons notre lutte avec les travailleurs du monde entier pour en finir avec cet ordre insupportable de souffrance et de misère.

Révolution mondiale ou destruction de toute l’humanité !

Prolétaires de tous les pays, unissons-nous !

Internacionalismo Perú, 21 janvier 2015

 

1) Pour nos lecteurs lisant l’espagnol, voir l’article tirant le bilan de cette mobilisation : “Balance de las movilizaciones contra la Ley de Empleo Juvenil”.

() Le SUTEP est le syndicat unitaire des travailleurs du pays dont plusieurs dirigeants viennent du maoïsme. Patria Roja est un parti politique stalinien dérivé du Parti communiste péruvien. Ils entretiennent entre eux des liens étroits.

() Antamina est une mine à ciel ouvert située dans la région d’Ancash dans le nord du pays le long de l’Océan Pacifique, sur les contreforts de la chaîne andine, où les mineurs extraient principalement du cuivre et du zinc et où, en novembre et décembre 2014, 1700 mineurs avaient entamé une longue grève pour réclamer une amélioration de leurs conditions de travail.